La peur de l'Anglais

Quand j'entends le discours voulant qu'il n'y ait... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE)

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Quand j'entends le discours voulant qu'il n'y ait aucun lien entre l'acte déplorable de Richard Henry Bain et le discours intolérant des Anglo-Québécois à l'égard de l'option souverainiste, la communauté anglophone manque une belle occasion d'introspection.

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Jocelyn Lauzon
Ingénieur de projet, l'auteur réside à Beaconsfield.

La Presse

J'habite dans le West Island de Montréal, à Beaconsfield, une ville à forte majorité anglophone. Ma famille est 100% francophone. Nous avons décidé de nous installer à Beaconsfield lorsque nous avons déménagé de Québec il y a neuf ans.

Nous voulions habiter sur l'île de Montréal pour éviter le trafic des ponts, pour être proches de mon père et de ma tante dont je m'occupe. La proximité du train de banlieue et la disponibilité de maisons assez grandes pour ma famille de trois enfants nous ont fait choisir Beaconsfield. La possibilité que mes enfants puissent devenir bilingues tout en continuant d'aller à l'école francophone nous semblait un bénéfice marginal intéressant. Je demeure satisfait de notre choix.

Par contre, quand j'entends le discours presque unanime dans ma ville voulant qu'il n'y ait aucun lien entre l'acte déplorable de Richard Bain et le discours intolérant des Anglo-Québécois à l'égard de l'option souverainiste, la communauté anglophone manque une belle occasion d'introspection.

Lors du massacre de Polytechnique, qui m'a touché de près, certains de mes collègues étudiants suggéraient également qu'il s'agissait du geste isolé d'un fou et que, comme très peu d'entre nous étaient sexistes, nous n'avions pas à réfléchir à la question de l'égalité des sexes d'un point de vue national. Plusieurs d'entre nous voyaient plutôt une belle opportunité de combattre un discours d'intolérance discriminatoire latent dans notre société envers les femmes dans leur milieu de travail.

Nous nous entendions pour dire qu'un tel discours peut même parfois, à l'extrême, amener des personnes instables et fragiles à commettre des gestes irréparables. Nous avons donc décidé, comme bien d'autres, de dénoncer ce genre de discours afin, aussi, de faire en sorte que les victimes ne soient pas mortes en vain.

Pourquoi cette façon de voir les choses ne s'applique pas à l'action de Richard Bain et au discours d'intolérance de la communauté anglophone du Québec, je n'en sais rien. Je ne comprends pas.

Mes voisins, mes amis anglophones, des gens très bien, des gens polis et intelligents, se permettent souvent de parler de «fucking separatists», de «fucking PQ» en ma présence, comme si c'était parfaitement normal. Je comprends que la communauté anglophone puisse se sentir menacée par les politiques du Parti québécois, mais de là à utiliser un discours d'intolérance envers l'adversaire, il me semble y avoir une marge.

Je suis ouvert à l'option séparatiste, que je considère, comme la plupart des Québécois, comme une option parfaitement respectable. Pourquoi suis-je gêné de mentionner ma vision à ces voisins afin d'éviter de refroidir nos relations? Pourquoi dois-je suggérer à mes enfants à l'école primaire du coin (école francophone) de ne pas parler de notre position politique lorsqu'il y a des discussions à ce sujet? Pourquoi dois-je suggérer à mon beau-frère de ne pas afficher son gros drapeau du Québec lorsqu'il vient fêter la Saint-Jean chez nous? Est-ce la peur de l'Anglais? Un petit sentiment d'infériorité que je dois combattre?

Ce que les anglophones du coin ne savent pas, c'est qu'ils ont grandement contribué à mon ouverture à l'option souverainiste. Lors des référendums sur les défusions municipales, ils m'ont fait comprendre que la défusion n'avait rien à voir avec le côté rationnel des pouvoirs politiques d'un arrondissement par rapport à la ville centre, ça avait à voir avec le sentiment d'appartenance, la volonté de contrôler les quelques institutions qui restent à la communauté anglophone du Québec. Je trouve que ça s'applique bien à la situation de la nation francophone du Québec en Amérique, non?

Pourquoi est-ce que je tolère le discours d'intolérance des anglophones envers le mouvement souverainiste ou même nationaliste francophone du Québec? Par principe, je sais que l'intolérance est la seule chose que l'on ne peut tolérer. Mieux encore, pourquoi les élites de la communauté anglophone ne combattent pas ce discours d'intolérance et de peur? Pourquoi le geste regrettable de M. Bain n'amène même pas la communauté anglophone à se questionner sur ce discours d'intolérance?

Je ne comprends pas, mais je crois que ça mérite d'être dénoncé.

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