Pourquoi François Legault ne plaît pas aux dames

Le chef de la Coalition avenir Québec, François...

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Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault.

 

Youri Cormier
L'auteur est doctorant au King's College de Londres.

Cyberpresse

La Coalition avenir Québec chute dans tous les sondages. Et les femmes en sont la principale cause. Alors qu'un homme sur quatre donnerait son vote à la CAQ, près de neuf femmes sur dix voteraient contre (Forum Research). Pourquoi François Legault a-t-il tant de misère à plaire aux dames? Un regard sur le rôle que la droite accorde aux femmes, ainsi que sur ses politiques, qui iraient à l'encontre du bien-être économique des femmes, nous fournit une explication simple.

Ces temps-ci, la droite se pique à la testostérone. Fini l'époque Kim Campbell et Margaret Thatcher. Aujourd'hui, les hommes ont repris la charge. Au fédéral, les conservateurs, chez qui seulement 22% des candidats étaient des femmes (comparativement à 39% chez le NPD), ont maintenant un caucus composé à 83,3% d'hommes, la proportion la plus élevée de tous les partis fédéraux. Les libéraux ne font guère mieux avec 17,6% de femmes, alors que les néo-démocrates se sont maintenus à 39%, et les Verts, champions par défaut, en sont à 100%.

Mais c'est la CAQ qui l'emporte haut la main dans ce décalage des sexes, avec une députation masculine à 89%. La droite doit s'interroger sur ces différences massives. En quoi leurs politiques internes de recrutement excluent-elles aussi systématiquement les femmes?

Au Québec, les femmes on fait du progrès à chaque élection depuis l'arrivée d'une première femme à l'Assemblée en 1961. Du moins,  jusqu'en 2007, année de gloire pour l'ADQ, lorsque leur nombre a chuté pour la première fois de l'histoire. La formation politique de droite ayant présenté le plus petit nombre de femmes candidates, sa percée avait mis fin à la tendance vers l'égalité en chambre, réduisant ainsi de 30% à 25% la proportion femmes députées au Québec. Lorsque l'ADQ a pratiquement été rayée de la carte en 2008, le nombre de femmes députées a aussitôt grimpé. La défaite de l'ADQ a été une victoire pour les femmes.

La droite d'aujourd'hui, misant sur les réductions d'impôts et ses subventions au privé, est bien différente de celle sous Reagan. L'ancien président américain, qui a augmenté les taxes fédérales à 18 reprises, prônait aussi une économie non interventionniste. La nouvelle droite, quant à elle, doit sabrer les dépenses dans les services pour soutenir l'ensemble de son idéologie. Et cela se fait ressentir dans l'équité entre les hommes et les femmes.

Il existe deux économies. Dans les mines, le pétrole et la foresterie, on compte cinq fois plus d'hommes que de femmes. En construction, il s'agit d'une proportion de dix pour une. Réciproquement, dans le secteur de la santé et des services sociaux, par exemple, il y a cinq femmes pour chaque homme. En fait, 70% des femmes travaillent dans les secteurs dits traditionnellement féminins : éducation, santé, services, ventes, et support administratif. Couper dans les services afin de réduire les taxes, c'est en soit une forme de taxation sur les femmes, par lequel on enrichit les hommes. 

Bien que la CAQ prétende vouloir s'investir davantage en santé et en éducation, ce n'est que de la frime. Il sera impossible de trouver de l'argent si l'idéologie de base dans les valeurs économiques de son entourage vient d'anciens adéquistes. Ça me rappelle la fois que, à Tout le monde en parle, on s'était moqué de Mario Dumont, qui n'arrivait aucunement à démontrer la logique de sa vision budgétaire.

Avec la CAQ, ce sera pareil.

Certains vieux grincheux diront que les femmes ne votent pas à droite ou ne se lancent pas en politique pour des raisons de préférence personnelle. Ou que la femme vote avec son coeur et l'homme avec son portefeuille. Pures sottises. Une femme qui vote avec son portefeuille ne choisirait jamais un parti qui finira par couper les dépenses dans son domaine, en plus de vouloir tout le chambarder (ex. démanteler les commissions scolaires, payer selon une échelle de performance incalculable, etc.). Et si c'était du football ou du NASCAR, là on pourrait parler de désintéressement. Mais c'est l'inverse : le taux de participation des femmes est plus élevé que celui des hommes (58,57% versus 56,22%). Ah bien...

Voilà justement la nec plus ultra des raisons pour que la CAQ se déniaise et commence à mieux les séduire ces dames. Mais François Legault n'y arrivera pas avant une d'entreprendre une introspection sérieuse sur la place des femmes dans les partis de droite et une approche plus équitable dans leurs politiques économiques.

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