Une démocratie sans éducation

L'éducation, loin d'être un luxe ou un simple... (Photo Thinkstock)

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L'éducation, loin d'être un luxe ou un simple outil pour former de futurs travailleurs, représente plutôt l'oxygène que notre société se doit d'insuffler à chaque individu si elle a à coeur d'en faire des citoyens », soutient l'auteur.

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Certains n'hésitent pas à vanter les mérites de la démocratie et de l'éducation pour se donner bonne conscience ou pour récolter du bénéfice politique, surtout lorsque vient le temps de gagner ses élections en proclamant haut et fort que « notre priorité, c'est l'éducation ! ».

Toutefois, au-delà des paroles creuses, il est consternant de constater comment, dans les faits, ces deux réalités sont souvent négligées, parfois méprisées. Pour preuve, pensons à toutes ces coupes qui, depuis des années, sont venues affaiblir, à tous les niveaux, notre système d'éducation et, par le fait même, notre démocratie.

Pourquoi ce lien de cause à effet ? C'est que démocratie et éducation sont, en fait, l'envers et l'endroit d'une même médaille. L'une ayant besoin de l'autre pour exister et se fortifier, la vitalité d'une démocratie découlera de la qualité de la formation de ses citoyens.

Ceci, nos dirigeants politiques ne semblent pas l'avoir compris. À moins qu'ils ne le sachent que trop bien !

Et cette formation du citoyen ne peut se faire que grâce à un système d'éducation solide qui a comme mission d'arracher l'enfant à son fond naturel, à ses certitudes naïves afin de le faire accéder à l'universel en développant chez lui une pensée rationnelle et structurée qui viendra s'appuyer sur un riche bagage de connaissances et une solide culture générale. « L'homme ne peut devenir homme que par l'éducation », disait Kant.

Ainsi, cette éducation, loin d'être un luxe ou un simple outil pour former de futurs travailleurs, représente plutôt l'oxygène que notre société se doit d'insuffler à chaque individu si elle a à coeur d'en faire des citoyens.

Imaginez un peuple ignorant, illettré, à qui on imposerait un beau système démocratique tout neuf où ses occupants, métamorphosés comme par magie en nouveaux « citoyens », auraient dorénavant la possibilité de choisir leurs représentants. Sur quoi ces nouveaux électeurs, prisonniers de leur caverne intérieure, baseraient-ils leurs choix ? Sur leurs émotions, un ensemble de superstitions ou toutes autres croyances irrationnelles ?

Imaginez aussi la facilité avec laquelle d'habiles démagogues parviendraient à ameuter ces électeurs démunis, à leur faire croire leurs promesses irréalistes et parfois même dangereuses ?

Certains me diront, ironiquement, que je viens de brosser un très beau portrait de notre propre système démocratique...

Parfois, à voir le peu d'intérêt que nos dirigeants politiques portent à notre système d'éducation, à voir les conséquences néfastes de leurs gestes sur celui-ci lorsqu'ils s'amusent d'une manière hasardeuse à le réformer, à tout niveler vers le bas afin d'augmenter artificiellement les taux de diplomation, c'est à se demander s'ils ne s'inspirent pas de Catherine II de Russie qui disait que « l'ignorance du peuple nous garantit de sa soumission ».

Le fait que l'on veuille, par ailleurs, de plus en plus « arrimer » les cégeps et les universités au marché du travail afin de produire des techniciens efficaces qui, grâce au développement de compétences très ciblées, sauront répondre aux exigences du jour de leurs futurs employeurs, nous en dit long également sur la vision de l'être humain que partagent nos gouvernements et certains recteurs et directeurs d'institutions d'enseignement. « La liberté d'esprit de l'élève est dangereuse pour qui souhaite produire un groupe de travailleurs obéissants et techniquement experts », nous dit Martha Nussbaum.

Évidemment que chacun se doit d'être formé pour trouver un emploi et gagner sa vie. Toutefois, si notre société a besoin de techniciens compétents, il est encore plus important qu'elle accueille en son sein des citoyens, c'est-à-dire des êtres humains engagés socialement, doués d'une pensée élargie, d'un bon jugement, capables de penser par eux-mêmes et munis d'une culture solide qui leur permettra de comprendre le monde dans lequel ils évoluent et d'interagir avec lui.

Comme disait Condorcet, « il n'y a pas de liberté pour l'ignorant », encore moins pour un peuple tout entier. Ainsi, un gouvernement qui asphyxie son système d'éducation en y allant de coupures répétées, prive de liberté ses propres citoyens et affaiblit la démocratie.

Au bout du compte, qui sait, notre société finira peut-être par ressembler au couteau sans manche de Lichtenberg auquel manquait la lame, c'est-à-dire à pas grand-chose...

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