La simplicité involontaire

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« À quels types de désir et à quels manques au juste tentent de répondre tous ces objets dont on aime tellement s'entourer ? », se demande Réjean Bergeron.

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Après avoir résisté pendant des mois, voilà que je me retrouve avec une tablette numérique toute neuve entre les mains. Cet objet de pure beauté vient s'ajouter à mes deux ordinateurs : un pour le bureau, un autre pour la maison.

Par contre, je n'ai toujours pas de téléphone cellulaire. Que mon vieux Vista à fil branché à un répondeur RadioShack.

Je résiste.

Règle générale, j'aime user les choses jusqu'à la corde. Pendant des années, je me suis entêté à faire réparer mon ensemble laveuse-sécheuse que j'avais acheté usagé chez Ameublement Elvis alors que j'étais aux études. Obligé de les superposer à cause d'un manque d'espace, je devais grimper dans un escabeau pour mettre en marche la sécheuse qui se chargeait par le haut. À un moment donné, c'est le réparateur des ateliers Nelson que je faisais venir à répétition qui, gentiment, m'a fait comprendre que le temps était peut-être venu de m'en débarrasser si je ne voulais pas passer au feu.

Que voulez-vous, j'ai été élevé comme ça ! D'une famille de sept enfants qui devait compter sur le maigre salaire d'un père qui travaillait dans une fonderie, nous avions tout intérêt à récupérer, à recycler et à mettre en pratique les règles de la simplicité volontaire avant même que ces comportements soient reconnus comme socialement acceptables. Nous étions environnementalistes sans le savoir et peut-être même sans le vouloir.

Par exemple, lorsque ma grand-mère Olivine venait passer quelques semaines à la maison, elle se mettait au moulin à coudre pour nous confectionner de beaux vêtements. Pas question pour elle d'aller acheter du tissu. Non, elle descendait au sous-sol et se mettait à fouiller dans toutes les boîtes de guenilles empilées sous les escaliers ; de vieux vêtements que nous refilait la parenté ou je ne sais plus qui.

J'étais pas mal fier de porter le petit veston crème et la paire de culottes courtes bleu marine que ma grand-mère avait confectionnés pour ma première journée d'école à même l'offrande d'un donateur anonyme.

Lorsqu'Olivine décidait de retourner à Saint-Norbert, c'est toute la famille qui ressemblait à une immense courtepointe. Moi, je m'en balançais, mais disons que c'était un peu gênant pour mes cinq soeurs lorsque mes tantes et cousines venaient à leur tour nous visiter. Tout jeune, je me souviens m'être déjà dit que ça devait être facile pour elles de reconnaître leurs anciennes robes qui se retrouvaient maintenant en pièces détachées sur le dos de mes soeurs.

Côté jouets, là aussi je m'amusais avec un rien. À l'aide d'une scie, je pouvais me découper une carabine dans un deux par quatre. Une poignée de clous enfoncés dans une caisse en bois entre lesquels je tendais différents élastiques me donnaient une guitare plus ou moins acoustique.

À cette époque, on se contentait de peu, parce qu'on possédait peu. Et nous étions heureux, mais sans en être tout à fait conscients à ce moment-là...

LA RECHERCHE DU BONHEUR

Le philosophe grec Épicure prenait soin de distinguer trois grandes catégories de plaisirs : les plaisirs naturels et nécessaires, les plaisirs naturels, mais non nécessaires et ceux qui ne sont ni naturels ni nécessaires. La recherche du bonheur, pour lui, ne devait pas passer par une exaltation des passions, mais plutôt emprunter les chemins de la sobriété, et ce, dans le but d'atteindre l'ataraxie, ce degré zéro du désir où trouble et douleur sont absents.

« Les simplicitaires comprennent que l'on peut mieux vivre en ayant moins, mais c'est une idée très paradoxale dans notre monde où on a toujours l'impression d'être en manque : de temps, d'argent, d'amour, de contacts sociaux... », écrit Jacques Delorme sur le site du Groupe de simplicité volontaire de Québec.

Et aujourd'hui, je me retrouve avec une tablette numérique entre les mains... Je crois que vous comprenez mieux maintenant l'origine de ce sentiment de nostalgie et de ce malaise qui se dégagent de mes propos.

À quels types de désir et à quels manques au juste tentent de répondre tous ces objets dont on aime tellement s'entourer ? C'est bien là la question que je me pose...

«À cette époque, on se contentait de peu, parce qu'on possédait peu. Et nous étions heureux, mais sans en être tout à fait conscients à ce moment-là...»


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