En as-tu vraiment besoin ?

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« Quand on fait immédiatement un lien entre amour et consommation, il y a peut-être un vide à combler quelque part », juge Pierre-Yves McSween.

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En queue à la caisse, j'interprète mon rôle de consommateur achetant des décorations inutiles, mais faisant plaisir à la deuxième moitié des paiements hypothécaires.

Je suis un témoin actif de la « frénésie de Noël ». Un homme s'exclame de joie devant le bloc de couteaux de cuisine, dont il n'a pas vraiment besoin. L'affichette du prix au rabais de 49 $, au lieu du prix ordinaire jamais réellement affiché de 150 $, le pousse à l'achat. Comme lui, chaque Québécois dépensera en moyenne 450 $ pour l'achat de cadeaux de Noël, utiles ou pas.

Pour un couple, 900 $ partiront en fumée pour participer à l'orgie d'une fête n'étant plus du tout religieuse. Pendant ce temps, on fait grand état de la réduction d'impôt du Parti libéral du Canada.

Juste pour être clair, acheter un cadeau de moins générerait plus de liquidités au couple moyen que les baisses d'impôt de Justin Trudeau.

En fait, si l'on « gagne » 50 000 $ par année au Québec, on aura une baisse d'impôt de moins de 60 $ avec le changement des paliers d'imposition proposés cette semaine. Cette mesure profitant à tous, même à certains gagnants plus de 200 000 $, illustre bien une réalité : le gouvernement n'a pas la situation financière nécessaire pour aider sur une base quotidienne. Ce qui pourrait aider relève beaucoup plus de revoir notre façon de consommer.

Le marketing de Noël ne facilite pas la tâche. Quand on fait immédiatement un lien entre amour et consommation, il y a peut-être un vide à combler quelque part où une agence marketing a réussi son oeuvre. Quel est-il ? Dans une société à l'aise où l'ultime combat revient à travailler pour acheter autre chose, qu'est-ce qui nous pousse à acheter encore ?

UNE ÉVOLUTION BIEN RELATIVE

Cette excitation de se payer un plaisir matériel, d'où vient-elle ? Dans le documentaire République : un abécédaire populaire, Serge Bouchard mettait le doigt sur quelque chose. Toute cette évolution pour finir un samedi après-midi chez Canadian Tire. Dans notre réalité collective, les réfugiés syriens sont bien loin, de même que la pollution de l'air en Chine. Les images fournies par notre téléviseur « avec trop de pouces » ne nous touchent plus. Au moins, notre indifférence se vit en HD.

Pourquoi travailler autant si ce n'est que pour consommer plus ? Plusieurs travailleurs « encubiculés » dans leur bureau de travail rêvent à autre chose.

En attendant, les objets que l'on reçoit sont un fardeau supplémentaire à gérer, à placer, à nettoyer, à entretenir. Si bien que les maisons ont souvent des dimensions incroyables seulement pour gérer tout ce flot d'objets inutilisés.

Pour 2016, on pourrait se faire un cadeau. S'offrir une marge de manoeuvre financière. En attendant, il ne faut pas être surpris, au lendemain des Fêtes, si l'on tombe sur une petite annonce d'un « bloc de couteaux valant 150 $ laissé à 80 $ ». Raison de la vente ? « Cadeau de mon frère, j'en ai déjà en masse, des couteaux ! ». D'ici Noël, offrons-nous du temps avec ceux qu'on aime, la seule chose ayant un réel sens. Pour le reste, je me demande souvent : « En as-tu vraiment besoin ? »

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