La réalité du 352e rang

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« On regroupe les petits enfants de catégorie 1 dans un collège privé et le secteur public se retrouve avec la clientèle résiduelle », écrit l'auteur.

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Pierre-Yves McSween

Comptable professionnel agréé et enseignant d'administration au Cégep régional de Lanaudière, il collabore régulièrement à la section Débats.

Dans cette école secondaire, il y a de tout. La mixité sociale, on ne l'impose pas, elle existe d'elle-même. Elle représente presque toutes les sphères de la société. Un milieu ouvrier, moyen, tout ce qu'il y a de plus banal. Parmi les parents des élèves, on ne trouve aucun PDG de multinationale, ni de fils de ministre des Finances. La plus grosse vedette de son histoire ? Un agent de joueur un peu connu, le joueur en question s'appellerait Crosby. Outre cette anecdote, on y fait ce que l'on peut.

En 1995, une délégation japonaise était venue la visiter. On voulait comprendre comment faire des miracles dans un milieu social économiquement moyen. On y trouvait de tout : des malchanceux, des chanceux, des beaux, des moins beaux, des aisés, des pauvres, des érudits et des dropouts. Cette école, c'était la représentation même de sa société : une mixité proportionnelle. Toutes les classes y figuraient : enrichies, « régulières », alternatives, cheminement particulier, parcours professionnel, spécialisées pour les trisomiques, etc. Malgré tout, on y avait tout un corps d'enseignants dévoués, compétents et cultivés : des boomers intellectuels remplis de sagesses et des X éternels suppléants. Est-ce que les professeurs de Brébeuf étaient meilleurs ? Non. Est-ce que les brillants de cette école étaient moins brillants que ceux de Brébeuf ? Non. Alors pourquoi ce 352e rang ?

La différence ? Le classement. Celui que l'on accepte de faire à 12 ans pour subdiviser les groupes d'enfants comme des pois Le Sieur. À force de les séparer, on a fini par créer l'effet escompté. On regroupe les petits enfants de catégorie 1 dans un collège privé et le secteur public se retrouve avec la clientèle résiduelle. Pourquoi ? Facile, la sélection à l'entrée par revenus ou par résultats à des tests scolaires génère une réponse tout emballée.

Pour ajouter une couche de discrimination, en regardant la réalité socio-économique à proximité des écoles, on a le portrait global. Après cela, on utilise des indicateurs de performance et l'on classe les écoles comptant le plus d'enfants de catégorie 1 en tête de liste. On accuse le secteur public de tous les défauts et on glorifie les écoles privées pour leurs résultats. L'apothéose de notre incohérence s'affiche.

Par la suite, comme une prophétie autoréalisatrice, on se retrouve par défaut à bouder le public au profit du secteur privé pour favoriser le développement de ses enfants.

On veut une expérience probante ? Déplaçons le collège Jean-de-Brébeuf sur le coin des rues Ontario et Frontenac avec ses enseignants et aucune ressource de plus que celles d'une école secondaire moyenne. De plus, rendons l'inscription gratuite sans barrières à l'entrée. On pourrait prévoir des statistiques beaucoup moins reluisantes et des enseignants en dépression.

Je viens de l'école Baie-St-François à Salaberry-de-Valleyfield. Selon l'Institut Fraser, elle trône au 352e rang d'un classement joué d'avance. Je viens de cette école où la mixité sociale apporte des apprentissages et des aptitudes ne pouvant pas se refléter dans des résultats scolaires moyens des examens du ministère de l'Éducation. À tout le personnel de cette école et des autres établissements défavorisés par cet exercice de classement, 352 fois merci !

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