Consommer moins d'énergie pour être plus prospère

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Normand Mousseau ne regrette pas d'avoir radicalement changé son alimentation et son niveau d'activité physique, pour perdre le surpoids qui était lié à son diabète. Il en a même guéri, et écrit un livre là-dessus, paru il y a quelques semaines.

Ce n'est donc pas étonnant qu'en tant que coprésident de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, qui a sillonné le Québec en 2013 et remis son rapport au gouvernement en janvier 2014, il préconisait une approche radicalement différente pour la gestion de notre secteur de l'énergie.

Ce rapport, Maîtriser notre avenir énergétique, faisait un diagnostic sans concession des causes de notre obésité énergétique : aménagement du territoire incohérent, bâtiments sous-optimaux, modes de transport inefficaces... c'était par des changements majeurs que le Québec allait atteindre ses objectifs de réduction de GES et développer son économie. Une des forces de ce rapport, fruit d'un immense travail de consultation panquébécois, était effectivement la pleine reconnaissance que consommer moins d'énergie était une des clés pour la prospérité.

Beaucoup d'entreprises sont passées par là : que ce soit les alumineries ou les papetières, leur consommation d'énergie en 2016 ne ressemble en rien à ce qu'elle était en 1990 : elle a diminué, parce qu'elles ont trouvé des approches innovantes - autant technologiques que de gestion.

Ce que Justin Trudeau et les groupes de travail créés la semaine dernière à la rencontre fédérale-provinciale sur la lutte contre les changements climatiques doivent réussir à faire comprendre aux Canadiens, c'est que ces réductions de gaz à effet de serre (GES) ne sont pas tant une contrainte qu'une motivation supplémentaire pour agir.

Le diagnostic à l'échelle canadienne est globalement le même qu'au Québec. Trop de bâtiments mal positionnés et trop énergivores, avec un secteur des transports en déroute. S'ajoute à cela, au niveau canadien, un secteur de l'électricité encore trop dépendant du charbon (essentiellement en Alberta et en Saskatchewan), et évidemment des industries d'exploitation minière et d'extraction de gaz et de pétrole à fort impact de GES.

La bonne nouvelle, c'est qu'autant pour les bâtiments qu'en transport, ainsi qu'en électricité, des actions pour réduire les GES ne seraient pas un coût net pour l'économie canadienne, mais au contraire une source d'enrichissement.

Simplement parce qu'aujourd'hui nous sommes victimes de nos vieilles habitudes, et que de meilleures manières de faire existent.

Ainsi, des bâtiments à consommation « nette » nulle peuvent être conçus. Des solutions de mobilité plus efficaces et moins chères sont directement à notre portée. En échangeant davantage l'hydroélectricité canadienne, on pourrait réduire de manière importante l'usage d'hydrocarbures dans le secteur électrique : on substituerait ainsi des sources d'énergie moins chère à des énergies plus polluantes. Avec de telles réductions de besoins énergétiques, la demande d'énergie fléchirait, et la croissance de l'industrie des hydrocarbures serait stoppée.

Si c'est si facile, pourquoi ne le faisons-nous pas déjà ? Pour la même raison que si un sac de chips est ouvert sur la table, il sera mangé. Tout le monde sait que ce n'est pas le bon choix, mais on ne résiste pas. Les tentations de maisons plus grandes, de véhicules surdimensionnés, d'un litre d'essence moins taxé et d'un kilowattheure pas cher dominent. Nous n'arrivons pas à cesser de céder à ces tentations.

Ce qu'il faut, ce n'est pas tant des groupes de travail sur la tarification du carbone ou les technologies de réduction de GES, mais simplement reconnaître le diagnostic :  nous consommons trop d'énergie. Le plan de traitement, se discipliner et changer nos habitudes est plus difficile à embrasser. C'est pourtant une stratégie sans regret. Si nous réussissons à maîtriser notre énergie, nous vivrons mieux et plus longtemps.

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