Des élections muettes sur le climat

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L'auteur estime que les mesures environnementales proposées par les conservateurs, les libéraux et le NPD ne sont pas sérieuses.

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Pierre-Olivier Pineau

Professeur à HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie, il collabore régulièrement à la section Débats.

Sous le gouvernement Harper, le Canada s'est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 17 % sous le niveau de 2005 en 2020, et de 30 % d'ici 2030. Selon les projections d'Environnement Canada, le Canada devrait atteindre en 2020 1 % de réduction sous le niveau de 2005.

C'est donc dire que selon les chiffres du gouvernement, le Canada ratera complètement la cible... fixée par ce même gouvernement !

Entend-on si peu parler de réduction de GES dans la campagne électorale parce que la cible est pour 2020, soit juste après la fin du mandat maximal du prochain gouvernement ? Ou est-ce parce que les idées des partis politiques pour atteindre les cibles sont si clairement écrites dans leurs plateformes qu'ils préfèrent ne pas s'y attarder ?

L'exercice d'aller consulter ce que les trois principaux partis nationaux ont à dire sur le sujet est assez révélateur : peu importe le prochain gouvernement, les Canadiens apprendront plus tard comment ils atteindront (ou rateront) leur cible.

Du côté des conservateurs, aucune plateforme électorale n'est encore disponible, et aucune annonce sur les questions climatique n'a été faite. On ne peut donc se baser que sur le leadership de Stephen Harper en la matière, qui aurait déjà « fait ses preuves » selon le slogan. 

Les mesures prises jusqu'à maintenant menant très loin des cibles, il est difficile d'envisager qu'un autre gouvernement conservateur permettrait au Canada de s'en approcher.

Le NPD n'est guère plus bavard sur son site web qui, à ce stade-ci, ne présente pas non plus de plateforme électorale. On peut tout de même y apprendre que « Tom abaissera les émissions de GES », sans savoir comment, à part par le fait de « faire payer les gros pollueurs ». Ces derniers sont les industries, qui ne représentent cependant que 36 % des émissions totales. Si elles devaient trop payer, non seulement cela nuirait à la compétitivité canadienne, mais cela ne toucherait pas le reste des émissions... qui viennent des « petits » pollueurs comme vous et moi.

Le Parti libéral du Canada a le mérite de présenter deux documents de plusieurs pages sur la question environnementale et sur les investissements à réaliser pour soutenir la vision mise de l'avant. Aucune cible chiffrée n'est cependant mentionnée, et on indique même que de nouveaux objectifs nationaux seraient établis. Le Canada s'est pourtant déjà engagé sur la scène internationale.

Tout comme Stephen Harper et la ratification du protocole de Kyoto, Justin Trudeau reviendrait-il sur la parole canadienne ? Peut-être, même s'il compte convoquer les provinces pour discuter d'un cadre d'action climatique dans les 90 jours après être revenu de la conférence de Paris en décembre - où un accord international est visé. Concrètement, un gouvernement libéral promet des investissements en transport collectif et en infrastructures « vertes », qui pourraient réellement mener à des réductions de GES s'ils étaient bien pensés.

L'urgence climatique est pourtant reconnue par le NPD et les libéraux. Elle demanderait des cibles ambitieuses - par exemple celles que se sont données le Québec et l'Ontario pour 2020, 2030 et 2050. Ces cibles ne sont pas que des paroles : au Québec, un marché du carbone est déjà en place, avec un prix actuel tournant autour de 15 $ par tonne (soit 3,5 cents le litre d'essence). L'Ontario doit bientôt se joindre à ce marché, auquel la Californie participe déjà.

Un parti politique sérieux prendrait acte de ces initiatives réunissant plus de 60 % de la population canadienne, mais il est vrai seulement pour 35 % des émissions. Il proposerait une approche franche à tous les Canadiens. Pour l'instant, cependant, les partis préfèrent encore largement le mutisme à la franchise.

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