Qui sont les Hydro-Québécois ?

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« Trouver une approche globale qui protège les ménages à faible revenu, mais encourage ceux à revenus élevés d'être plus efficaces est possible », juge Pierre-Olivier Pineau.

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Pierre-Olivier Pineau

Professeur à HEC Montréal, l'auteur est titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie. Il collabore régulièrement à La Presse Débats.

Après le long et rude hiver que nous avons eu, ce ne sont pas seulement de beaux jours qui nous attendent. Une facture d'électricité plus importante aussi, à cause de nos besoins en chauffage. Et pour ceux qui adoptent le mode de versements égaux, Hydro-Québec prépare des ajustements pour rattraper et étaler les impacts de la plus grande consommation.

Avec en plus l'augmentation récente de 2,9 %, beaucoup de Québécois réagissent. « Nous payons déjà cher pour l'électricité », « il ne faut pas toucher au tarif d'Hydro-Québec », « un affront à la classe moyenne » sont des affirmations souvent entendues. Mais connait-on vraiment les Hydro-Québécois ? Ceux qui réagissent au prix de l'électricité au nom de la défense des consommateurs, qui défendent-ils vraiment ? Ces Hydro-Québécois sont-ils tous semblables et méritent-ils tous d'être défendus ?

Une étude récente menée par la Chaire de gestion du secteur de l'énergie a visé à regarder de plus près les dépenses des ménages québécois sur plus de 10 ans. Elle établit que loin d'être tous semblables, les Hydro-Québécois peuvent être regroupés en six catégories bien distinctes. Tout d'abord, les deux premières couvrent 40 % de la population : des ménages à faible revenu, qui n'ont soit aucune facture d'électricité (parce qu'ils vivent dans des logements où l'électricité est incluse), soit une facture de moins de 70 $ par mois. Autrement dit, leur consommation est très faible. Ils sont d'habitude locataires et en appartement, dans des logements d'au plus 3 ou 4 pièces.

Il y a ensuite ceux auxquels on pense généralement lorsqu'on fait référence à la « classe moyenne », 37 % des ménages. Ils vivent dans des maisons de six pièces, dont ils sont généralement propriétaires. Deux sous-groupes se distinguent : des consommateurs « plumes », avec environ 120 $ par mois (21 % de la population) et des consommateurs « moyens » qui dépensent environ 170 $ mensuellement (16 % de la population). Ces ménages se retrouvent le plus souvent dans la moitié des ménages aux revenus les plus élevés.

Un groupe de la classe moyenne aisée se distingue par une facture de gaz naturel (ou mazout) plus élevée que celle d'électricité. Il inclut un Québécois sur dix, qui ont une consommation d'électricité proche de celle des locataires, bien qu'ils soient propriétaires. Ce sont des Hydro-Québécois qui, tout comme les 40 % des deux premières catégories, n'utilisent que très peu de notre richesse hydroélectrique collective.

Ensuite, il y a les 13 % de la population restante. Ce sont presque exclusivement des ménages à revenus élevés. Ils ont des maisons de plus de sept pièces et des factures annuelles d'électricité allant de 200 $ à 320 $ par mois. Par leur appétit électrique, ils s'accaparent une proportion bien plus grande de notre hydroélectricité, et payent un prix équivalent à tous les autres.

DES LEÇONS À TIRER

Quelles leçons tirer de ce portrait plus complexe qu'on aurait pu le croire initialement ? Pour la moitié des ménages québécois, la consommation d'électricité est très modeste : ils vivent en appartement ou se chauffent avec une autre source d'énergie. Ce sont des Hydro-Québécois qui se font flouer. Ils laissent la richesse hydroélectrique collective à ceux qui ont des logements plus grands chauffés à la plinthe.

Dans l'autre moitié des ménages, on retrouve les poids lourds de la consommation - qui sont la plupart du temps les ménages aux plus hauts revenus. Ce sont non seulement des ménages qui ont les moyens de payer leur facture d'électricité, mais ils auraient les ressources nécessaires pour réduire leur consommation s'ils avaient de réelles raisons de le faire.

Vouloir protéger l'Hydro-Québécois d'une hausse des prix est ainsi un combat bien étrange. Oui, cela aide une minorité qui, malgré une faible consommation, est vulnérable à cause de son petit budget. Mais surtout, cela protège les mieux nantis qui consomment bien plus que la moyenne. Trouver une approche globale qui protège les ménages à faible revenu, mais encourage ceux à revenus élevés à être plus efficaces est possible. Pour cela, il faut mieux comprendre la complexité hydro-québécoise.

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