Le partenaire idéal

On reproche parfois aux gouvernements de ne pas être ambitieux sur le plan... (Photo: Joseph Eid, Archives AFP)

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Pierre-Olivier Pineau

L'auteur anime aujourd'hui la table ronde «L'Ontario, le Québec, l'électricité et les changements climatiques: comment passer à l'action?» organisée par la Sustainable Energy Initiative de l'Université York et la Chaire de gestion du secteur de l'énergie de HEC Montréal.

On reproche parfois aux gouvernements de ne pas être ambitieux sur le plan environnemental. Si cela est certainement vrai dans beaucoup de cas, le Québec est distinct. Sous l'impulsion de Jean Charest, et avec le soutien de tous les autres partis politiques, le Québec s'est doté de deux éléments qui, combinés, sont uniques au monde: une cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 20% en 2020 sous le niveau de 1990, et un mécanisme contraignant pour faire ces réductions, le marché du carbone.

Ce marché, dont le nom officiel est le «système de plafonnement et d'échange de droits d'émissions de GES» (SPEDE), est l'outil principal qui va nous contraindre à réduire nos émissions de GES. Comment? En abaissant le plafond des émissions permises d'environ 3 à 4% chaque année d'ici 2020. Nous sommes uniques parce qu'aucune autre juridiction ne s'est imposé un mécanisme aussi puissant, couvrant autant de secteurs: seules les émissions des agriculteurs et des dépotoirs ne seront pas soumises à ce plafond (soit 15% de nos GES). Même la Californie, le partenaire du Québec dans cette aventure, est moins ambitieuse: elle ne vise qu'à retrouver son niveau d'émissions de 1990 en 2020.

Mais mardi prochain, les choses pourraient changer. Le gouvernement québécois organise le Sommet de Québec sur les changements climatiques, auquel tous les gouvernements provinciaux du Canada sont conviés. Si on n'attend rien de la Colombie-Britannique (qui a une taxe sur le carbone de 30$ la tonne depuis 2008), de l'Alberta et de la Saskatchewan (où chaque dollar de PIB est lié à quatre fois plus de GES qu'au Québec), notre plus important voisin, l'Ontario, semble nous réserver une belle surprise. Ce dernier adopterait notre marché du carbone, avec une cible presque aussi ambitieuse que la nôtre: 15% de moins d'émissions de GES en 2020 qu'en 1990. C'est du moins ce qu'a rapporté le Globe and Mail la semaine dernière.

Pourquoi l'Ontario serait-il un partenaire idéal pour le Québec? Parce que les émissions des deux provinces sont presque identiques: les plus petites par habitant au Canada (12,5 tonnes en Ontario, 9,7 au Québec, contre 20 au pays) et par dollar de PIB (0,25 tonne en Ontario, 0,22 au Québec, contre 0,38 au Canada). Mais aussi parce que nous sommes à la fois des rivaux et des partenaires commerciaux. Un système commun de tarification des GES nous mettrait sur un pied d'égalité, ce qui contrerait les craintes sur la compétitivité.

Un rapprochement électrisant

Un tel rapprochement pourrait aussi ouvrir la voie à d'autres collaborations, notamment en électricité. La différence des émissions par habitant entre les deux provinces s'explique surtout par notre hydroélectricité. L'Ontario brûle plus de gaz naturel pour produire son électricité - produisant ainsi une tonne de GES par habitant - et pour se chauffer - ajoutant une autre tonne par habitant. Si notre hydroélectricité se substituait à une partie de la production électrique ontarienne, cela serait bénéfique pour l'environnement. Avec un prix commun du carbone qui va rendre l'électricité de source fossile de plus en plus chère, ce sera aussi de plus en plus attrayant d'y vendre notre hydroélectricité.

L'élan local d'établir un prix commun du carbone va-t-il mener à un autre élan pour harmoniser les prix de l'électricité? Autant les arguments environnementaux qu'économiques le justifieraient. Faisons cependant une chose à la fois et réjouissons-nous d'abord d'être prochainement moins seuls dans notre ambitieux plan de réduction des émissions de GES.

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