Le pipeline et le climat

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Pierre-Olivier Pineau

Professeur à HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie, il collabore régulièrement à La Presse Débats.

Avec le dépôt par TransCanada du projet de pipeline Énergie Est auprès de l'Office national de l'énergie (ONÉ), les débats sur la pertinence d'un tel projet ne font que commencer. Dans un monde idéal, ces débats auraient essentiellement lieu à l'ONÉ et ils seraient suivis par la population. La décision rendue par l'ONÉ en 2016, assortie de conditions imposées à TransCanada, représenterait un équilibre mettant fin aux controverses.

Dans le monde tel qu'il est aujourd'hui, une décision favorable de l'ONÉ, même avec de multiples conditions, serait fortement contestée. La principale raison est l'absence de prise en compte, par l'ONÉ, des enjeux climatiques liés à l'extraction du pétrole issu des sables bitumineux. Ce pipeline d'une capacité de 1,1 million de barils par jour transporterait en effet essentiellement du pétrole issu des sables bitumineux. Or ce type de production demande tant de gaz naturel dans le processus d'extraction que les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont d'environ 87 kg de GES par baril, alors que l'extraction d'un baril de pétrole conventionnel cause des émissions de 58 kg/baril, soit un tiers de moins. Alors que l'humanité doit réduire ses émissions de GES, beaucoup d'opposants voient dans ces chiffres une raison fondamentale pour s'opposer au projet de TransCanada.

Cette opposition est cependant mal placée. C'est une opposition à un symptôme qui, même si elle arrivait à ses fins, n'aurait pas l'effet voulu: la réduction des émissions de GES.

Le premier élément à prendre en compte est le fait que la production de pétrole, malgré ses impacts, ne représente qu'une faible portion des émissions de GES.

Ainsi, c'est lorsqu'on brûle, pour faire avancer un véhicule, les 159 litres contenus dans un baril que le gros des émissions se fait: plus de 400 kg de GES par baril. L'action prioritaire est donc de réduire la consommation de pétrole, pour éviter de le brûler, plutôt que de tenter de favoriser du «bon» pétrole à la place du «mauvais».

Aussi, même en réussissant à empêcher TransCanada de construire son pipeline, les émissions de GES continueraient d'augmenter parce que le pétrole viendrait d'ailleurs. Le Venezuela, le Brésil, la Colombie... il ne manque pas de pays qui ont fait des découvertes récentes de pétrole, et qui ne demandent qu'à accueillir des investisseurs pour augmenter leur production. En ce moment, il y a tellement de pétrole dans le monde que son prix n'a jamais été plus bas dans les quatre dernières années. Empêcher le pétrole albertain de sortir d'Alberta ne réussira pas à fermer les robinets mondiaux d'or noir.

Le coeur du défi, c'est que les gouvernements adoptent des politiques climatiques cohérentes avec leurs propres engagements: limiter le réchauffement climatique à 2 °C d'ici 2100 et donc de réduire les émissions de GES de 50% d'ici 2050 et d'au moins 80% en 2100. Le Québec est très avancé: son marché du carbone est un outil puissant pour réduire nos émissions. Malheureusement, le gouvernement fédéral est coupable de ne pas prendre les actions nécessaires pour respecter ses propres engagements (un constat fait à plusieurs reprises par le Bureau du vérificateur général du Canada). Ce n'est pas à l'ONÉ de tenter d'agir à la place du gouvernement du Canada, et ce n'est pas un pipeline en plus ou en moins qui fera entendre raison au gouvernement. Bref, la politique climatique canadienne est déficiente - le problème se trouve là.

Le véritable enjeu est donc corriger cette déficience, pour atteindre les objectifs qui font consensus. Comment y arriver? C'est une question difficile. Par contre, il est plutôt facile de voir que s'opposer à un projet n'est ni nécessaire ni suffisant pour que cette politique climatique devienne réalité.

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