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«Des solutions peuvent être déployées pour augmenter l'efficacité des systèmes de transport, des bâtiments et des industries», soutient l'auteur.

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Pierre-Olivier Pineau

Professeur à HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie, il collabore régulièrement à La Presse Débats

L'humanité devrait réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d'environ 50% d'ici 2050 pour espérer limiter le réchauffement climatique à 2°C d'ici 2100.

Cela limiterait les changements du climat, mais ne nous épargnerait pas d'importants bouleversements. Des événements climatiques extrêmes continueront d'être plus fréquents: pluies diluviennes, froids et chaleurs records, sécheresses.

C'est donc pour limiter l'ampleur des changements climatiques qu'il faut réduire les émissions de GES. En période de coupes budgétaires, n'y aurait-il pas lieu de voir s'il y a des convergences dans ces différents objectifs de réduction? Et si réduire nos émissions nous rendait plus riches?

On présente souvent les efforts de réduction de GES comme étant chers: acheter une voiture électrique, construire une maison «écologique», installer des panneaux solaires... la liste des dépenses importantes que nous pourrions faire est en effet longue. Il existe cependant une autre approche: repenser la manière dont nous organisons quelques éléments de notre quotidien, sans pour autant compromettre notre qualité de vie.

Au Québec, plus de 40% de nos émissions de GES viennent du transport. C'est par ailleurs un secteur qui pose un grand nombre de problèmes: congestion, coût des infrastructures, accidents de la route... Alors que les gouvernements cherchent à moins dépenser, que les ménages doivent aussi réduire leur endettement, ne serait-il pas logique - indépendamment de la lutte aux changements climatiques - de revoir notre approche au transport?

Une petite voiture qui coûte 15 000$ et qui consomme 7 litres/100 km ne ferait-elle pas économiser, comparativement à sa cousine plus lourde de 25 000$, qui consomme 10 litres/100 km? Rendre accessible à un deuxième ou un troisième passager quelques-uns des sièges vides qui circulent sur les routes, cela diminuerait la congestion routière... sans augmenter les coûts de transport. À l'heure où l'on loue son domicile sur l'internet à des inconnus pour les vacances, difficile de penser qu'il serait impossible de développer le «covoiturage 2.0».

Au-delà des efforts individuels, des solutions d'entreprises peuvent aussi être déployées pour augmenter l'efficacité des systèmes de transport, des bâtiments et des industries. Les véhicules roulant au gaz naturel sont plus performants, tant au plan économique qu'environnemental, la gestion active de la température dans les bâtiments permet de réduire leur consommation, et les solutions technologiques rendent les industries moins énergivores et plus productives. Réduire les émissions ne coûte pas plus cher. Cela demande cependant de changer les habitudes et d'innover dans nos pratiques.

Dans ce contexte, les coupes de 20% des émissions de GES que le Québec vise pour 2020 et le marché du carbone, dont la deuxième phase entrera en place en 2015 (avec un impact de 2 à 3¢ de plus le litre d'essence), pourraient être des catalyseurs d'augmentation de la productivité du Québec. Loin de miner notre compétitivité, nos efforts climatiques pourraient nous rendre plus performants sur le plan économique, grâce à l'innovation et aux changements.

S'il est donc souhaitable pour le climat mondial que tous les pays réduisent leurs GES, l'ambition du Québec, qui dépasse celle de nos voisins immédiats, n'est pas un problème. C'est au contraire une initiative stratégique pour rendre notre économie plus performante. En envoyant un signal de prix aux consommateurs de combustibles fossiles, et en réinjectant ces sommes dans les meilleures solutions individuelles et collectives - ce que le Fonds vert doit faire -, nous pourrions transformer notre économie pour le mieux, tout en atteignant nos cibles climatiques.

Évidemment, pour que cela fonctionne, il faut que la transition s'opère: le gouvernement doit soutenir les initiatives structurantes, les entreprises doivent innover, et les citoyens doivent embrasser les changements - essentiellement en transport et en bâtiment. Ainsi, même si les négociations climatiques mondiales échouaient, ce qui n'est évidemment aucunement désirable, le Québec s'assurerait d'être en meilleure position que maintenant.

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