L'essence de notre dépendance

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Que ce soit le pétrole produit en milieu marin, de schiste ou des sables bitumineux, toutes les nouvelles sources de pétrole sont plus coûteuses que le pétrole traditionnel. Dans ce contexte, impossible de concevoir que les prix de l'essence vont diminuer dans les années à venir.

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Pierre-Olivier Pineau

L'auteur est professeur à HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie. Il collabore régulièrement à la section Débats.

La Presse

Le prix de l'essence et la météo ont plusieurs éléments en commun: les deux fluctuent, sont incertains et ont des tendances saisonnières. On est toujours intéressé par les prévisions, même si l'on sait qu'elles sont souvent incorrectes. Enfin, on adore se plaindre de l'un et l'autre.

Il y a cependant une différence majeure: si vous ne pouvez pas vous soustraire du beau et du mauvais temps, vous pouvez vous détacher du prix de l'essence.

Les consommateurs d'essence sont souvent présentés comme les victimes des hausses à la pompe, dont l'industrie pétrolière serait la principale responsable. Pourtant, en 2014, personne ne devrait plus ignorer que le pétrole est une ressource non renouvelable, dont l'extraction coûte de plus en plus cher: les gisements «faciles» se raréfient, et la production doit inévitablement venir de sources plus difficiles à exploiter.

Que ce soit le pétrole produit en milieu marin, de schiste ou des sables bitumineux, toutes les nouvelles sources de pétrole sont plus coûteuses que le pétrole traditionnel. Dans ce contexte, impossible de concevoir que les prix de l'essence vont diminuer dans les années à venir.

De plus, la géopolitique mondiale, la valeur relative du dollar canadien vis-à-vis de celle de la devise américaine, les hausses saisonnières de la demande, les taxes et, bien sûr, l'opportunisme des stations-service contribuent à expliquer des prix qui bougent... souvent vers le haut, parfois vers le bas.

Mais les consommateurs sont-ils pour autant des victimes? N'ont-ils pas une influence sur ce marché? L'analyse de l'évolution du parc automobile québécois jette un tout autre éclairage.

Au début des années 80, pour chaque «camion» vendu (essentiellement les minifourgonnettes et les véhicules utilitaires sport, ou VUS), on vendait six voitures. À la fin des années 80, c'était trois voitures pour un. Dans les années 90, on est passé sous la barre de deux voitures par camion vendu... et en 2014, on vend une seule voiture par camion.

S'il est facile de trouver une voiture qui consomme 7 litres/100 km, les consommateurs font de plus en plus le choix d'acheter des véhicules qui consomment 30% plus d'essence, soit des VUS brûlent de 9 à 10 l/100 km. Non seulement les automobilistes choisissent des véhicules plus énergivores à l'achat, mais encore ils sont prêts à payer plus cher pour acquérir cette obligation de dépenser 30% de plus à la pompe: 12 000$ en moyenne! C'est la différence entre le prix d'une voiture et celui d'un camion.

Ces tendances font qu'en 2014, pour chaque dollar dépensé pour un camion, seulement 72 cents le sont pour une voiture. En 1980, c'était 4$ en voiture, ou cinq fois plus. Chaque mois, les consommateurs québécois dépensent ainsi 100 millions de plus pour les camions qu'ils ne le font pour les voitures. Les automobilistes sont-ils donc vraiment des victimes? Oui, mais de leur propre choix.

Au-delà des véhicules surdimensionnés, les choix de logement et les choix politiques expliquent aussi notre consommation. Pour s'attaquer à l'essence de notre dépendance au pétrole, il faudrait enfin mieux aménager le territoire: développer des logements en fonction des moyens de transport efficaces, et non pas des autoroutes pour étaler la congestion.

Il faut aussi accepter les choix politiques qui encouragent une mobilité moins axée sur le véhicule individuel. C'est difficile, peut-être. Mais une chose est certaine: il est clair que nous trouverons un autre sujet de conversation quand celui du prix de l'essence sera oublié.

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