Avancer avec prudence

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L'appui à l'aide médicale à mourir est de plus de 86 % pour les malades en phase terminale et les individus qui souffrent d'une maladie incurable en phase avancée, mais de 67 % pour ceux qui souffrent d'un handicap physique permanent.

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Mélanie Dugré

Avocate, l'auteure collabore régulièrement aux pages Débats.

Délicate, profonde et bouleversante que cette question de l'aide à mourir qui a été débattue devant la Cour suprême la semaine dernière. Le Québec, qui a profité de la tribune à titre d'intervenant afin de plaider sa compétence exclusive relativement à l'adoption de la loi 52, fait office de pionnier en ayant soumis cet enjeu important à son législateur plutôt qu'aux tribunaux.

Vingt ans après le très divisé jugement Rodriguez, notre tribunal de dernière instance pourrait maintenant choisir de légaliser et encadrer des gestes qui sont déjà largement posés en catimini partout au pays.

En réponse aux demandes de Gloria Taylor, qui était à la fois atteinte d'une maladie grave incurable et qui avait amorcé un processus de fin de vie, la Cour suprême sera-t-elle tentée de s'inspirer des balises de la loi 52, qui ne sont toutefois d'aucun secours pour les individus qui souffrent de maladies incurables, mais qui ne sont pas en fin de vie, et pour ceux qui sont handicapés, sans être malades ? Ou ira-t-elle encore plus loin ?

Alors que l'aide médicale à mourir et l'euthanasie se confondent souvent en un seul et même concept dans l'opinion publique canadienne, on perçoit cependant certaines réserves dans les sondages. Si l'appui à l'aide médicale à mourir est de 88 % pour les malades en phase terminale et de 86 % pour les individus qui souffrent d'une maladie incurable en phase avancée, il chute à 67 % pour ceux qui souffrent d'un handicap physique et permanent.

Parmi les citoyens qui expriment des réserves, il y a le Collectif des médecins signataires du Manifeste du refus médical de l'euthanasie. Loin d'être des illuminés aux théories farfelues et ésotériques, plusieurs d'entre eux sont des soignants crédibles qui dédient leur vie à l'accompagnement des mourants.

Leurs témoignages ont notamment permis de lever le voile sur le manque criant de ressources en soins palliatifs, dont le développement est souvent confié à des fondations privées. Néanmoins, je ne crois pas que la loi 52 dépouille le médecin de son obligation suprême de soigner et j'estime qu'il est tout à fait réaliste de réconcilier ces deux idéaux, soit d'améliorer l'offre de services en soins palliatifs tout en procurant une aide médicale à mourir à ceux qui le demandent.

Quant à la possibilité d'élargir la portée d'une éventuelle légalisation du suicide assisté afin de rejoindre les Pierre Mayence et les Manon Brunelle de ce monde, un tel débat doit se tenir avec une immense prudence. D'abord parce que le choix des critères applicables à l'exercice de ce droit serait à la fois complexe et périlleux. Mais surtout parce que parfois, lorsqu'on écoute avec le coeur, on peut entendre, derrière le cri qui implore la mort, le murmure d'un appel à l'aide.

Une aide qui pourrait notamment se traduire par des ressources d'hébergement adéquates, autres que les déprimants CHSLD où les handicapés ont pour voisins des patients atteints de démence, des services de transport et de loisirs adaptés et un soutien physique, psychologique et financier pour les proches aidants.

Vivement donc qu'on profite du débat entourant l'aide médicale à mourir pour discuter de suicide assisté, mais en n'oubliant jamais que si se laisser mourir de faim est inhumain, il serait tout aussi indigne et révoltant de se laver les mains de morts qui ont été réclamées parce que nous avons collectivement abdiqué et failli à nos responsabilités.

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