Sale temps pour être vieux!

Le Québec a fait l'autruche en se croyant... (Photo Alain Roberge, La Presse)

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Le Québec a fait l'autruche en se croyant à l'abri de drames comme ceux survenus en Ontario, où six personnes âgées ont perdu la vie dans les incendies de résidences pour aînés à Orillia en 2009 et à Hawkesbury en 2012.

Photo Alain Roberge, La Presse

Mélanie Dugré

L'auteure est avocate. Elle collabore régulièrement aux pages Débats.

À peine six mois. C'est le délai qui s'est écoulé entre les tragédies de Lac-Mégantic et de l'Isle-Verte et qui ont coûté la vie à un total de 79 Québécois. Des catastrophes qui provoquent des morts violentes et qui plongent les membres de ces communautés dans une détresse profonde dont ils n'émergeront jamais complètement, trimballant leur coeur brisé et leur âme meurtrie.

Ce sont des drames qui suscitent immanquablement la question suivante: aurait-on pu les éviter? Si l'enquête de Lac-Mégantic a révélé la négligence d'une compagnie cowboy et d'un système de règlementation trop permissif, l'incendie à l'origine du drame de L'Isle-Verte est, quant à lui, presque banal. Un brasier par temps froid parmi d'autres. Un feu dans une résidence impeccable, bien tenue et jouissant d'une réputation sans tache. Mais on s'imagine qu'en 2014, nous disposons d'un encadrement règlementaire permettant d'éviter, sinon les flammes elles-mêmes, des pertes de vie en masse. Lorsqu'on voit des gens morts piétinés ou brûlés vifs dans les incendies de discothèques en Asie ou en Amérique du Sud, on se rassure en pensant que ça n'arrivera jamais ici grâce aux normes de construction et de sécurité imposées par la Régie du bâtiment du Québec.

Mais visiblement, le Québec a fait l'autruche en se croyant à l'abri de drames comme ceux survenus en Ontario, où six personnes âgées ont perdu la vie dans les incendies de résidences pour aînés à Orillia en juin 2009 et à Hawkesbury en mai 2012. À la suite de ces évènements, le gouvernement ontarien a d'ailleurs rendu les gicleurs obligatoires dans les foyers pour aînés et pour personnes handicapées.

Il semble que des groupes de travail se penchaient depuis quelques mois sur la possibilité de resserrer les normes québécoises. Évidemment, les ébauches traînent encore sur les tables à dessin alors que cette machine politique si lourde, si lente, si bureaucratique aura procrastiné et tardé à modifier des normes que d'autres tragédies avaient pourtant prouvé être inadéquates.

Au-delà de l'odeur de la mort, des larmes et du long et pénible deuil collectif qui s'amorce, il y a le désespérant constat que ce n'est qu'à coup de catastrophes humaines que nos dirigeants apprennent des leçons qui leur permettent de sortir de leur inertie politique. Les images qui défilent et les poignants témoignages qui roulent en boucle suscitent tristesse, colère et le refus, légitime, d'accepter l'argument du destin et de la fatalité.

Et puis dans mon esprit, une impression amère flotte. Celle que le Québec échoue lamentablement dans la protection des plus vulnérables, particulièrement les aînés, alors qu'on les entasse dans les corridors des urgences et qu'on ferme les yeux sur les traitements et les conditions de vie qui leur sont réservés.

Oui, vraiment, c'est un sale temps pour être vieux et malade au Québec.




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