En vertu de la législation actuelle, les baisses d'impôt héritées de l'ère Bush, ainsi que la réduction récente des cotisations au financement de la sécurité sociale et du régime d'assurance maladie public, expireront le 31 décembre. Concrètement, cela signifie que les contribuables, qu'ils soient riches ou pauvres, devront commencer à verser des centaines de milliards de plus au Trésor américain dès le retour des Fêtes.
Jumelées aux coupes automatiques dans les dépenses prévues par la dernière entente sur le plafond imposé aux emprunts du gouvernement, ces hausses d'impôts devraient réduire le déficit budgétaire de manière importante en 2013. Toutefois, selon le Bureau du budget du Congrès, l'agence non partisane responsable de l'évaluation des propositions budgétaires américaines, ces augmentations sont tellement importantes qu'elles risquent en même temps de plonger l'économie en récession.
L'enjeu est donc de taille, et non seulement pour les États-Unis. Le Canada en particulier pourrait être la toute première victime extérieure du «précipice fiscal» américain.
Pour l'instant, la plupart des observateurs s'attendent à ce qu'une solution au moins temporaire soit apportée au problème, peu importe qui gagnera l'élection du 6 novembre. Que ce soit au début d'un deuxième mandat dans le cas de Barack Obama, ou d'un premier mandat dans le cas de Mitt Romney, aucun président ne voudra prendre le risque d'une récession en 2013. On ne peut toutefois exclure qu'une plongée initiale dans le précipice soit rapidement suivie de l'ouverture du parachute que constitueraient de nouvelles mesures temporaires et sans doute rétroactives au 1er janvier.
Une fois ce parachute ouvert, le problème restera cependant entier. Que faut-il faire pour restaurer l'équilibre à long terme des finances publiques américaines et stabiliser, sinon même réduire son ratio d'endettement? Pour la plupart des observateurs externes et même pour une majorité de ceux qui évoluent dans les milieux politiques, il ne fait guère de doute que le niveau actuel des dépenses publiques est hors norme. De plus, il ne fera que croître au cours des prochaines années, sous les pressions qu'une population vieillissante fera subir aux régimes publics de retraite et de santé.
Des réformes seront donc nécessaires. En cela, les États-Unis ne sont guère différents des autres pays occidentaux qui doivent tous, les uns après les autres, remettre en question des droits pourtant réputés «acquis».
C'est davantage du côté des recettes que le débat fait rage, surtout dans l'arène politique, où les positions des camps républicain et démocrate demeurent pour l'instant bien tranchées. Pourtant, le niveau actuellement faible des recettes budgétaires est lui aussi hors norme et un objectif somme toute réaliste devrait être de le ramener au moins à son niveau d'avant la dernière récession, niveau qui était aussi celui du début de l'ère Clinton, soit aux environs de 18% du PIB. Il existe même des manières d'accomplir cette tâche sans causer de préjudice particulier à la croissance de l'économie.
Évidemment, pour en arriver à une solution définitive, il faudra bien davantage que la volonté du seul président, le Congrès possédant en matière budgétaire les pouvoirs essentiels. Au-delà du précipice fiscal immédiat, c'est donc plutôt le blocage imposé par la partisanerie excessive du Congrès qui hypothèque la santé future de l'économie américaine et de ses finances publiques.