Deux mesures dommageables

Le gouvernement Marois ne devrait pas taxer davantage... (PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE)

Agrandir

Le gouvernement Marois ne devrait pas taxer davantage le gain de capital et les dividendes, ni exiger plus de redevances minières.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Partager

Sur le même thème

Martin Coiteux
L'auteur est professeur au service de l'enseignement des affaires internationales à HEC Montréal.

La Presse

Pauline Marois a beaucoup parlé de langue et d'identité en campagne électorale, mais elle a bien peu parlé d'économie. Maintenant que les Québécois lui ont confié les rênes d'un pouvoir circonscrit par le statut minoritaire de son gouvernement, il serait souhaitable qu'elle revoie ses priorités.

Loin d'avoir le vent en poupe, l'économie du Québec se trouve plutôt en phase de décélération rapide. Le Québec pourrait même se retrouver en récession si un choc important tel qu'un conflit armé au Moyen-Orient devait bientôt survenir.

Malheureusement, les Québécois n'ont guère été préparés à cette situation. Depuis 2008, on n'a cessé de leur répéter qu'ils avaient traversé mieux que quiconque les séquelles de la crise financière internationale. Dans certains milieux, on leur a même dit qu'ils devaient cette performance honorable à la structure de leur système socio-économique.

Pourtant, quand on y regarde de plus près, on s'aperçoit que le Québec n'a pas inventé la recette. Le gouvernement n'a fait qu'utiliser massivement le levier temporaire des investissements publics, tandis que les ménages ont profité de la baisse des taux d'intérêt pour s'acheter de nouvelles maisons.

L'endettement collectif et individuel qui en est résulté nous a depuis rattrapés et les investissements, tant du côté de l'immobilier résidentiel que du côté des infrastructures publiques, évoluent désormais en territoire négatif. Comme le solde commercial ne montre aucun signe d'amélioration, il ne reste plus que la consommation plus ou moins dynamique et l'investissement privé non résidentiel pour maintenir la croissance de l'économie du Québec en vie.

Voilà qui devrait sérieusement faire réfléchir Mme Marois.

Si elles devaient être appliquées, deux mesures spécifiques contenues dans la plateforme électorale péquiste pourraient en effet causer un tort considérable à l'économie du Québec.

La première est l'augmentation importante des taux marginaux d'imposition des particuliers et l'alourdissement de la taxation des dividendes et du gain en capital. La seconde est la mise en place d'un régime de redevances minières qui ne tient nullement compte de la position du Québec dans l'industrie mondiale des métaux.

Ces mesures inspirées par le populisme fiscal partagent toutes deux la même vision d'un Québec insulaire, n'ayant à livrer concurrence à aucune autre juridiction, que celle-ci se trouve en Amérique du Nord ou ailleurs dans le monde.

La première nuirait autant à l'esprit d'entreprise local qu'elle découragerait la localisation au Québec de nouvelles entreprises. Elle pénaliserait aussi les retraités qui sans être riches, ont besoin de tous leurs revenus d'investissement pour joindre les deux bouts.

La seconde surviendrait à un moment délicat alors que le ralentissement et le rééquilibrage de la croissance en Chine augmentent l'incertitude quant à l'évolution prochaine du marché mondial des métaux.

Les deux mesures auraient ensemble pour effet de lever bien haut le drapeau d'un Québec moins accueillant pour l'investissement privé et sans solution de rechange pour assurer la croissance de son économie.

Certes, le statut minoritaire du gouvernement de Mme Marois pourrait renvoyer aux calendes grecques l'une comme l'autre de ces mesures fiscales péquistes. Néanmoins, on ne peut exclure à l'avance que l'opposition «laisse passer» d'une manière ou d'une autre le premier budget du gouvernement, de manière à gagner plus de temps pour préparer les prochaines élections. Dans ce contexte, le contenu exact de ce premier budget ne sera pas sans conséquence sur l'économie du Québec.

Mme Marois a donc devant elle quelques semaines cruciales pour élaborer la stratégie économique qui lui a fait défaut en campagne. Si cette stratégie devait faire abstraction de la nécessité de créer un meilleur environnement d'affaires et un climat plus propice à l'investissement privé, Mme Marois aura alors gaspillé ce temps précieux.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer