En somme, il devait convaincre qu'il incarnait le changement le plus convaincant dans la manière de gouverner le Québec, tout en offrant une alternative nationaliste modérée et pragmatique au radicalisme pressé du Parti québécois.
On ne saura que le jour de l'élection si François Legault a gagné son pari ultime, mais en attendant, force est d'admettre que l'on a assisté hier soir à la meilleure prestation qu'on ait connue à ce jour de ce politicien que l'on a peu souvent décrit par son charisme. Défendant avec passion son programme, il a réussi à déstabiliser à plus d'une reprise son adversaire. Il a su imposer la trame qu'il avait choisie, celle du courage de couper dans la bureaucratie pour financer ses priorités en éducation et en santé. Il a habilement dépeint son adversaire comme étant la reine du statu quo et l'otage des volontés des alliés syndicaux traditionnels du Parti québécois. Il a également rappelé qu'elle avait longtemps porté le carré rouge.
Certes, Pauline Marois s'est défendue avec vigueur tout au long de ces échanges passionnés, mais elle n'a guère eu l'occasion d'expliquer les détails de son programme, se contentent le plus souvent de demander aux téléspectateurs de s'en remettre à son expérience antérieure au gouvernement.
Au chapitre de l'économie et des finances publiques, Mme Marois a tenté de contre-attaquer en s'en prenant au cadre financier du chef de la CAQ, mais s'est trouvée rapidement handicapée par l'absence d'un cadre financier déposé par le Parti québécois.
François Legault a eu beau jeu de lui demander comment elle financerait ses engagements et comment elle réduirait simultanément la dette, alors qu'aucune source de financement n'a encore été publiquement évoquée et chiffrée par le PQ.
Sur la question de la hausse des redevances minières qui semble être la source principale sinon unique du financement des promesses péquistes, François Legault était visiblement bien préparé, taxant Pauline Marois d'irréalisme et l'accusant même de risquer la fermeture des mines.
Il est vrai que le débat ressemblait par moments à une vieille querelle de couple, Pauline Marois allant jusqu'à appeler François Legault par son prénom tout en lui reprochant d'avoir renoncé à ses convictions et d'avoir quitté son ancien parti.
L'un des temps forts de ce débat hautement émotif allait forcément porter sur la question nationale. Là aussi, François Legault a su mettre son ancienne collègue dans l'embarras, en expliquant comment au cours d'un éventuel mandat Marois, un référendum sur la souveraineté pourrait avoir lieu à tout moment, en raison de l'adhésion du PQ aux référendums d'initiative populaire. Pauline Marois n'a pu le contredire.
Le mot de la fin est revenu à François Legault qui a admis la légitimité de l'option souverainiste, mais a dit qu'il a choisi de respecter le choix de la majorité de Québécois qui veulent passer à autre chose.
François Legault n'a pas encore remporté son pari ultime qui est celui de gagner l'élection le 4 septembre. Il a cependant accompli hier soir une chose: imposer sa vision du changement et incarner une option de gouvernement crédible qui ne replongera pas le Québec dans le drame d'une crise constitutionnelle ou d'un référendum.