Le mal des ressources

La collectivité doit épargner une partie des revenus... (PHOTO: FRANÇOIS ROY, LA PRESSE)

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La collectivité doit épargner une partie des revenus tirés de l'exploitation de ces ressources naturelles afin d'en faire bénéficier les générations futures et non seulement la génération actuelle.

PHOTO: FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

 

Martin Coiteux
L'auteur est professeur au service de l'enseignement des affaires internationales à HEC Montréal.

La Presse

On a beaucoup parlé au cours des derniers mois d'une «maladie hollandaise» qui affecterait le Canada en raison du développement accéléré de son secteur des ressources naturelles. Il existe pourtant une autre maladie des ressources naturelles, une maladie plus spécifiquement québécoise. Ce «mal québécois des ressources» n'est généralement présent que de manière latente, mais en période électorale, il a tendance à s'afficher au grand jour.

Le premier symptôme du mal est ce que l'on pourrait appeler le «syndrome du non-développement». Ce syndrome connaît deux variantes. La première, généralement associée à une certaine mouvance écolo-artistique, considère qu'aucune considération économique ne saurait justifier l'existence d'un puits de pétrole, d'une mine à ciel ouvert ou même, d'un barrage hydro-électrique. La seconde est plus subtile. Elle consiste à vouloir taxer les profits des entreprises oeuvrant dans le secteur au point de décourager chez elles toute velléité d'investissement. En se faisant l'avocat d'un régime de redevances plus vorace que celui des juridictions aux coûts de production et de transport hautement plus compétitifs que ceux du Québec, le Parti québécois n'est pas loin de souffrir pleinement de ce syndrome. Au stade actuel du cycle du prix des métaux, où la baisse constitue le scénario le plus probable, la proposition du PQ en matière de redevances risque tout simplement de faire fuir les investissements. Trop de redevances finissent par tuer les redevances.

Le deuxième symptôme du mal pourrait s'appeler le «syndrome de la myopie générationnelle». La raison pour laquelle des redevances sont justifiées dans le cas de ressources naturelles comme les métaux ou les hydrocarbures est leur caractère non renouvelable. La collectivité doit donc épargner une partie des revenus tirés de l'exploitation de ces ressources afin d'en faire bénéficier les générations futures et non seulement la génération actuelle.

Le PQ semble souffrir de myopie générationnelle totale en ne disant mot sur l'utilisation des redevances au bénéfice des générations futures. Le PLQ souffre quant à lui de myopie partielle, lui qui propose de ne mettre de côté que le quart des redevances excédant 200 millions de dollars par année. Dans ce dossier, il n'y a que la Coalition avenir Québec qui ne souffre d'aucune myopie, puisqu'elle propose d'appliquer 100% des redevances à la réduction de la dette.

Le troisième symptôme pourrait s'appeler le «syndrome du parieur», lequel pousse nos politiciens à vouloir risquer l'épargne ou les impôts futurs des Québécois dans l'aventure risquée du développement minier. Tous les partis souffrent d'une forme ou d'une autre de ce syndrome, mais c'est la CAQ qui se distingue le plus en proposant la création d'un fonds de 5 milliards de dollars permettant à la Caisse de dépôt et placement de prendre part au capital des entreprises du secteur des ressources. À ce stade du cycle des prix, alors que les entreprises revoient leurs perspectives de profit à la baisse, il s'agit là d'un pari risqué. À la décharge de la CAQ, l'objectif poursuivi est de lutter contre le «syndrome du non-développement», en donnant aux Québécois l'envie de développer un secteur dont ils se sentiront «propriétaires». L'intention est bonne, mais elle n'élimine pas le risque. Si ce projet voit le jour, il devra être fortement balisé.

En attendant l'invention du remède qui nous guérira instantanément du mal, il nous faudra donc nous en remettre à une thérapie plus longue. L'enjeu de la thérapie sera d'atténuer les symptômes de notre «syndrome du non-développement» afin de ne plus devoir compter sur notre «syndrome du parieur». Il nous faudra par ailleurs porter en tout temps les lunettes qui corrigeront notre «myopie générationnelle». Qui sait? Ça pourrait marcher.

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