Défoulement de pensée magique

Le Québec du printemps 2012 est en train... (PHOTO: PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE)

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Le Québec du printemps 2012 est en train de s'offrir un immense défoulement collectif de pensée magique et de rhétorique pseudorévolutionnaire dans l'ignorance béate de ce qui se passe ailleurs dans le monde.

PHOTO: PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

 

Martin Coiteux
L'auteur est professeur au service de l'enseignement des affaires internationales à HEC Montréal.

La Presse

Les économistes et les fiscalistes auront beau faire tous les calculs du monde, rien ne saura convaincre les étudiants en guerre contre le gouvernement que la hausse des droits de scolarité, assortie de la bonification proposée au régime d'aide financière aux études, constitue une mesure justifiée et équitable.

Ces étudiants jouissent maintenant de l'appui d'une vaste coalition de syndicalistes, d'artistes et d'indépendantistes de gauche disposés à mélanger fleurdelisé et carré rouge afin de défendre le bon peuple du Québec contre les assauts d'une présumée conspiration néolibérale.

Or, ce Québec néolibéral n'existe tout simplement pas. La réingénierie de l'État promise par Jean Charest en 2003 n'a pas eu lieu.

En 2003, les dépenses de programme de l'État québécois représentaient 19,6% du PIB. En 2011, cette proportion avait grimpé à plus de 25%. En 2003, la part des secteurs public et parapublic dans l'emploi total atteignait 24%. En 2011, cette part était toujours de 24%. En d'autres termes, ce gouvernement accusé par tout ce qui bouge à gauche du centre de brader le «modèle» social-démocrate québécois n'a jamais fait autre chose qu'en gérer l'expansion.

On n'a qu'à lire le dernier discours du budget présenté par le ministre Raymond Bachand pour voir à quel point toute la démarche du gouvernement repose sur la préservation de ce modèle. En définitive, on y associe la qualité de vie des Québécois à la seule importance des programmes sociaux mis de l'avant par l'État, et on fait donc de la préservation de ces programmes sociaux la pierre d'assise de toute la stratégie gouvernementale en matière de finances publiques. On est très loin du Québec néolibéral dénoncé par les militants radicaux de la CLASSE et leurs alliés nationalistes de gauche ou syndicalistes.

On a affaire à un gouvernement qui cherche désespérément la manière de financer un modèle en croissance permanente. On voit aussi un gouvernement qui doit parfois se livrer à des arbitrages difficiles entre la santé et l'éducation, ou entre les étudiants provenant des milieux nantis et les personnes âgées les plus vulnérables laissées à elles-mêmes dans un CHSLD.

Les économistes auront beau expliquer que la contrainte budgétaire à laquelle fait face aujourd'hui le gouvernement libéral de Jean Charest sera également celle d'un gouvernement péquiste dirigé par Pauline Marois ou d'un gouvernement caquiste dirigé par François Legault, rien ne saura y faire.

La rue carbure à la pensée magique et non aux équilibres économiques et comptables. Elle s'inventera donc des riches qui paieront plus d'impôts que les revenus qu'ils réussiront à gagner, elle rêvera de rançonner des créateurs d'emploi incapables par ailleurs de quitter le Québec; elle proposera aussi de hausser les redevances sur des ressources naturelles qu'elle imagine n'exister qu'au Québec.

Le Québec du printemps 2012 est en train de s'offrir un immense défoulement collectif de pensée magique et de rhétorique pseudorévolutionnaire dans l'ignorance béate de ce qui se passe ailleurs dans le monde. C'est cette ignorance qui est sans doute la plus terrifiante par ce qu'elle est annonciatrice de convulsions encore plus difficiles à venir.

Qu'arrivera-t-il le jour où il sera devenu impossible de ne gérer que la croissance des dépenses de programme et qu'il faudra en venir, comme en Europe, aux coupes réelles dans la panoplie de droits acquis qui drainent sans merci le budget de l'État-providence?

Bien sûr, parler de cela, c'est un peu gâcher la fête des marcheurs nocturnes. C'est aussi très anti-québécois aux yeux d'une frange influente du mouvement indépendantiste. C'est pour cela que la voix des économistes continuera encore un temps d'être enterrée par celle bien plus romantique des poètes-révolutionnaires de la rue.

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