Une opportunité à saisir

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"La prospérité de l'Alberta finance une part importante des dépenses du Québec, par le biais des transferts fédéraux aux provinces", explique Martin Coiteux. Sur la photo, la première ministre albertaine Alison Redford.

Photo: PC

 

Martin Coiteux
L'auteur est professeur au service de l'enseignement des affaires internationales à HEC Montréal.

Cyberpresse

À la surprise de plusieurs, l'élection albertaine de lundi s'est conclue par la victoire sans appel du Parti progressiste-conservateur dirigé par Alison Redford.

Pour le Wildrose de Danielle Smith, que les sondeurs voyaient déjà aux commandes après seulement quatre années d'existence, la défaite est amère. Il n'y aura finalement pas de raccourci pour ce parti né d'une scission à l'intérieur de la grande famille conservatrice albertaine. L'opposition officielle sera le passage obligé d'une marche toujours possible vers le pouvoir.

Toute albertaine qu'elle était, cette élection a passionné le Canada tout entier. Certes, le duel entre deux femmes de calibre ainsi que le contraste entre leurs visions des politiques économiques et sociales y ont été pour beaucoup.

Toutefois, au-delà de l'affrontement entre la vision «libérale» d'Alison Redford et celle plus «libertarienne» de Danielle Smith, c'est toute la question des relations entre l'Alberta et le reste du pays qui était sur la table.

L'Alberta de Danielle Smith se serait voulue beaucoup plus autonomiste et centrée sur les intérêts de la province, tandis que celle d'Alison Redford se veut bien davantage engagée dans une logique de coopération fédérale et interprovinciale. En somme, l'élection albertaine soulevait de véritables enjeux nationaux.

Qu'on le veuille ou non, l'Alberta est déjà au coeur du système fédéral canadien et son rôle ira fort probablement croissant au cours des années à venir. Sa population augmente rapidement et son économie contribue bien au-delà de son poids démographique aux recettes du Trésor fédéral. La prospérité de l'Alberta finance donc une part croissante des dépenses du gouvernement fédéral, ainsi qu'une part importante de celles de nombreuses autres administrations provinciales, dont celle du Québec, par le biais des transferts fédéraux aux provinces.

On peut estimer ces transferts nets de l'Alberta au profit des autres administrations provinciales à environ 6,5 milliards de dollars par année, ce qui représente près de 1800 dollars, annuellement, pour chaque Albertain. Le Québec n'aime guère se le faire rappeler, mais il se situe du côté receveur de ces transferts, alors qu'il contribue pour moins de 19% aux recettes fédérales tout en étant bénéficiaire de plus de 28% des transferts fédéraux aux administrations provinciales. Pour le Québec, cela équivaut à un transfert net de plus de 6 milliards de dollars par année, lequel contribue directement au financement de ses programmes et de son service de la dette. Évidemment, le Québec n'est pas le seul bénéficiaire de ces transferts nets, mais son poids démographique a forcément des conséquences plus grandes.

Contrairement au Wildrose de Danielle Smith, les progressistes-conservateurs d'Alison Redford ne remettent pas en question le principe de ces transferts qui sont inhérents au fonctionnement du fédéralisme canadien. Ils ne peuvent toutefois rester totalement insensibles aux critiques qui s'expriment à leur égard d'un bout à l'autre de la province. Une manière de faire taire ces critiques serait pour le Québec de devenir un partenaire formel du développement économique avec cette province qui, de toute façon, fera entendre toujours plus sa voix au sein de la fédération. En ce sens, la vision fédéraliste très affirmée d'Alison Redford offre une opportunité à saisir.

L'Alberta a besoin de se désenclaver vers l'ouest comme vers l'est afin de profiter pleinement de ses richesses pétrolières. Le Québec pourrait de son côté exploiter de nouvelles opportunités pour son hydroélectricité en collaborant avec l'ensemble des autres provinces, incluant l'Alberta.

À long terme, il n'y a guère de dichotomie entre le désir d'autonomie et la nécessité d'une coopération respectueuse entre les provinces. Le Québec et l'Alberta ont tout ce qu'il faut pour en donner l'exemple. Le pays dans son entier ne s'en portera que mieux.

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