Brutal retour à la réalité

  ... (Archives Bloomberg News)

Agrandir

  

Archives Bloomberg News

Martin Coiteux
L'auteur est professeur au service de l'enseignement des affaires internationales à HEC Montréal.

La Presse

Tout comme une hirondelle ne fait pas le printemps, un mois de statistiques du chômage ne fait pas une tendance sur le marché de l'emploi. Ainsi, il est possible que les 8,7% de chômage enregistrés au Québec en décembre dernier noircissent le portrait au-delà du raisonnable. Néanmoins, nous aurions tort de nous en remettre à l'hypothèse de l'aberration statistique pour expliquer le passage à vide actuellement vécu par l'économie québécoise. Le marché de l'emploi est bel et bien en train de se détériorer au Québec et il le fait à un rythme bien supérieur à celui de la moyenne nationale.

Pour plusieurs, cette situation n'est rien de moins que choquante. Ne nous a-t-on pas dit et redit que le Québec avait mieux traversé la dernière récession que beaucoup d'autres au point même d'éclipser l'Ontario sur le front de l'emploi? Ne nous a-t-on pas dit dans certains quartiers qu'il fallait même y voir la réussite d'un «modèle québécois» aussi unique qu'exceptionnellement performant?

Pourtant, une lecture attentive des statistiques n'aurait jamais dû autoriser une telle prétention. Somme toute, la performance relativement meilleure du Québec vis-à-vis de l'Ontario n'aura été qu'un phénomène temporaire, dû essentiellement à la nature même de la dernière récession. Le secteur manufacturier ontarien étant à la fois plus imposant et plus intégré à l'économie américaine que celui du Québec, il était normal qu'il subisse de plein fouet l'impact de la pire récession connue par les États-Unis depuis la grande crise des années trente. Depuis que l'économie américaine a amorcé son lent, mais néanmoins réel redressement, l'économie ontarienne avance plus rapidement que l'économie québécoise. Tôt ou tard, il était inévitable que le taux de chômage de l'Ontario reprenne sa position traditionnellement en dessous de celui du Québec. C'est maintenant chose faite.

Au-delà de ce retour à la normale, ce sont toutefois les tendances qui inquiètent. Depuis le milieu de l'été, ce n'est plus seulement une performance relativement meilleure de l'Ontario qui laisse le Québec en plan, mais un réel décrochage de l'emploi. L'une des statistiques les plus préoccupantes est celle du taux d'emploi, lequel correspond au pourcentage de la population en âge de travailler qui occupe effectivement un emploi. Depuis le sommet post-récession enregistré en mai 2011, le Québec n'a pratiquement cessé de perdre du terrain sur ce front. La chute des trois derniers mois a d'ailleurs été tellement brutale qu'elle a éliminé tout le terrain qui avait été lentement et patiemment regagné depuis le creux de la dernière récession.

Comment peut-on expliquer une telle contre-performance? Visiblement, les dépenses du secteur public ne sont pas en cause puisque le gouvernement a dépensé comme jamais en 2011 afin de pallier à des décennies de négligence en matière d'infrastructures de transport. C'est plutôt du côté du secteur privé qu'il faut regarder alors que la construction immobilière a commencé à revenir sur terre et que la pluie d'impôts nouveaux qui s'est abattue sur le contribuable a sérieusement freiné sa capacité de consommation.

Le Québec est très probablement en train de payer le prix de l'exubérance immobilière des dernières années, ainsi que d'une stratégie de réduction du déficit budgétaire entièrement basée sur l'accentuation de la pression sur des contribuables aussi endettés que surtaxés. Voilà une situation qui augure bien mal pour 2012 alors que la pression fiscale s'accroîtra davantage et que les dépenses en infrastructures du gouvernement amorceront leur descente. Finalement, le «modèle québécois» n'est pas différent de celui des autres économies lourdement taxées et endettées. Il a un coût bien réel.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer