Le malaise catholique

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La seule perspective offerte par l'Église catholique aux homosexuels est de rester continent, donc célibataire.

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Jonathan Guilbault

L'auteur est diplômé en théologie et en philosophie. Il collabore régulièrement à notre section Débats.

Dans l'avion le ramenant de Rio, le pape François a accordé une longue entrevue aux journalistes. Questionné à propos des personnes homosexuelles, le Saint-Père a répondu: «Si une personne est gaie et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger?»

Que penser de ces paroles? Tout d'abord, prenons acte du fait qu'il existe un malaise, dans le monde catholique, concernant l'homosexualité. Un malaise qui doit être largement répandu, car je ne me souviens pas d'avoir entendu un prêtre prêcher sur ce thème en six années de séminaire.

D'un côté, il y a l'enseignement officiel condamnant les actes homosexuels. Cet enseignement repose essentiellement sur quelques rares versets bibliques. Ces passages ont été traduits en des thèses subtiles sur la loi naturelle, la complémentarité normative des sexes, le narcissisme du désir homosexuel, etc.

De l'autre côté, il y a l'épreuve des faits. Plusieurs ont fait l'expérience de rencontrer des personnes homosexuelles sans avoir été capables d'exposer la position du magistère autrement qu'en bredouillant. Face au désir de ces personnes de s'aimer dans une communion intime, de faire face aux tempêtes et vicissitudes de l'existence par leur alliance corps et âme, la force de ce qu'on appelle trop rapidement «la vérité» s'effiloche.

Ainsi, le malaise provient surtout de l'écart entre ce qui est enseigné et ce qui est perçu. Ce malaise se renforce chaque fois qu'un jeune, dans une partie ou l'autre du monde, s'enlève la vie ou est emprisonné en raison de son orientation homosexuelle. Ce genre de tragédie travaille la conscience.

L'écart, et donc le malaise, est-il fatal? On peut espérer que non. Les paroles du Saint-Père peuvent-elles aider à combler le fossé? Peut-être, parce qu'elles sont humbles et suggèrent l'ouverture. Mais elles ne s'aventurent pas sur le versant doctrinal du problème, et c'est là que résident les plus grandes difficultés.

De fait, du côté pastoral, l'Église prêche depuis longtemps la pleine inclusion des personnes homosexuelles dans la vie des communautés chrétiennes. Mais ce prêche est fragilisé par la stigmatisation du mode de vie de ces personnes. La seule perspective proposée: en union avec le Christ sur la croix, rester continent, donc célibataire. Perspective réjouissante! D'autant plus que leur célibat ne donne pas accès à une fonction valorisante en Église, comme le célibat des prêtres. Il n'ouvre aucune porte - sinon celles du paradis... mais un Dieu d'amour demanderait-il un prix d'accès aussi exorbitant?

Bref, pour dissiper le malaise, l'Église doit accepter de discerner de nouveau ce qu'elle a à dire concernant l'homosexualité. Faire cela, ce n'est pas simplement rabâcher des arguments reposant sur quelques versets bibliques formatés par leur époque. Dans ses réflexions morales, anthropologiques, l'Église ne peut pas faire l'économie d'intuitions ayant gagné en force au cours de l'histoire récente. Des intuitions peut-être «inspirés» sur les grandeurs et misères de ce mélange impondérable d'égoïsme et d'ouverture à l'autre qu'est l'amour, hétérosexuel ou pas.

Car être fidèle à un Dieu vivant, présent dans l'histoire et qui en assume les évolutions, c'est surtout s'inspirer à nouveau de l'esprit subversif qui parcourt les Évangiles. De cet esprit qui a inspiré ce qui s'est fait de plus authentiquement humain dans les limites de chaque époque.

Ça ne signifie pas que l'Église institutionnelle ait nécessairement tort sur toute la ligne. Ni que l'on doive s'extasier devant l'orgie de paillettes de Divers/Cité. Ça veut simplement dire que l'Église ne peut être fidèle à Dieu qu'en ayant l'humilité de se redemander sans cesse ce qui est le plus conforme à l'amour dont le Christ s'est fait la plus sublime expression.

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