La Libye, autre cauchemar des Occidentaux

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« La Libye est un terrain plat où il est plus facile d'intervenir qu'en Afghanistan ou dans les massifs du Mali », indique Jocelyn Coulon.

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Jocelyn Coulon

Directeur du Réseau de recherche sur les opérations de paix, affilié au CERIUM de l'Université de Montréal, il collabore régulièrement à la section Débats.

Jamais deux sans trois. Après l'Irak et la Syrie, le groupe terroriste État islamique (EI) profite du chaos en Libye pour se constituer une nouvelle base d'où promouvoir son idéologie mortifère et planifier ses prochaines attaques. La menace est prise très au sérieux par les Occidentaux.

Mardi, à Rome, les 23 pays engagés dans la coalition contre l'EI ont fait le point sur la crise libyenne et sur la présence du groupe terroriste. Pour les Occidentaux comme pour le reste du monde, le défi est double :  il faut d'abord stabiliser le pays pour ensuite parvenir à éliminer l'EI. Or, l'un doit être atteint pour que l'autre soit entrepris.

Cinq ans après la chute du colonel Mouammar Kadhafi, la Libye est toujours en proie à une guerre civile.

L'État est inexistant et la sécurité n'est plus assurée sur cet immense territoire, ce qui ouvre la porte à l'enracinement de groupes criminels ou extrémistes. On craint une nouvelle Somalie aux portes de l'Europe.

Les factions libyennes cherchent une solution dans la constitution d'un gouvernement pouvant les réconcilier. Malheureusement, les factions en ont créé trois. Deux de ces gouvernements se revendiquent d'une légitimité politique et territoriale - ils sont installés dans l'est et l'ouest du pays - , et le troisième, fruit d'un accord mal ficelé entre les deux premiers, n'existe que sur le papier. Et comme si la situation n'était pas assez compliquée, les négociations visant à rapprocher les différents camps et supervisées par l'ONU sont laborieuses et enlisées dans des querelles de représentativité et de procédures qui n'augurent rien de bon.

Les Occidentaux portent une lourde responsabilité dans la situation actuelle. Ce sont eux qui, en 2011, ont lancé une attaque aérienne dans le but de déloger le régime Kadhafi. Ils ont bien tenté d'accompagner les factions libyennes à travers un processus de dialogue, mais sans résultat concret pour l'instant. Le Canada, dont un de ses généraux dirigeait l'opération de l'OTAN, en est bien conscient, et le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a résumé le sentiment des Occidentaux à Rome lorsqu'il a reconnu l'« obligation » d'aider les Libyens après qu'ils se seront entendus sur la constitution d'un seul gouvernement.

INQUIÉTUDES

En attendant, l'EI établit des bases discrètes et exploite le ressentiment d'une partie de la population pour nouer des alliances avec des groupes et des tribus en rupture avec les deux gouvernements établis à Tripoli et à Tobrouk. Pour les Occidentaux, l'ouverture de ce troisième front si proche des rivages européens provoque une très forte inquiétude.

Quelques jours avant la rencontre dans la capitale italienne, le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a souligné l'« urgence » de voir aboutir le processus politique en cours entre Libyens. Selon lui, il y a un « risque majeur » de voir des terroristes de l'EI en Libye parvenir en Europe. « Ils sont là sur près de 300 kilomètres de côtes et ils se répandent. Ils sont à 350 kilomètres à peine de l'île italienne de Lampedusa et lorsque le beau temps va arriver il y a des risques réels de passages de combattants », depuis les côtes libyennes, mélangés à des réfugiés.

Il n'en fallait pas plus pour que le quotidien Le Figaro décrive avec détails les plans d'intervention militaire échafaudés à Paris et dans certaines capitales occidentales. La Libye est un terrain plat où il est plus facile d'intervenir qu'en Afghanistan ou dans les massifs du Mali. Les plans prévoiraient des frappes aériennes, des tirs d'artillerie et des mouvements d'infanterie pour pourchasser les terroristes.

À Rome, Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, a carrément rejeté le scénario d'une intervention militaire. « Il n'est pas d'actualité », a-t-il dit. Peut-être est-ce le cas, mais il faudra bien, au lendemain de la formation d'un gouvernement d'union nationale, une aide militaire pour départager et désarmer les milices, assurer la sécurité et combattre l'EI. L'ONU a déjà un plan pour déployer des Casques bleus, mais ceux-ci auront un mandat d'accompagnement du processus politique et de reconstruction. Il manque le bras armé. À Paris, à Londres et à Washington, un consensus se dégage sur son nécessaire déploiement.

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