Un fragile dialogue s'engage

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« Le sort du président Assad a été mis sous le boisseau [des négociations] pour l'instant », indique Jocelyn Coulon. Sur la photo, Salma, dans l'ouest de la Syrie.

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Jocelyn Coulon

Directeur du Réseau de recherche sur les opérations de paix, affilié au CERIUM de l'Université de Montréal, il collabore régulièrement à la section Débats.

Il ne suffira pas d'une nouvelle séance de négociations pour conclure un accord de paix entre les Syriens. Comme les précédentes, celle qui s'ouvre à Genève demain n'offre aucune garantie de succès. Et pourtant, un petit espoir existe.

Mardi, l'émissaire spécial de l'ONU, Staffan de Mistura, a finalement envoyé aux participants une invitation aux pourparlers de Genève. À la mi-décembre, le Conseil de sécurité avait adopté une résolution fixant le cadre d'un plan de règlement de la guerre civile en Syrie, dont la première étape consistait à réunir les parties au conflit avant la fin janvier.

Envoyer les invitations est une chose, sélectionner les représentants de l'opposition qui conviennent à tous en est une autre. En effet, si, en plus du gouvernement syrien, on connaît les noms des grandes puissances qui seront à Genève - les États-Unis, la France, l'Iran, la Turquie, l'Arabie saoudite, la Russie -, l'émissaire de l'ONU s'est bien gardé de révéler la liste des invités qui formeront la délégation de l'opposition. Et pour cause.

De qui parle-t-on ? Il y a l'opposition de l'extérieur composée d'exilés, d'anciens du régime et de rebelles dont certains sont plus ou moins alignés sur Al-Qaïda. Ce bloc est soutenu par les Occidentaux et l'Arabie saoudite. Il y a l'opposition de l'intérieur, tolérée par le président Bachar al-Assad et appuyée par la Russie et l'Iran. Depuis plus d'un mois, les grandes puissances se querellent sur la représentativité des uns et des autres. La Turquie ne veut pas voir les Kurdes syriens pourtant alliés des Américains à la table, la Russie qualifie une partie de l'opposition de l'extérieur de « terroristes » et les Occidentaux doutent de la qualité d'opposants des mouvements installés à Damas.

Au moment d'écrire ces lignes, certains ont été invités, d'autres pas. Il y aura de belles surprises à Genève.

LUTTES D'INFLUENCE

Si elle a son importance, la bataille autour de la présence ou non de certains opposants reste une distraction et illustre parfaitement le caractère secondaire de ces négociations pour les grandes puissances. L'important est ailleurs. Le conflit syrien est le terrain de jeu des luttes d'influence auxquelles se livrent au Proche-Orient l'Iran et l'Arabie saoudite et leurs parrains respectifs à Moscou et à Washington.

Au gré des victoires ou des défaites des parties syriennes, les uns et les autres avancent ou reculent. Il y a un an, le régime syrien était sur le point de tomber ; aujourd'hui les rebelles encaissent les défaites sur tous les fronts.

La vraie négociation est en cours depuis l'automne entre Washington et Moscou. Les deux grands ont rapproché leurs positions sur un plan de règlement en votant la résolution adoptée par le Conseil de sécurité en décembre. Le plan prévoit un processus en trois temps : une négociation devant déboucher sur un cessez-le-feu ; la constitution d'un gouvernement d'unité nationale dans six mois ; et des élections générales dans dix-huit mois. Le sort du président Assad a été mis sous le boisseau pour l'instant.

Les autres puissances s'activent. L'Iran occupe le centre de la scène. Le président chinois était à Téhéran samedi - et en Arabie saoudite la veille - pour discuter affaires et géopolitique. Pékin, qui dépend du Golfe persique pour ses approvisionnements en pétrole, est de plus en plus présent dans la région.

Pour sa part, le président iranien Hassan Rohani était en Italie et au Vatican en début de semaine et sera reçu aujourd'hui à l'Élysée par François Hollande. La visite est historique et l'éditorial du journal Le Monde a qualifié l'Iran du président Rohani de « chance pour la France ». Au-delà des discussions qui porteront sur l'achat de plus de 100 avions Airbus et du renforcement des liens économiques, le conflit syrien aura toute sa place. L'Iran a besoin des capitaux de l'Occident et de son appui diplomatique pour conforter son rôle de puissance hégémonique au Proche-Orient, et l'Occident a besoin des commandes iraniennes pour affronter la crise.

Le décor est planté. Les négociations de Genève seront longues et compliquées et elles subiront des hauts et des bas au gré des accrochages entre grandes puissances. Cependant, à court terme, elles pourraient avoir une vertu : elles devraient permettre aux parties syriennes et aux puissances qui les appuient d'engager un fragile dialogue. Et celui-ci pourrait déboucher sur un apaisement du conflit à défaut d'un règlement rapide. Dans les circonstances, ce ne serait pas si mal.

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