Une autre stratégie contre l'EI ?

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« La lutte antiterroriste a toujours été un combat de longue haleine. Et c'est encore plus vrai lorsqu'elle se superpose, comme au Proche-Orient, à des luttes de pouvoir et des rivalités régionales », explique l'auteur.

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Jocelyn Coulon

Directeur du Réseau de recherche sur les opérations de paix, affilié au CERIUM de l'Université de Montréal, il collabore régulièrement à la section Débats.

Quelle stratégie faut-il adopter pour lutter efficacement contre le groupe État islamique (EI) ? Il ne manque pas d'options et celles proposées au cours des derniers jours illustrent la vigueur du débat et appellent une profonde réflexion devant une lutte multiforme dont le champ de bataille s'est maintenant élargi aux villes européennes et américaines.

Dimanche, dans son discours à la nation, le président des États-Unis, Barack Obama, n'a rien offert de nouveau au lendemain du massacre de San Bernardino. Et c'est normal. Il colle à une stratégie antiterroriste articulée il y a plusieurs années et dont les éléments essentiels reposent sur la patience, la cohérence et des actions politiques et militaires ciblées et progressives. Et au cas où certains ne l'auraient pas remarqué, cette stratégie, nécessairement lente et frustrante, donne des résultats : l'EI recule en Irak et en Syrie, même si le terrorisme islamiste frappe régulièrement.

La lutte antiterroriste a toujours été un combat de longue haleine. Et c'est encore plus vrai lorsqu'elle se superpose, comme au Proche-Orient, à des luttes de pouvoir, des rivalités régionales, des sociétés mal gouvernées, des blocs entiers de populations largement abandonnées par certains régimes en place et récupérées par de faux prophètes et de vrais seigneurs de guerre.

Les opposants républicains du président Obama voient les choses autrement. Ils sont pressés. Les sénateurs John McCain et Lindsey Graham demandent le déploiement immédiat d'une force de 100000 militaires, dont 10 000 Américains, pour envahir et détruite le « califat » de l'EI en Syrie.

Que faire après ? Ils suggèrent d'occuper le terrain « pour maintenir la paix dans la Syrie post-Assad, comme cela fut fait en Bosnie et au Kosovo », écrivaient-ils lundi dans le Wall Street Journal. Les Occidentaux sont en Bosnie et au Kosovo depuis presque 20 ans. Veut-on vraiment aller dans cette direction, compte tenu des expériences en Irak et en Afghanistan et des contextes géographiques, sociaux et géopolitiques différents entre la Syrie et les Balkans ?

Pour sa part, le sénateur Ted Cruz, candidat à l'investiture républicaine pour la présidentielle et tout aussi fort en gueule que Donald Trump, n'a qu'une seule stratégie :  « Nous les annihilerons sous un tapis de bombes », a-t-il lancé à une assemblée de membres du Tea Party.

Si le débat américain, et d'une certaine façon russe et européen, tourne autour du degré d'engagement militaire face à l'EI, d'autres options s'expriment un peu partout à travers le monde.

À l'inverse du sénateur Cruz, le chef spirituel tibétain, le dalaï-lama, appelle au dialogue avec l'EI. À la question de savoir comment y parvenir, le dalaï-lama a répondu : « Il faut écouter, comprendre, avoir de toute façon le respect de l'autre. Il n'y a pas d'autre voie. » Bon. Disons que ce n'est pas une position particulièrement populaire par les temps qui courent.

Plus réalistement, le premier ministre italien, lui, suggère de tout remettre à plat dans la lutte contre l'EI. Il a catégoriquement exclu que l'Italie participe aux bombardements de la coalition en Syrie afin de ne pas ajouter au chaos dans la région.

« Si être protagoniste signifie courir après les bombardements des autres, alors je dis : non merci. Nous avons déjà donné. L'Italie a utilisé cette stratégie en Libye en 2011. À la fin, nous nous sommes rangés à contrecoeur sur la position de Sarkozy. Quatre années de guerre civile en Libye démontrent que ce ne fut pas un choix heureux. Aujourd'hui, nous avons besoin d'une autre stratégie », a dit Matteo Renzi, dimanche.

La déclaration du leader italien est très révélatrice, car elle va bien au-delà du cas syrien. Elle interroge toute la politique occidentale et russe d'intervention militaire, et ce, depuis le 11 septembre 2001. Les bombes pleuvent sur l'Afghanistan, l'Irak, la Syrie, le Yémen, la Libye et certaines parties du Pakistan, mais avec quels résultats ?

Dans un mois, à Rome, les membres de la coalition tiendront une rencontre où la stratégie devant l'EI sera débattue. Espérons que Renzi et les autres arriveront avec des options militaires et politiques à même d'unifier la communauté internationale autour d'une stratégie commune.

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