La sérénité de Barack Obama

« Barack Obama est arrivé au pouvoir en janvier... (PHOTO KEVIN LAMARQUE, REUTERS)

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« Barack Obama est arrivé au pouvoir en janvier 2009 avec une idée en tête : rétablir la santé économique, sociale et politique des États-Unis », rappelle Jocelyn Coulon.

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Jocelyn Coulon

Directeur du Réseau de recherche sur les opérations de paix, affilié au CERIUM de l'Université de Montréal, il collabore régulièrement à la section Débats.

Au moment où certains, comme le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, s'agitent au sujet des événements en Syrie et prédisent une Troisième Guerre mondiale, le président Barack Obama conserve toute sa sérénité. Il a raison.

Le président américain est l'objet de toutes les attaques sur la manière dont il gère la crise syrienne. Il aurait laissé passer en 2013 une bonne occasion de peser sur l'issue du conflit en acceptant une proposition russe de désarmer les sites d'armes chimiques syriens au lieu de les bombarder.

Il n'aurait fait preuve d'aucun enthousiasme envers l'appui offert aux rebelles « modérés », au point où le programme du Pentagone visant à les former et à les équiper s'est révélé un échec et vient d'être annulé. Il serait hésitant, indécis, devant les options à choisir pour répondre à la présence russe sur le terrain.

Bref, le président n'aurait aucune stratégie. À côté de lui, Vladimir Poutine aurait l'air d'un génie avec ses coups de gueule en Ukraine et en Syrie. Sauf que... Barack Obama a bien une stratégie.

Il est arrivé au pouvoir en janvier 2009 avec une idée en tête : rétablir la santé économique, sociale et politique des États-Unis, socle indispensable pour agir pleinement sur la scène internationale. Dans son esprit, une des façons d'atteindre cet objectif est de cesser d'épuiser les États-Unis en engageant des ressources dans des conflits insolubles.

Dorénavant, l'Amérique choisira ses guerres. Le président a mis fin à l'engagement américain en Irak et en Afghanistan, et c'est du bout des lèvres qu'il a appuyé l'attaque en Libye dont on connaît maintenant les tragiques conséquences. Sur la Syrie, comme sur l'Iran, il a fait le pari de la diplomatie, quel qu'en soit le coût politique et diplomatique.

Et le président maintient le cap malgré l'intervention de la Russie aux côtés du régime de Bachar al-Assad et la colère de ses alliés dans la région, en particulier l'Arabie saoudite. Dimanche dernier, au réseau CBS, il a été sans équivoque : il veut éviter que les États-Unis s'engagent militairement dans un conflit où il croit que les forces américaines n'offrent aucune solution viable à long terme.

Il est clair dans l'esprit de Barack Obama que la question syrienne est insoluble militairement, et cela, depuis le début de la guerre civile il y a quatre ans. « Ce que nous ne sommes pas parvenus à faire jusqu'à maintenant, et je suis le premier à le reconnaître, c'est de changer la dynamique à l'intérieur de la Syrie, a-t-il dit. Nous n'avons jamais entretenu l'illusion que nous pourrions nous-mêmes, par des moyens militaires, résoudre le problème à l'intérieur de la Syrie. »

Dès lors, cette lucidité stratégique lui a permis et lui permet toujours de résister aux appels constants à intervenir sur le terrain. Cette attitude est d'autant plus justifiée que les principaux acteurs de ce drame - les rebelles syriens, le régime à Damas, la Turquie, l'Arabie saoudite, la Russie, la France - ont des visées divergentes et campent souvent sur des positions aussi intransigeantes qu'irréconciliables.

Le président est parfaitement conscient que le conflit syrien risque de durer encore plusieurs années.

Il sait aussi qu'il s'inscrit dans une trame plus large où l'effondrement des États - en Syrie, en Irak, au Yémen -, le retour de l'Iran et les ambitions turques et saoudiennes annoncent le morcellement et la recomposition du Proche-Orient. Engager militairement les États-Unis dans ce maelström ne servirait à rien.

Vaut mieux agir avec précaution et bien réfléchir aux conséquences. En cela, Barack Obama est le digne héritier du premier président américain, George Washington, qui, en 1789, refusa de céder à la clameur populaire l'invitant à soutenir les révolutionnaires français et, ainsi, de se laisser entraîner dans une situation où les États-Unis n'y trouvaient pas leur compte.

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