Pour en finir avec le carnage

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La situation en Syrie est un véritable fiasco, avec plus de 200 000 morts depuis trois ans.

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Jocelyn Coulon

Directeur du Réseau de recherche sur les opérations de paix, affilié au CERIUM de l'Université de Montréal, il collabore régulièrement à la section Débats.

Une partie de la solution à la crise des réfugiés serait de discuter sérieusement d'un plan de paix pour la Syrie. Encore faudrait-il que les Occidentaux cessent de saboter ce plan ou d'y mettre des conditions qu'ils savent inacceptables.

Mardi, dans le quotidien britannique The Guardian, l'ancien président finlandais et Prix Nobel de la paix, Martti Ahtisaari, a révélé qu'en 2012, les Occidentaux avaient ignoré une proposition russe officieuse consistant à organiser rapidement des pourparlers entre le régime syrien et l'opposition et permettre au président Bachar al-Assad de se retirer élégamment à l'issue de ces négociations. Selon l'ancien président, les Occidentaux étaient convaincus qu'Assad allait tomber rapidement - et de toute façon ils ne voulaient pas discuter avec un criminel. « Une occasion a été perdue », a confié le Finlandais.

L'arrogance des Occidentaux par rapport à la proposition russe s'est doublée d'un entêtement stupide à coller aux exigences d'une rébellion hétéroclite qui visaient à poser le départ du président syrien comme préalable à une solution du conflit. Trois ans plus tard, le résultat de cette politique est un fiasco humain et militaire complet : 200 000 morts, un pays détruit, des millions de réfugiés et déplacés, des groupes djihadistes en contrôle de vastes territoires en Syrie et en Irak, le Liban et la Jordanie fragilisés.

Aujourd'hui, les Occidentaux cherchent une solution, et il se pourrait bien que les Russes remettent sur la table celle d'il y a trois ans. Le président Vladimir Poutine doit s'exprimer devant l'Assemblée générale de l'ONU le 27 septembre et il présidera une importante réunion du Conseil de sécurité sur les conflits dans le monde. Déjà, Moscou fait savoir depuis plusieurs jours que le sort du président syrien est négociable. Bachar al-Assad sait que ses jours sont comptés, ce qui explique sans doute pourquoi des militaires russes se déploient sur la côte méditerranéenne syrienne et y installent des armes. L'objectif pour la Russie est triple : assurer un point d'ancrage au régime syrien afin de lui permettre de participer à part entière aux négociations de paix, installer une présence russe dans la région et s'associer de plus près à la lutte contre le groupe État islamique (EI).

Après quatre ans de carnage, les Occidentaux ne peuvent plus faire la fine bouche.

La crise des réfugiés va s'accélérer. En effet, selon le diplomate canadien Mokhtar Lamani, représentant de l'ONU à Damas de 2012 à 2014, « huit millions de personnes déplacées de plus fuiront la Syrie pour aller vers l'ouest » si la guerre se poursuit.

Et l'EI va maintenir sa campagne de terreur et de destruction. Si l'EI est devenu « la » menace, comme l'affirment les Occidentaux, alors ils ont besoin de tous les acteurs de la région, dont la Russie et l'Iran, afin de la juguler. Il faut donc négocier avec le boucher de Damas. Cela ne devrait pas poser problème, car il y a bien un précédent. Lors des guerres de Bosnie, en 1995, et du Kosovo, en 1999, l'Occident n'a pas hésité à traiter avec le président serbe Slobodan Milosevic et ses affidés Karadzic et Mladic, tous directement responsables de la mort de dizaines de milliers de personnes. Au moment même des négociations, ces trois personnages ont été inculpés pour crimes par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, puis, les accords signés, cueillis par les forces de l'OTAN et jugés à La Haye.

La collaboration tacite entre les Occidentaux et Damas est déjà en place afin de permettre aux avions américains et français de survoler la Syrie pour frapper les cibles de l'EI sans être eux-mêmes visés par la défense antiaérienne syrienne. Cessons donc l'hypocrisie à l'égard du gouvernement syrien et parlons sérieusement aux Russes de leur plan de paix. Il en va de la vie de centaines de milliers de personnes, de la stabilité dans cette région et de la sécurité de l'Europe.

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