Sortir de la spirale infernale

La tragédie est là sous nos yeux. Chaque année, depuis plus d'une décennie au... (Photo Francesco Pecoraro, Agence France-Presse)

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Jocelyn Coulon

L'auteur est directeur du Réseau de recherche sur les opérations de paix, affilié au CERIUM de l'Université de Montréal. Il collabore régulièrement à La Presse Débats.

La tragédie est là sous nos yeux. Chaque année, depuis plus d'une décennie au moins, des milliers de migrants clandestins venus d'Afrique et du Moyen-Orient, sinon de plus loin encore, meurent en mer Méditerranée avant d'avoir atteint les rives de l'Europe.

À Bruxelles, aujourd'hui, les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne devraient adopter un autre plan pour aider les migrants et sévir contre les trafiquants. Tous les autres ont échoué.

Le Nord, c'est l'eldorado, du moins, pour ceux qui n'ont rien. Les migrants sont prêts à payer cher pour l'atteindre. Chaque année, ils sont plusieurs centaines de milliers à quitter leur pays en contournant le système d'immigration officiel - tatillon et restrictif - et à opter pour les chemins dangereux et coûteux des filières illégales. Le phénomène est mondial: les pauvres, les chômeurs cherchent un avenir meilleur aux États-Unis, en Europe, dans les pays du Golfe persique, en Australie, même en Chine et dans la Sibérie russe.

Si les migrants sont si nombreux à risquer leur vie, c'est que le prix en vaut la chandelle. Contrairement aux clichés véhiculés, les migrants trouvent du travail, celui que nous ne voulons plus ou ne voulons pas. Et toutes les études sont formelles: les migrants ne vivent pas aux crochets des sociétés et ont un apport bénéfique à celles-ci. Les pays occidentaux, dont une partie de l'économie fonctionne grâce à cette main-d'oeuvre servile et peu coûteuse, le savent, mais par un effet paradoxal et schizophrénique, ne cessent d'ériger des barrières contre elle.

Et ces barrières sont aussi poreuses qu'inefficaces. «Les frontières n'ont jamais été aussi fermées, et pourtant il n'y a jamais eu autant de migrants. Quelque chose ne va pas», observe François Gemenne, politologue au Centre d'études et de recherches internationales, en France. En effet, non seulement la politique migratoire européenne ne fonctionne pas, mais elle se révèle doublement cruelle. D'une part, elle favorise la création d'une mafia de passeurs qui s'enrichit du malheur des migrants à un rythme effrayant. D'autre part, elle engage les migrants dans des filières dangereuses où la mort est souvent au rendez-vous. Il faut trouver une solution, du moins un début de solution.

Deux propositions à considérer

Dans un discours prononcé la semaine dernière à Washington, François Crépeau, juriste à l'Université McGill et rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l'homme des migrants, fait deux propositions.

Une partie des migrants de la mer sont des réfugiés syriens. Les pays du Nord devraient accepter d'en accueillir un million au cours des cinq prochaines années. Pour le Canada, cela voudrait dire... 9000 par an. C'est tout à fait acceptable.

Les autres sont des migrants économiques. Au lieu de verrouiller les frontières, les pays du Nord devraient reconnaître leurs besoins en main-d'oeuvre peu payée et faciliter l'immigration légale des migrants dès leurs pays d'origine.

Les deux propositions de François Crépeau ont le mérite de la clarté. Elles éviteraient de nombreux drames en mer, réduiraient le marché des mafias, diminueraient la pression sur les pays de premier asile ou de transit, et augmenteraient le contrôle des pays du Nord sur leurs frontières.

Pourtant, peuvent-elles être adoptées? Pour l'instant, le contexte politique est loin de s'y prêter. À trois semaines des élections en Grande-Bretagne, le chef extrémiste Nigel Farage hurle à l'invasion du pays par des «Africains». En France, l'UMP, le parti de Nicolas Sarkozy, en grande partie responsable du chaos en Libye d'où partent des milliers de migrants, accuse tout le monde sauf l'ancien président d'être responsable de la crise. Farage et l'UMP proposent une politique encore plus répressive, celle-là même qui échoue depuis 10 ans.

Il faut sortir de cette spirale infernale, dit François Crépeau. Sinon, ils seront peut-être 250 000 cet été à vouloir traverser la Méditerranée, 350 000 l'an prochain, qui sait? Et rien ne sera réglé.

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