Le Canada est une cible

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Jocelyn Coulon

Directeur du Réseau de recherche sur les opérations de paix, affilié au CERIUM de l'Université de Montréal, il collabore régulièrement à La Presse Débats.

Les attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu et d'Ottawa, cette semaine, soulignent à quel point le Canada demeure une cible du terrorisme islamiste depuis une quinzaine d'années. Certains voudraient croire que notre pays serait à l'abri s'il ne participait pas aux entreprises américaines au Proche-Orient. Ils ont tort.

Il fut un temps où le terrorisme moyen-oriental choisissait avec précision ses cibles. Israël et les États-Unis étaient dans la ligne de mire. Les terroristes luttaient pour une «cause»: palestinienne, arabe, tiers-mondiste. Les États négociaient. Tout rentrait dans l'ordre jusqu'à la prochaine crise.

Au cours des années 90, tout a changé. Le terrorisme moyen-oriental est devenu idéologique. Il repose sur la religion, sur une vision du monde. Il ne revendique plus un territoire, il veut imposer un mode de vie. Les attentats contre New York et Washington le 11 septembre 2001 sont venus confirmer cette orientation.

Le terrorisme islamiste, déjà bien actif en Somalie et en Afghanistan, s'est révélé au grand jour et son porte-parole le plus fameux, Oussama ben Laden, est devenu une figure quotidienne du petit écran en Occident. Pendant un certain temps, il a fait illusion, du moins chez certains Occidentaux. Dans un de ses prêches, il disait attaquer les États-Unis, pas la Suède, où il avait habité pendant quelque temps. Le message était clair: l'ennemi était l'Amérique et ses relais, comme Israël. La Suède, un pays neutre, était donc épargnée.

Ce message n'a pas tenu la route longtemps. L'islam radical est un programme moral et politique. Il lutte pour l'instauration de la loi islamique et la création d'un califat, un pouvoir politique embrassant la communauté des croyants et, si possible, au-delà, celle les «impies». À partir de ce moment, la Suède n'est plus neutre pour les djihadistes. Les cellules terroristes vont se multiplier à travers le monde, des Philippines à la Belgique, de la Norvège à la Colombie.

Le groupe État islamique, dont on parle beaucoup en ce moment, est l'expression extrême de cette idéologie mortifère. Il a annoncé ses couleurs et même donné ses consignes de combat. Dans un message diffusé il y a quelques semaines, après le début des bombardements de la coalition menée par les États-Unis sur des cibles en Irak et en Syrie, l'EI a demandé à tous les musulmans de frapper l'«ennemi» avec ce qu'ils avaient entre les mains: fusils, couteaux, voitures. Visiblement, le message a été entendu 5 sur 5 au Canada.

Lundi, à Saint-Jean-sur-Richelieu, un extrémiste a utilisé une voiture pour tuer un militaire, un représentant de l'État canadien. Hier, un autre extrémiste, à Ottawa, dont on dit qu'il était en contact avec le premier, a abattu un militaire avant de s'en prendre à un autre symbole du Canada, son Parlement.

Les événements d'hier ont provoqué une vive réaction des Canadiens d'un bout à l'autre du pays. Au Québec, mais aussi à Calgary, certains ont dit être persuadés que si le Canada s'en était tenu à son rôle de gardien de la paix au lieu de joindre la coalition anti-État islamique nous n'en serions pas là. C'est vrai, quelques pays occidentaux sont toujours épargnés par les djihadistes. Mais c'est une ruse. Une idéologie totalitaire rejette les distinctions. Un jour ou l'autre elle frappera.

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