Les défis du prochain président

Après six mois de crise, le prochain président... (Photo Dimitar Dilkoff, Agence France-Presse)

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Après six mois de crise, le prochain président ukrainien devra avoir deux choses en tête: assurer la sécurité dans le pays et rétablir les relations avec la Russie.

Photo Dimitar Dilkoff, Agence France-Presse

Jocelyn Coulon

L'auteur (j.coulon@umontreal.ca) est directeur du Réseau de recherche sur les opérations de paix, affilié au CÉRIUM de l'Université de Montréal. Il collabore régulièrement à la section Débats.

Tout est en place pour l'élection présidentielle ukrainienne de dimanche. Malgré un regain de violence hier, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) s'attend à un déroulement «plus ou moins normal» du scrutin, sauf dans une partie de l'est du pays déstabilisée par des mouvements prorusses. Même là, des dispositions sont prises pour qu'un maximum d'électeurs vote. Environ 90% des Ukrainiens pourront voter. Toutefois, il reste à voir s'ils se déplaceront, même dans les régions où le gouvernement de Kiev contrôle le territoire, tellement la situation du pays est déplorable.

Le prochain président sera confronté à d'énormes défis politiques, économiques et diplomatiques. L'Ukraine est un pays disloqué, et pas seulement à cause des agissements des mouvements prorusses. Le système politique est cassé, résultat de 20 ans de luttes entre clans, non pas pour construire un pays, mais pour le piller.

Les oligarques, ces milliardaires instantanés de l'après-communisme, sont toujours bien incrustés dans le paysage. Ils viennent même de prendre du galon à la faveur de la crise actuelle, le gouvernement de Kiev ajoutant à leur emprise économique des responsabilités politiques comme gouverneurs de certaines régions. Il se forme ainsi des républiques dans la république. Dès lors, comment fera le prochain président pour discipliner ces oligarques, rétablir l'autorité de l'État, et créer un système politique qui obtiendra la confiance des citoyens?

L'économie est exsangue. Il y a 20 ans, les Ukrainiens étaient aussi riches que les Polonais et un peu moins que les Russes. Aujourd'hui, le revenu moyen par habitant est d'environ 4000$ pour les Ukrainiens, de 13 000$ pour les Polonais et de 14 000$ pour les Russes. L'économie ukrainienne est toujours tournée vers la Russie et son outil industriel est vieillissant. Même en se rapprochant de l'Union européenne, l'Ukraine mettra des décennies à rattraper la Pologne. Et ce sont les oligarques et leurs politiciens de paille qui portent la responsabilité de ce gâchis, eux qui sont plus préoccupés d'amasser une fortune personnelle que de bâtir un pays.

L'Ukraine est l'enjeu d'une épreuve de force géopolitique entre la Russie et l'Occident. Et, pour l'instant, ce sont les Ukrainiens qui en paient le prix fort avec la perte de la Crimée et les troubles dans l'est du pays. Dans cette partie de bras de fer, la Russie a gagné. Les Ukrainiens doivent s'y faire. Après six mois de crise, le prochain président devra avoir deux choses en tête: assurer la sécurité dans le pays et rétablir les relations avec la Russie. Ce sont là des préalables à la refondation de l'État et à la relance économique du pays.

Vingt et un candidats se présentent à cette élection présidentielle, mais deux personnalités se détachent du lot: l'homme d'affaires Petro Porochenko et l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko, eux aussi oligarques et milliardaires. Ils ont travaillé avec les anciennes autorités prorusses et ont fait leur fortune sur les dépouilles de l'Ukraine postcommuniste. Ont-ils changé et vont-ils changer l'Ukraine? Il est bien difficile de répondre. Après tout, le candidat élu héritera d'une situation que les deux oligarques ont en partie contribué à créer.

Les derniers sondages donnent une avance confortable au candidat Porochenko, assez pour éviter un deuxième tour. Après la victoire, il faudra composer un gouvernement et donner une direction stable au pays. Porochenko a des idées sur ces questions qu'il a exprimées dans une longue entrevue au Washington Post le 25 avril dernier. Elles sont parfois naïves, sur les rapports harmonieux qu'entretiendront le président et son premier ministre, alors qu'ils ont toujours été une source de profondes divisions même sous la révolution démocratique de 2004-2007, parfois contradictoires, sur son rejet de la fédéralisation du pays tout en prônant la plus grande décentralisation des pouvoirs. Porochenko jure pourtant qu'il a appris du passé. On l'espère, pour l'avenir de l'Ukraine.




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