L'illusoire désarmement nucléaire

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Si le désarmement nucléaire a mené à des réductions dramatiques au cours des 20 dernières années, les États-Unis et la Russie conservent cependant des capacités sans commune mesure.

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Jocelyn Coulon
L'auteur (j.coulon@umontreal.ca) est directeur du Réseau de recherche sur les opérations de paix et coordonnateur intérimaire du CÉRIUM de l'Université de Montréal. Il collabore régulièrement aux pages Débats.

La Presse

Mardi, quelques heures avant le discours sur l'état de l'Union où Barack Obama a annoncé son intention de relancer le processus de désarmement atomique avec la Russie et de poursuivre la lutte pour la non-prolifération nucléaire, la Corée du Nord a fait connaître sa réponse: elle a procédé à son troisième essai nucléaire. Éliminer l'arme nucléaire est un objectif qui se heurte à de puissantes résistances, et pas seulement de la part d'États voyous.

Barack Obama, comme Ronald Reagan avant lui, rêve d'un monde sans armes nucléaires. En 2009, à Prague, il avait dévoilé son plan en deux volets. Le premier concerne les armes nucléaires stratégiques des États-Unis et de la Russie. Le second volet porte sur les armes aux mains des autres puissances nucléaires et sur la prolifération nucléaire. Barack Obama a plaidé pour de nouvelles réductions dans les arsenaux stratégiques américain et russe en vertu des accords existants. Les deux pays se sont déjà engagés à réduire leurs arsenaux de 1700 ogives à 1500 avant 2018. Ce chiffre ne donne cependant pas toute la mesure de l'ampleur des arsenaux nucléaires en présence.

Actuellement, la Russie dispose d'environ 11 000 ogives, les États-Unis 9500 et il y en a environ 2000 aux mains de la Chine, de la France, de la Grande-Bretagne, de l'Inde, du Pakistan et d'Israël. La Corée du Nord a procédé à des essais nucléaires et a donc la capacité de fabriquer des ogives. L'Iran pourrait être en mesure de faire de même d'ici quelques années.

Mardi soir, le président a renouvelé son appel à une réduction des arsenaux stratégiques entre Washington et Moscou. Le président Poutine ne devrait avoir aucun mal à accepter la proposition de son homologue américain. Il sait pertinemment que, même s'il y a de nouvelles réductions, les deux pays conservent encore des milliers d'ogives en réserve dont certaines peuvent être déployées en quelques heures. C'est bien là que le bât blesse.

Si le désarmement nucléaire a mené à des réductions dramatiques au cours des 20 dernières années, les deux grandes puissances conservent cependant des capacités sans commune mesure - certains, et j'en suis, dirons même obscènes - face aux menaces réelles provenant du système international.

Qu'est-ce qui menace les deux Grands? Les capacités nucléaires des sept autres puissances nucléaires? D'une certaine façon, oui, car avec 300 ogives nucléaires, la France peut détruire une bonne partie de la Russie. Mais la Russie peut faire disparaître complètement la France. Donc, il serait tout à fait possible pour la Russie et les États-Unis de réduire le nombre de leurs ogives à 500 ou 1000 sans bouleverser la doctrine de dissuasion nucléaire.

Craignent-ils les terroristes ou les États voyous armés de bombes nucléaires? L'épouvantail terroriste relève de la fraude intellectuelle destinée en priorité à convaincre les opinions publiques d'appuyer les budgets d'armes nucléaires. Dans le cas des États voyous, le danger existe, mais ils peuvent être dissuadés.

Les Grands ne renonceront jamais à tout leur arsenal nucléaire et les sept autres puissances conserveront quelques centaines d'ogives chacune pour assurer leur sécurité. Il reste les autres, ceux qui estiment être des puissances économiques et politiques sur la scène internationale, mais privées d'un élément essentiel, la bombe atomique. Le Brésil, l'Afrique du Sud, Taïwan, l'Irak ont cherché à l'obtenir. Ces pays y ont renoncé volontairement ou par la force. D'autres défient le monde, comme la Corée du Nord et l'Iran. Qui sont les prochains?

Le désarmement nucléaire mondial n'aura sans doute jamais lieu, car, comme le rappelait la Déclaration de la Commission Canberra, «le fait qu'un État dispose d'armes nucléaires incite constamment les autres États à s'en procurer à leur tour». C'est sans doute pour cela qu'Obama a évité de reprendre son discours de Prague mardi soir devant le Congrès. Il sait que les puissances nucléaires ne montrent pas l'exemple.

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