Dans la cour des autres

De toute évidence, les Québécois sont devenus champions toutes catégories de... (Photo Patrice Laroche, archives Le Soleil)

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Gaétan Frigon

Président exécutif de Publipage, ex-PDG de la SAQ et de Loto-Québec, il collabore régulièrement à La Presse Débats.

De toute évidence, les Québécois sont devenus champions toutes catégories de l'approche pour le moins individualiste du «pas dans ma cour». Syndicats et professionnels employés du gouvernement semblent s'entendre comme larrons en foire là-dessus, car ni l'un ni l'autre de ces deux groupes ne semble vouloir accepter de participer à l'effort collectif de couper 3 milliards de dollars pour atteindre l'objectif du retour au déficit zéro.

Les principaux partis politiques étaient d'accord pour que le Québec revienne à l'équilibre budgétaire pour l'année fiscale 2015-2016. Ils étaient conscients de la possibilité d'une décote de la part des agences de notation si les finances du Québec ne se replaçaient pas. Et une décote, ça signifie des taux d'intérêt plus élevés, et des taux d'intérêt plus élevés, ça signifie une hausse des dépenses pour le service de la dette.

Mais un principe, c'est bien théorique, et c'est quand on veut le mettre en pratique que ça se complique. Il est normal et acceptable que les partis dans l'opposition accusent le parti au pouvoir de couper à la mauvaise place, de diminuer les services à la population pour arriver à ce déficit zéro. Mais ces mêmes partis évitent évidemment de préciser les coupes qu'ils mettraient eux-mêmes en place s'ils étaient au pouvoir. Ils laissent l'odieux des coupes au gouvernement en poste, car il lui appartient justement de bien les justifier et de bien les communiquer à la population.

Il est normal aussi que chaque groupe concerné essaie de convaincre le gouvernement de couper ailleurs. Mais il y a quand même une limite à ne pas dépasser, car c'est le gouvernement dûment élu qui, en fin de compte, doit avoir le dernier mot. Autrement, c'est la pagaille.

Le plus comique dans tout cela, c'est l'argent investi en publicité par tout ce beau monde pour démontrer qu'ils ont raison et que le gouvernement a tort dans leur cas précis. Nous n'avons qu'à regarder de près les annonces à la télévision pour se rendre compte du «pas dans ma cour» de chacun.

Selon ces publicités, il appert que nous frôlerons bientôt la catastrophe si le gouvernement ne recule pas: les syndiqués municipaux nous avisent qu'ils vont foutre le bordel si le gouvernement continue à exiger qu'ils paient 50% du déficit accumulé de leur fonds de pension, les infirmières nous mettent en garde contre la réduction des soins aux patients, les enseignants nous mettent en garde contre l'augmentation du nombre d'élèves par classe, les pharmaciens menacent de couper dans les heures d'ouverture, les médecins nous parlent de listes d'attente allongées.

Il s'agit en fait d'une série de scénarios catastrophiques qui ont pour but d'influencer l'opinion publique pour qu'elle fasse reculer le gouvernement, pour que le gouvernement coupe «ailleurs», c'est-à-dire dans les platebandes des autres plutôt que dans les leurs. Et, de toute évidence, les publicités en question n'ont pas toujours les résultats escomptés tellement ils ne représentent pas nécessairement la réalité, étant trop souvent cousus de fils blancs.

Alors, j'ai une proposition à faire à tous ces récalcitrants: comme ils partagent tous le même but, à savoir celui de convaincre le gouvernement de couper ailleurs que chez eux, pourquoi ne combinent-ils pas leurs budgets publicitaires pour produire un super nouveau commercial qui aurait pour thème «liste de coupures à effectuer dans la cour des autres».

Autrement dit, ils auraient l'odieux de proposer au gouvernement les coupes à faire ailleurs que chez eux pour aller chercher les 3 milliards de dollars manquants pour atteindre le déficit zéro. Cela leur ferait réaliser que couper dans la cour des autres n'est pas plus rigolo que de couper dans leur propre cour, que tout un chacun doit faire sa part. Eux inclus.

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