Les failles du modèle québécois

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À la dette déjà imposante du Québec, le coût de nombreux investissements majeurs en infrastructure, comme la construction du nouveau CHUM, s'ajoutera dans les prochaines années, rappelle l'auteur.

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Gaétan Frigon

Président exécutif de Publipage, ex-PDG de la SAQ et de Loto-Québec, il collabore régulièrement à La Presse Débats.

La carte de crédit du «modèle québécois» est pleine à craquer. Depuis le début de la Révolution tranquille, le Québec a mis en pratique la formule «Dépensons aujourd'hui, payons plus tard». Le Québec n'avait pas ou presque pas de dette en 1960, alors qu'aujourd'hui, 55 ans plus tard, sa dette accumulée dépasse les 200 milliards de dollars. C'est donc dire que, bon an mal an, le Québec a dépensé près de 4 milliards de plus que ce qu'il a recueilli en revenus.

Que ces dépenses aient été faites pour payer l'épicerie, les intérêts sur la dette, les infrastructures, de nouveaux services ou n'importe quoi d'autre, cela ne change rien au fait que nos dépenses dépassent nos revenus chaque année et qu'il n'y a aucun changement en vue.

Si c'est ça le modèle québécois, il est peut-être temps de l'adapter à la réalité. Même avec un retour prochain à l'équilibre budgétaire, la dette va augmenter encore plus vite dans les prochaines années avec les investissements majeurs déjà prévus en infrastructures. Des exemples? Le CHUM, le CUSM, l'échangeur Turcot et tous les autres grands chantiers routiers qui nécessitent des réparations imminentes vont ajouter à la dette du Québec. Donc, si rien ne change, la dette du Québec devrait atteindre et même dépasser les 300 milliards d'ici les 10 prochaines années.

Nos gouvernements, tant libéraux que péquistes, tiennent toujours à laisser leur marque en ajoutant des programmes qui ont la faveur populaire, mais sans augmenter les impôts pour les payer parce que ce n'est pas politiquement rentable. Ils agissent toujours comme si le «fonds consolidé» de la province était justement un fonds «sans fond». Chaque fois que l'on vote un nouveau programme, le coût de ce programme vient toujours de ce fonds consolidé. Prenons l'exemple du programme de garderies subventionnées lancé par Pauline Marois, il y a une vingtaine d'années, un bon programme s'il en est un: eh bien, il n'y a jamais eu une taxe spécifique ou une augmentation des impôts pour payer le déficit de ce programme qui, aujourd'hui, coûte plus de 2,5 milliards par année, montant qui vient de ce fonds consolidé.

Le modèle québécois veut que le Québec soit plus social-démocrate et dépense plus en services que les autres provinces, alors que, dans son ensemble, il est plus pauvre. Et non seulement les Québécois sont déjà les plus taxés au Canada, mais ce qu'ils paient en taxes et impôts représente déjà plus de 75% des revenus totaux du gouvernement. On ne peut les taxer davantage, pas plus qu'on ne peut taxer davantage les entreprises qui peuvent s'installer ailleurs. Notre modèle manque donc de réalisme, d'autant plus que le vieillissement plus rapide de la population de la province fera en sorte qu'il y aura de moins en moins de monde pour payer des services qui coûteront de plus en plus cher.

Si on veut maintenir nos services à la population, la seule solution est de maximiser les revenus gouvernementaux provenant de sources autres que les taxes et impôts, dont les revenus pétroliers. Cependant, le modèle québécois se veut aussi plus écologique qu'ailleurs. Si, à titre d'exemple, le Québec découvre des réserves pétrolières sur son territoire, il y aura toujours quelqu'un quelque part pour s'opposer à leur développement.

En fait, tout le monde veut plus de services «gratis» en oubliant que cette gratuité doit se payer d'une façon ou de l'autre. Il n'y a pas mille solutions pour remettre le modèle québécois sur les rails: ou bien on coupe dans les services, ou bien on augmente les revenus provenant de sources autres que les taxes et les impôts. Le pétrole fait partie de ces sources.

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