Le syndrome du bébé lala

Le premier ministre Couillard a tendance à défendre... (Photo François Roy, Archives La Presse)

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Le premier ministre Couillard a tendance à défendre les indéfendables avec une habile gymnastique intellectuelle jusqu'à ce qu'ils se fassent crucifier sur la place publique, juge Boucar Diouf.

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Boucar Diouf

Il suffit de parcourir les commentaires sur les réseaux sociaux pour constater à quel point l'incroyable besoin de M. Couillard de toujours rester drapé dans la vertu irrite vraiment les gens.

Des fois, j'ai l'impression de voir quelqu'un qui souffre tardivement du « syndrome du bébé lala ». Je parle ici de cette prédisposition infantile qui empêche de penser aux autres, de reconnaître ses torts et de faire preuve d'une véritable empathie.

M. Couillard semble incapable de faire amende honorable ou d'accepter qu'un de ses proches collaborateurs soit montré du doigt.

Ce qui l'amène à défendre les indéfendables avec une habile gymnastique intellectuelle jusqu'à ce qu'ils se fassent crucifier sur la place publique. Je pense ici à Yves Bolduc, Sam Hamad, Jacques Daoust, Dominique Savoie sans oublier la valse de David Heurtel dans le dossier avorté du port de Cacouna. Si le premier ministre refuse que l'on blâme quelqu'un de sa garde rapprochée, c'est probablement aussi pour éviter que les tirs groupés contre cette personne souillent par ricochet ses habits qu'il souhaite toujours garder immaculés.

Quand l'étau finit par se refermer complètement sur le traqué, M. Couillard passe à ce qu'on pourrait appeler sa « stratégie de la déviation de la responsabilité ». Il déclare le débat clos et avec ses grandes capacités verbolinguistiques, il sort le Jig-A-Loo intellectuel pour faire passer la pilule en accusant ceux qui voudraient continuer de faire du millage sur le sujet de lancer de la boue, de nuire à l'économie, de décourager de potentiels investisseurs ou de faire de la petite politique.

Un comportement qui n'est sans rappeler celui du gars qui ne voulait pas prendre de GPS ou de carte routière et qui finit par reprocher injustement à sa blonde de l'avoir écarté du chemin avec ses nombreux commentaires et suggestions d'itinéraire.

Pour revisiter une métaphore bien connue des psychologues interculturels, la pensée collective d'une population peut aussi se comparer à un iceberg. Il y a des politiciens qui s'arrêtent à la partie visible en focalisant uniquement sur ce qu'on leur montre ou ce qu'on leur dit.

D'autres, plus profonds, cherchent à connecter avec la partie cachée de l'iceberg qui représente ce que les gens pensent et ressentent. Ces personnes fortes sont souvent des gens qui acceptent la fragilité, la vulnérabilité et l'imperfection comme faisant partie intégrante de la nature humaine. On ne peut pas toujours planer au-dessus de l'iceberg et s'approprier sa partie cachée !

LES EXCUSES DE JUSTIN

Lorsque le premier ministre Trudeau, complètement exaspéré, a traversé la chambre et bousculé la députée Ruth Ellen Brosseau, nous étions nombreux à trouver qu'il commençait à péter les plombs. Certains commentateurs et chroniqueurs sont même allés jusqu'à dire que l'image de bon garçon qu'il projetait depuis le début de son élection venait d'en prendre pour son rhume.

Pourtant, ce geste hautement condamnable semble avoir été totalement pardonné par la population. Pourquoi ? Parce qu'il a pris le temps de s'excuser plusieurs fois et sans réserve. Il a même dit avoir manqué à son devoir de se comporter de façon exemplaire et que son geste était totalement indigne du symbole qu'il représentait. Bref, il a fait amende honorable et la sagesse populaire nous enseigne depuis toujours qu'une faute avouée est à moitié pardonnée.

Si nous passons beaucoup de temps à enseigner aux enfants que régler une chicane commence par la reconnaissance officielle des torts des uns et des autres, pour les politiciens, ça devrait être pareil. Même une victime se sent mieux quand son agresseur accepte de reconnaître sa faute et ça, M. Couillard semble vraiment l'ignorer.

Si j'étais un proche du premier ministre, en plus de ses conseillers politiques, je lui suggérerais fortement de trouver quelqu'un pour l'aider à ouvrir son coeur à la population.

Enfant, pour nous aider à cracher le morceau, mon grand-père, qui aurait fait un bon conseiller pour lui, nous disait : « Tu vas te sentir mieux après. La vérité est un peu comme du piment : elle pique les yeux, mais ne les crève pas. Et parfois, c'est en se frottant les yeux qu'on voit plus clair ! »

Comme quoi, dire la vérité au tout début peut nous éviter bien des mois de tribulations. Ce ne sont pas les autres qui vous lancent de la boue, M. Couillard. C'est vous qui, par votre façon de faire, plongez tête première dans la marre. Est-ce parce que vous avez la tête souvent enfoncée dans la vase que vous croyez qu'on ne vous voit pas.

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