Jeux olympiques et jeu politique

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« Nathalie Normandeau est aujourd'hui à la politique québécoise ce que Justin Gatlin est à l'athlétisme », écrit Boucar Diouf.

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Boucar Diouf

La semaine passée, j'ai écouté les Jeux olympiques de Rio et certains moments de grâce y ont bien chamboulé mes émotions. Pourtant, avec tous les parfums de scandale dans l'air, je ne suis plus fanatique des JO.

Un comité gangréné par la corruption qui organise une rencontre rongée par le dopage, ce n'est pas ce qu'on peut appeler un exemple pour la jeunesse. L'odeur de tricherie imprègne si profondément ces rencontres qu'on se demande parfois si bien des gagnants d'aujourd'hui ne sont pas les utilisateurs des molécules du futur.

En cause, dans cette autre course qui oppose l'industrie de la tricherie, aussi rapide qu'Usain Bolt, aux agences antidopage, une lutte inégale. Si la tendance se maintient, dans certaines disciplines, si vous deviez miser, mettez votre argent sur celui dont le test a été négatif avant la compétition, car il a certainement trouvé une molécule encore indétectable.

Lorsque la nation la plus obèse de la planète est toujours la plus médaillée, c'est que la fiction n'est pas loin.

L'humoriste Martin Petit avait proposé dans un numéro de procéder à un tirage au sort dans chaque pays pour sortir au hasard ceux qui vont représenter son drapeau. Ce serait au moins une façon beaucoup plus efficace de déterminer quel est le pays le plus en forme de la planète. Avec une chance sur deux de tomber sur une personne obèse, la probabilité que les États-Unis soient la nation la plus couronnée serait alors nulle.

Aux Jeux olympiques, j'ai vu aussi la plus grande manifestation de ces nationalismes et appartenances qu'on voudrait aplanir dans les pays d'immigration. Ici, on s'enroule dans les drapeaux, on pointe le nom de son pays sur son maillot en se tapotant la poitrine, on se réjouit quand le Français se plante et on prie pour que la Chinoise manque son plongeon. Bref, on fait tout l'inverse de ce que nos sociétés occidentales interdisent presque à l'heure de cette délocalisation des cultures qu'on aime bien nous présenter comme une mondialisation. Un peu d'internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup y ramène. Ainsi écrivait Jean Jaurès.

LA JUSTIN GATLIN DE LA POLITIQUE QUÉBÉCOISE

Pendant les Jeux olympiques, entre deux compétitions, j'ai écouté l'actualité politique et appris que Nathalie Normandeau revenait en ondes à Québec. En fait, Nathalie est aujourd'hui à la politique québécoise ce que Justin Gatlin est à l'athlétisme.

Ce sprinter américain est devenu radioactif parce qu'il a eu un test positif à deux reprises dans les années passées. Chaque fois qu'il apparaissait dans le stade, il se faisait huer par la foule. Gageons que s'il animait une émission de radio, les autres athlètes ne voudraient pas s'y pointer. Pourtant, on sait que Gatlin n'est pas le seul malpropre de ces machines humaines, tout comme le passé nébuleux du Parti libéral ne peut être porté que par la seule Nathalie Normandeau.

Aux Jeux olympiques comme en politique, le plus important est de dire qu'on n'a rien à se reprocher jusqu'à preuve du contraire. Si la cycliste Geneviève Jeanson n'avait jamais vu de l'EPO de sa vie, qu'est-ce qui empêche le ministre Jacques Daoust de clamer haut et fort qu'il n'a jamais été au courant des transactions ayant mené à la vente de Rona au géant américain Lowe's ?

Finalement, les clous et les deux par quatre de chez Rona ont fini par crucifier le ministre Daoust sur l'autel du Parlement.

M. Daoust est parti au mois d'août ! Selon le premier ministre Couillard, puisqu'on est devant « deux versions irréconciliables de la réalité », le dossier de Rona est clos. Une nouvelle perception complètement inusitée de la gestion des conflits qui devrait simplifier le travail des juges.

Lorsqu'on réfléchit aux mots « olympique » et « politique », on trouve dans le premier le verbe « piquer » comme dans piquer un sprint ou se piquer avec une seringue, et dans le deuxième la « tique » qui est un insecte piqueur et suceur.

Comme quoi ces deux termes qu'on voudrait nobles portent déjà en eux les côtés sombres de leur pratique. Les politiciens et les athlètes qui trichent menacent l'honneur de toute une patrie. Ce qui est beaucoup plus lourd de sens qu'un jeune qui copie en classe. Seuls des comportements qui font honneur à la noblesse du titre arriveront à vaincre le cynisme, et ce, en politique comme aux Jeux olympiques.

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