Pas si sorcier, désengorger les urgences

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Boucar Diouf

Humoriste, conteur, biologiste et animateur, il collabore régulièrement à La Presse Débats.

On dit très souvent que les humoristes sont des cabotins incapables de proposer des solutions sérieuses pour améliorer la société. Dans ce texte, j'ai donc décidé de faire des recommandations pour régler définitivement les problèmes de notre système de santé et contribuer à la lutte au déficit qui, si on en croit le trio économique de banquiers du gouvernement, semble si préoccupant qu'il pourrait compromettre la viabilité des spermatozoïdes de nos petits-enfants à venir.

J'ai souvent entendu les infirmières à qui j'enseignais la physiologie humaine dire à la blague que les trois mensonges les plus populaires dans les hôpitaux du Québec étaient «ce n'est pas grave», «ça ne fera pas mal» et «ce ne sera pas long».

Depuis, tous les ministres de la Santé que j'ai vu passer ont juré détenir la solution miracle pour désengorger les urgences. Pourtant, force est de constater qu'aujourd'hui, plus que jamais, le temps d'attente de bien des urgences est si long que le bénéficiaire qui veut améliorer ses chances de survie a intérêt à être en super forme avant d'aller à l'hôpital.

 Depuis quand, d'ailleurs, les malades d'autrefois sont-ils devenus poétiquement des bénéficiaires? Normalement, ce sont les médecins spécialistes qui devraient être qualifiés de bénéficiaires, parce qu'au salaire qu'ils gagnent, leur slogan quotidien doit être: «J'ai encore fait des bénéfices hier!» OK, j'avais juré d'être constructif dans ce texte, je vais maintenant faire ma proposition au docteur Barrette.

Pour améliorer notre système de santé, je propose d'importer la très efficace pratique du sorcier guérisseur africain qui a inspiré le vaudou haïtien. Je m'explique. Dans mon village, quand quelqu'un est malade, il arrive que le sorcier coupe la tête d'une poule et son problème est miraculeusement réglé. Tous ceux qui ont déjà vu une poule pas de tête savent qu'elle bouge selon des mouvements erratiques et incertains, comparables aux déplacements de certains top-modèles sur les plateformes de défilés. Alors, dans la médecine du sorcier, tant que les poules décapitées courent tout droit, le système va bien, mais dès qu'elles commencent à zigzaguer, c'est le début d'un virage ambulatoire. Pour le diagnostic du malade, les sorciers misent sur trois possibilités. Si la poule pas de tête fait le 100 mètres en 10 secondes, c'est que le malade prend des stéroïdes. Si elle le fait en plus de 20 secondes, le malade a des problèmes cardiaques. Si, par contre, la poule ne bouge pas du tout, c'est que le sorcier s'est trompé et lui a coupé les jambes. C'est une médecine non pas à deux, mais à trois vitesses.

Je pense que le Québec gagnerait beaucoup à adopter la médecine des sorciers africains. Imaginez, monsieur Barrette, plus d'infirmières, juste des concierges qui veillent sur des cages pleines de poulets. Finies les prises de bec avec les syndicats et les abréviations inextricables où le DG du CH rencontre le DRH du CLSC en AM et la DI du CHSLD en PM pour préparer la rencontre avec le MSSS à cause du CA du CMDP. En plus, comme médicament générique, les canards, les corneilles et même les goélands pourront faire l'affaire. Et en diminuant la population de poules, donc de leurs nids, on améliore aussi le réseau routier du Québec. Sans vouloir me vanter, je pense avoir trouvé la meilleure façon de mettre la main sur la poule aux oeufs d'or qui empêchera le méchant déficit de plumer notre économie.

Imaginez docteur Boucher qui arrive à l'hôpital et que la seule chose qu'il a à faire, c'est de sortir son couteau et de désengorger l'urgence. De docteur Boucher, on passe le poulet à docteur Brochet, qui refile la carcasse à madame Bouillon. Ce sera alors le retour du bon vieux bouillon de poulet, cette panacée dont l'efficacité thérapeutique est connue des grands-mères depuis l'aube des temps. Vous voyez, régler les problèmes du système santé du Québec, ce n'est pas si sorcier que ça, docteur Barrette.

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