Quand l'Arabie écrit au Québec...

Le roi d'arabie Saoudiete, Salman.... (Photo archives)

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Le roi d'arabie Saoudiete, Salman.

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Boucar Diouf

Humoriste, conteur, biologiste et animateur, il collabore régulièrement à La Presse Débats.

La lettre envoyée cette semaine par le gouvernement saoudien à l'Assemblée nationale du Québec, qui a adopté à l'unanimité une motion demandant la libération du blogueur Raif Badawi, est un message qui n'est pas banal. Maintenant que la monarchie pétrolière durcit le ton, deux possibilités s'offrent aux gouvernements: rester silencieux ou continuer de dénoncer. Si la deuxième option est la plus recommandable pour un État droit, gageons que pour le gouvernement, le silence politique radio ou l'évitement risquent malheureusement de devenir le mot d'ordre dans l'affaire Badawi.

L'Arabie saoudite utilise ses pétrodollars comme arme de persuasion massive pour tenir bien des pays occidentaux par la poche. Mais, au-delà de cette façon cavalière de sermonner le Québec, ce qui est plus dérangeant encore, c'est l'hypocrisie des nations occidentales dans leurs rapports avec ce richissime pays. On dénonce en secret ce qui s'y passe en matière de droits de l'homme, mais quand les pétrodollars se pointent dans le décor, on ferme les yeux, on détourne le regard et on évoque la nécessité de respecter les particularités culturelles des uns et des autres. Monsieur Couillard a souvent sorti cette réponse quand on lui demande ce qu'il pense du régime saoudien. Il arrive aussi qu'il dégaine sa théorie de l'isolement en demandant si la meilleure approche avec ce régime est le retrait ou le contact et le partage des connaissances.

Le pognon

Est-ce qu'il y a une seule personne sensée sur cette planète pour croire que la présence des Occidentaux en Arabie puisse être motivée par une pulsion humanitaire ou une envie de décloisonner une idéologie nostalgique, qui refuse de croire que le présent et le futur sont aussi pertinents dans la recherche du modèle achevé de la religion musulmane? En vérité et sans vouloir faire de reproches à personne, la seule raison pour laquelle tous les Occidentaux qui font affaire en Arabie détournent le regard devant ces pratiques liberticides qui sont aux antipodes de leurs propres valeurs, c'est l'argent.

Le même pognon qui, après le décès du roi Abdallah, a amené bien des chefs d'État à aller faire des courbettes et verser des larmes de crocodile auprès du nouveau monarque. La directrice du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, a même poussé le racolage jusqu'à affirmer que le roi Abdallah était «un grand défenseur des femmes». Peut-être parlait-elle du fait qu'il a toujours fortement défendu aux Saoudiennes de prétendre au statut d'être humain à part entière?

Au-delà de l'affaire Badawi, c'est cette échelle des valeurs occidentales achetables par les pétrodollars ou escamotables au nom des alliances géopolitiques sur laquelle il faudra se questionner. Si l'Arabie est à l'abri de la critique politicienne, c'est parce qu'elle a toujours fait comprendre aux nations occidentales que les valeurs saoudiennes étaient sacrées, mais que pour les leurs, il y avait toujours le marchandage.

Une position qui a, au moins, le mérite d'être plus claire que cette hypocrite façon qu'ont les étrangers de se voiler le regard avec les pétrodollars pour supporter l'insupportable et de crier au scandale seulement quand ils sont rassasiés et à l'extérieur des frontières de ce pays.

Si on veut approcher et partager des connaissances avec cette monarchie, le modèle de comportement à copier est peut-être celui de Michelle Obama, qui avait refusé totalement de se couvrir la tête comme l'exigeaient les religieux qui gouvernent indirectement ce pays.

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