Altruisme, égoïsme et évolutionnisme

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La bonté n'est pas le seul apanage des humains et existe aussi chez les animaux.

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Boucar Diouf

Humoriste, conteur, biologiste et animateur, il collabore régulièrement à La Presse Débats.

La bonté humaine est une fine couche qui recouvre une nature profondément et génétiquement égoïste. Il suffit de gratter un peu pour savoir que les gestes véritablement altruistes sont très rares. Cette théorie dite du vernis, nous la devons à Thomas Henry Huxley (1825-1895) qu'on surnommait le «bouledogue de Darwin». Pour cause, ce scientifique britannique fut le plus redoutable défenseur de la théorie publiée en 1859 par Charles Darwin, qui était moins à l'aise pour faire face au clergé, incapable d'entendre parler de parenté entre le singe et l'humain.

En Huxley, Darwin avait donc trouvé un bagarreur pour mordre ses détracteurs. Ainsi, à l'évêque d'Oxford, Samuel Wilberforce, qui voulait savoir s'il descendait du singe par son grand-père ou sa grand-mère, Huxley, plus sarcastique, répondit: «Je préfère de loin descendre d'un singe que d'un homme instruit qui utilise son éloquence au service du préjugé et du mensonge!» Et vlan dans les dents!

En dehors de sa passion pour l'évolution darwinienne, le bouledogue, qui est aussi le grand-père de l'écrivain Aldous Huxley, voyait la vie comme une véritable arène où la compétition et les affrontements dictaient la survie à long terme. Dans cette impitoyable jungle, l'éthique, disait-il, n'était qu'une victoire temporaire de l'humain sur sa nature profondément égoïste. Des affirmations qui trahissaient la véritable pensée de son maître. C'est pour ça que le géographe russe Pierre Kropotkine (1842-1921) l'avait mordu à pleines dents en publiant L'entraide, un facteur de l'évolution. Pour Kropotkine, qui avait beaucoup observé les écosystèmes du Nord, l'épanouissement de bien des espèces pouvait se faire davantage dans la coopération que dans le combat et la compétition.

Aujourd'hui, les avancées de la biologie du comportement ont démontré sans équivoque que plus qu'un simple vernis recouvrant une nature égoïste, l'altruisme est bien antérieur aux religions dans la vie animale. Autrement dit, certains ont tort de penser que nous avons besoin des religions pour être bons. Sinon, comment expliquer que les endroits les plus religieux soient majoritairement les plus violents de la planète? Avec près de 80% de la population qui se dit croyante, dont bien des extrémistes allergiques à l'oeuvre de Darwin, les États-Unis d'Amérique devraient être un endroit où l'on tend l'autre joue. Pourtant, ils restent le pays où les gens sont les plus armés et se dégomment impitoyablement entre voisins sans se préoccuper de la caméra céleste qui les scrute.

La bonté vient de plus loin que l'espèce humaine et si vous voulez des histoires touchantes d'altruisme chez les animaux, les travaux du primatologue néerlandais Frans de Waals sont une mine d'or. Ce bonobo qui avait ramassé un oiseau qui s'était écrasé sur une vitre et est monté délicatement avec lui sur un arbre pour le lancer dans les airs; cet éléphant aveugle qui se fait mener et protéger toute la journée par un ami voyant; ce mâle dominant des singes rhésus qui ménage l'autre mâle qui est trisomique; ce chimpanzé mâle qui adopte et prend soin des jeunes orphelins jusqu'à ce qu'ils deviennent autonomes sont autant d'histoires qui vous ébranleront.

Soyons donc nombreux, à l'approche des fêtes, à exprimer cette génétique qui transforme l'humain en un remède pour son prochain. En plus, comme le dit mon ami Louis-François Grenier, même dans l'altruisme, il y a de l'égoïsme. En effet, en plus de réduire les hormones de stress, une bonne action favorise dans le cerveau de celui ou celle qui le fait, la sécrétion de ce médiateur du bonheur qu'est la sérotonine. Autrement dit, en semant le bien autour de nous, notre système de récompense interne nous félicite avant même que l'autre nous témoigne sa gratitude. Soyez donc égoïstes en ce temps des fêtes, et même au-delà: gâtez-vous en donnant généreusement aux autres!

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