Bon. Que je n'en entende pas un seul me demander qui est cet athlète ou critiquer ce choix. Véritable pionnier du triathlon au Canada, Whitfield s'est fait connaître un jour de septembre en 2000, alors qu'il a remporté le premier triathlon olympique à Sydney. Une chute dans la portion vélo de l'épreuve l'avait pourtant relégué à la 24e position avant d'entamer les dix kilomètres de courses. Un par un, il a dépassé ses concurrents jusqu'à l'arrivée, où il a triomphé avec plus de dix secondes d'avance sur son plus proche poursuivant. Ce moment de gloire sera malheureusement un des seuls de la délégation canadienne en Australie, le pays terminant alors au 24e rang en vertu de ses trois médailles d'or, quatorze au total.
Au-delà de cette victoire historique, le natif de Kingston tentera d'ajouter à légende une nouvelle médaille, lui qui participera à ses quatrièmes Jeux olympiques. Après avoir fait chou blanc à Athènes en 2004, Whitfield a reconquis le coeur de ses partisans avec une performance incroyable en Chine, dépassant trois coureurs dans le dernier kilomètre de la course, prenant la tête de l'épreuve avec seulement 200 mètres le séparant d'une seconde victoire olympique. Exténué par ses efforts, il se fera toutefois doubler par un Allemand dans la ligne droite finale.
L'athlète de 37 ans est surtout reconnu comme un mentor auprès de ses jeunes collègues de l'équipe canadienne de triathlon. L'honneur qui lui est accordé de succéder à Clara Hughes comme porte-drapeau (celle-ci était la porte-drapeau aux derniers Jeux d'hiver, elle sera à Londres dans l'équipe de cyclisme) est pleinement mérité. Non seulement Whitfield oeuvre dans une discipline qui est en vogue présentement, il est, à mes yeux, l'exemple type de l'Olympien. Il n'est même pas dopé en plus!
Parmi les candidats pressentis pour ce rôle, j'aimais bien Ian Millar, qui établira un record du monde en participant à ses dixièmes Jeux. Ce cavalier, médaillé d'argent à Pékin, est d'ailleurs surnommé Captain Canada en raison de la longévité de sa carrière. Il aura été victime selon moi de l'impopularité des sports équestres. Clara Hugues représente l'Olympienne par excellence, ayant remporté des médailles tant aux Jeux d'hiver, en patinage de vitesse, qu'aux Jeux d'été en cyclisme. Porte-drapeau en 2010 à Vancouver, la nommer deux fois de suite aurait été plutôt exceptionnel et contraire aux valeurs assez conservatrices du Comité olympique canadien. D'autres auraient tout autant mérité cette considération, que ce soit par leur statut de champion du monde actuel, d'anciens médaillés ou tout simplement leur leadership ou leur dévouement. Je pense entre autres à Catharine Pendrel en vélo de montagne, Brent Hayden ou Ryan Cochrane en natation ou même Alexandre Despatie ou Émilie Heymans en plongeon!
Personnellement, ce choix me satisfait pleinement. Le rôle d'ambassadeur attaché à cette nomination ne pourrait mieux convenir qu'à cet athlète. Simon Whitfield s'était donné comme objectif, dès son jeune âge, de devenir le meilleur au monde, peu importe la discipline. Discipliné, grand travailleur, il cite sur son site personnel Michel-Ange: «Le plus grand danger pour l'homme n'est pas de viser trop haut et de rater, mais bien de viser trop bas et de l'atteindre.»
À 37 ans, probablement à ses derniers Jeux olympiques, personne ne pourra dire que cet athlète aura visé trop bas dans sa carrière. Pourquoi ne pas lui (et nous) souhaiter une dernière médaille d'or comme chant du cygne?
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