C'est que les préjugés ont la vie dure dans le fabuleux monde du hockey. Certains joueurs russes, bourrés de talent, mais aux résultats décevants, ont frappé l'imaginaire du fan moyen. Alex Kovalev en était l'emblème par excellence. Et que dire de Valdimir Malakhov! Un certain Alex Ovechkin également, lorsque le temps des séries est arrivé, est victime de ces critiques. Ces joueurs russes se traînent les pieds, ne veulent que «ramasser» leur chèque de paie et préfèrent se défoncer dans les Championnats mondiaux et aux Olympiques. Telle est la croyance populaire.
Or, s'il est vrai qu'on peut douter de l'éthique de travail d'un Alexander Radulov ou d'un Alexander Semin, il serait faux de bêtement associer ce trait à leur origine ethnique. Ils se trainent les pieds, voilà tout. Comme un Benoit Pouliot, un Rene Bourque, etc. Essayez un jeu avec le prochain détracteur des Russes que vous rencontrez : pour chaque Russe avec une mauvaise réputation, sortez-lui le nom d'un Russe qui gagne en séries éliminatoires et fait preuve d'une intensité remarquable. Essayez et vous verrez que votre interlocuteur manquera de noms avant vous... Semin: Malkin. Radulov: Datsyuk. Kovalev: Kovalchuk. Vous voyez, à chaque traine-savate s'oppose un travaillant bourré de talent.
Là où le vrai danger réside avec le fait de repêcher un joueur russe est l'attrait de plus en plus grandissant de la KHL. La KHL offre en effet des salaires très compétitifs à ceux de la LNH, surtout sans plafond salarial, pour les joueurs en étant à leur premier contrat professionnel. Dans la LNH, ces jeunes sont plafonnés à environ 925 000$ pour leurs trois premières saisons. Pour un jeune joueur russe donc, demeurer à la maison, ou au moins dans son pays d'origine, pour faire quelques millions et atteindre la LNH à 25 ans, en signant un contrat de joueur autonome,c'est de plus en plus réaliste.
C'est pourquoi Marc Bergevin et son équipe doivent faire de bonnes entrevues avant le repêchage avec Yakupov, comme avec les autres choix à haut potentiel. Sans être infaillibles, de bonnes entrevues permettent à l'équipe de se faire une idée sur l'aspect psychologique et le sérieux du jeune. On serait porté à croire qu'un jeune comme Yakupov qui a fait son stage junior en Ontario n'ira pas, aussitôt repêché, jouer en Russie, mais c'est ce que Radulov a fait! Après avoir joué deux belles années à Québec dans la LHJMQ et deux courtes saisons à Nashville, cet énigmatique joueur est retourné en Russie, attiré par un immense et lucratif contrat. Pour l'avoir côtoyé pendant une fin de saison à Nashville, Peter Forsberg avait d'ailleurs dit de lui : «Ce garçon est tout mêlé dans sa tête!»
Souhaitons pour le Canadien que ce ne soit pas le cas pour Nail Yakupov et que le cas échéant, l'équipe de Bergevin fasse ses devoirs et repêche le meilleur joueur disponible, sans égard à son origine ethnique.
L'auteur est professionnel en relations de travail et passionné de sport.
Commentaires (2)
Commenter cet article »