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Une passerelle franco-berbère

Mustapha Amarouche
 

Mustapha Amarouche

C'est un vrai défi que tente de relever Sefraber, une société d'édition franco-berbère. Basée en France et en Afrique du Nord, elle encourage l'expression littéraire dans les trois langues écrites et parlées dans cette région de confluence culturelle.

Au-delà des contingences politiques passagères porteuses de courtes vues et de pratiques d'exclusion, le fait est que trois langues y demeurent, contre vents et marées, parlées et écrites. Le berbère ou tamazight est la langue naturelle des populations d'Afrique du nord. Elle est utilisée dans ce vaste espace de la méditerranée jusqu' aux pays du sahel et de la Tunisie jusqu' à l'oasis de Siwa en Égypte.

Toutes les appellations de villages, de lieux et de bosquets portent son empreinte. Le berbère a, bien sûr, emprunté des mots, des locutions, des façons d'être et de penser à l'arabe, à l'espagnol, au français. L'arabe parlé en Algérie est lui aussi fortement influencé par le berbère à tel point qu'il devient incompréhensible par une personne du Moyen-Orient. La langue arabe classique reste cantonnée dans le domaine religieux ou littéraire mais il est impossible de la parler dans la rue au risque de provoquer des fou-rires.

Le français, que Kateb Yacine a qualifié de butin de guerre, est la langue d'écriture des écrivains algériens les plus illustres. Il a profondément influencé la façon de penser des habitants pour lesquels il a constitué la porte d'entrée vers la modernité et le rationnel. On citera Mohamed Dib, Mouloud Mammeri, Mouloud Feraoun, Assia Djebar et beaucoup d'autres.

Historiquement, la culture berbère s'est souvent exprimée dans les langues des occupants du moment. Le berbère Saint Augustin a utilisé le latin, Ibn Khaldoun a écrit son histoire des berbères en arabe et Jean et Taos Amrouche ont écrit en français.

Mais l'âme profonde des berbères se décline uniquement dans leur langue. Jean Amrouche a dit : 'je parle en français, mais je pleure en kabyle'. On ne peut traduire les poèmes de Si Mohand, ce poète errant qui parle presque en refrains, à tel point que la légende voudrait qu'un ange se soit présenté et lui ait donné le choix : 'parle et je versifierai ou versifie et je parlerai'. Si Mohand a choisi de parler, en berbère bien sûr, et il semait ses innombrables poèmes partout ou il allait...

Sefraber est née d'une passion, d'une rencontre entre Julien Pescheur et la Kabylie où il a passé son service militaire pendant la guerre de libération. Malgré les années de feu, il s'est pris d'amitié pour ses habitants férus de liberté et ses paysages splendides. Plus tard, il a rencontré Mohamed Lounnas et, ensemble, ils se sont engagés dans cette aventure de promotion de la culture d'Afrique du Nord.

On leur doit déjà la publication de Mohand et Fatma, une histoire d'amour, portant sur la vie de El Hasnaoui, le mythique chanteur exilé volontaire en Réunion à cause, dit-on, d'une histoire d'amour malheureuse et pleine de mystère. La maison a publié également l'histoire des Iflissen Oumellil de Youcef Mazari et les Tineqqisin de Jean De La Fontaine par Boualem Messouci.

D'autres auteurs font partie de la boutique de Sefraber tels Arezki Metref, Najeh Misaoui , Younes Adli , Youcef Zirem. Sefraber a également suivi la révolution tunisienne et sorti un livre : -dégage, dégage, ils ont dit dégage!

À l'heure ou le livre se vend mal, chaque publication est un défi. Pour 'faire vivre la culture berbère comme une culture de France' Sefraber se veut une maison d'édition militante qui dépasse la frontière des langues pour s'attacher à l'homme.

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Commentaires (6)

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  • On ne peut pas rétrécir à quelques commentaires, l'ampleur de la méconnaissance du passé des peuples berbères. L'Histoire est souvent écrite par le vainqueur et bien peu connaissent les raisons des heurts entre les différentes communautés vivant au Nord de l'Afrique. Faut-il pour autant se contenter de l'état des lieux ? Laisser les amalgames produire les dégats permanents que nous connaissons tous ? J'ai fait ce choix de donner une plateforme permettant aux auteurs Berbères mais aussi Arabes de contribuer à la collecte de tout ce patrimoine culturel qui a divisé ou rassemblé les populations du Nord de l'Afrique. Sefraber n'est rien d'autre q'un outil indépendant, nous n'avons jamais été financé par aucun ministère que ce soit en France ou en Algérie, et notre liberté n'a jamais été remise en cause par les autorités algériennes. On peut, on doit poursuivre les grands travaux entrepris par exemple par Mouloud Mammeri et tant d'autres ! Ce que nous semons aujourd'hui nous ne le verrons pas lever, pourtant chaque jour qui se lève me conforte dans l'idée qu'il fallait contribuer à la sauvegarde d'un patrimoine d'au moins 3000 ans.C'est sur ce monde des traditions et de la culture que nous pourrons découvrir les différences enrichissantes. Thanemirt Mustapha Amarouche. Ar timlilit mayavgha ouahnin.

  • Bonjour,
    je réitère ce que j'ai écrit précédemment car il semble que mon message ne soit pas passé.
    Je disais donc qu'à mon humble avis , connaissant assez bien le sujet que les Berbères et les chaouïas des Aurès ont parfaitement le droit de penser qu'ils sont vraiment les parents pauvres de L'Algérie actuelle et qu'ils ne peuvent s'exprimer à travers leur ancestrale culture. Ce qui veut dire en clair: Oui! les Algériens non Berbères/Chaouïas sont victimes du racisme des autre Algériens mais plus exactement de ceux qui les gouvernent.
    Salutations
    Barbache

  • Bonjour,
    Or, des Algériens non-berbères m'ont dit que c'était de raciste de penser que l'État Algérien était raciste avec les Berbères.
    Qui a raison?
    Bonjour,
    A mon sens je suis persuadé que ce sont les Berbères qui ont raison, à fortiori les Chaouïas des Aurès. Ces derniers ne semblent pas vouloir être dominés par quiconque.
    On peut dire effectivement que les Algériens non Bérbères/Chaouäs sont racistes.
    Salutations
    Barbache

  • Moi j'ai une question qui peut paraître bizarre, mais qui est bien réelle.
    Il m'arrive de rencontrer des Berbères à Montréal, dont un chauffeur de taxi que je vois une fois toutes les deux semaines environs. Les Berbères sont un peuple fier, et si tu parles avec un pendant un certain temps, il te dira vite qu'il est Algérien mais Berbère.
    Or, certains Berbères disent qu'ils sont maltraités par l'État Algérien. On ne par le pas de torture et de massacres, du moins pas récemment. Ils seraient traités comme des citoyens de seconde zone.
    Or, des Algériens non-berbères m'ont dit que c'était de raciste de penser que l'État Algérien était raciste avec les Berbères.
    Qui a raison?

  • Parfaitement d'accord. Il est important et urgent de reprendre ce texte dans une autre publication.
    G.P.

  • Un article culturel Bérbère n'attire pas les "barbares" qui préfèrent les sujets prosaïques et "terre à terre". Désolé pour vous Mustapha Amarouche.
    Le Cercle se referme le 25. Il y aura d'autres occasions d'échanger.
    De toute façon, on constate que les réseaux Facebook et Twitter sont davantage regardés et commentés que nos articles affichés.
    Joyeux temps des fête ! Et bonne chance !

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