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Algérie : 20 ans après le FIS

Mustapha Amarouche
 

Mustapha Amarouche

Beaucoup d'observateurs se sont demandé pourquoi l'Algérie a été épargnée par le Printemps arabe. La majorité ignore ou oublie qu'elle a déjà vécu plusieurs Printemps qui ont changé radicalement son paysage politique.

Après le Printemps berbère de 1980 centré sur la revendication culturelle et linguistique berbère qui a révélé au grand jour un lourd problème d'identité nationale, il y eut les événements d'octobre 1988. Cette révolte d'une grande ampleur donna lieu à l'installation du multipartisme, accoucha de la liberté de la presse et, fait saillant et pathogène, vit l'émergence du Front islamique du Salut (FIS).

Fruit d'une mouvance jusque-là circonscrite dans les campus et les cités universitaires où elle usait d'une grande violence pour imposer ses lois aux étudiants, le FIS projetait de faire de l'Algérie un état théocratique. Par la voix de ses dirigeants Ali Benhadj et Abassi Madani, il prônait ouvertement l'abolition de toute démocratie réputée impie et la dilution du nationalisme au profit de la oumma islamique. Il avertit la population de se préparer à changer ses habitudes alimentaires et vestimentaires. Son programme prévoyait de mettre fin à la mixité partout, y compris sur les trottoirs, les bus et les plages. Les femmes devraient être voilées et rentrer à la maison pour libérer leurs emplois à la gent masculine. Des listes de futurs condamnés à mort commencèrent à circuler : intellectuels mal pensants, laïcs, apostats, communistes, policiers, gendarmes, militaires ainsi que leurs familles ...

La population anesthésiée par 40 ans de pensée unique ne put parer le violent travail d'aliénation mentale et politique du FIS qui usa de tous les subterfuges. Les mosquées lui servaient de centres d'endoctrinement politique massif. Le laser vint à la rescousse pour écrire sur le ciel innocent «Allah est grand» au stade du 5 juillet; Abassi Madani, tout sourire, ouvrait sa Mercedes luxueuse avec sa télécommande cachée dans sa gandoura. Les militants pleuraient et s'évanouissaient devant ces miracles. Pendant ce temps, les innombrables associations caritatives islamistes distribuaient des provisions aux plus démunis qui s'en souviendront le jour du vote.

Le premier tour des législatives confirma la montée en puissance du FIS qui, selon des témoignages, usa largement de violence dans les bureaux de vote. Le FIS allait prendre tout le pouvoir et enterrer définitivement la démocratie naissante.

Des démocrates aguerris et décidés dont Saïd Sadi, des syndicalistes, des hommes et femmes politiques de l'opposition et du pouvoir créèrent le comité national de sauvegarde de l'Algérie et appelèrent à l'arrêt du processus électoral. Le président Chadli démissionna sous la pression des événements. Le Haut comité d'État mis en place annonça l'impossibilité d'organiser le deuxième tour. Et ce fut l'insurrection du FIS qui voyait le pouvoir lui échapper des mains, malgré l'alliance incongrue de San Egidio. L'armée fut l'ultime rempart contre les fous de Dieu. Ce fut la décennie noire qui plongea le pays dans une horreur qui ferait passer le Marquis de Sade pour un enfant de choeur.

Dans la ville d'Oran aux vastes rues bordées par la mer et emplies des notes légères et rétives du raï, une jeune fille effrayée voyait le pays de son père sombrer dans l'horreur. Elle s'appelait déjà Djemila Benhabib.

Les expériences en cours en Égypte, en Tunisie prouvent que l'islamisme, tout comme le nazisme, est insoluble dans un processus démocratique. Il reste que le prix à payer a été très lourd pour que l'Algérie ne soit pas engloutie par le maëlstrom de l'islamisme. Mais comme le disait l'immense Matoub Lounes : «Ils peuvent éteindre tant d'étoiles, le ciel ne sera jamais dépeuplé».

Aujourd'hui, à l'heure de la mémoire ensanglantée, l'espoir, tout de même, demeure.

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Commentaires (3)

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  • Merci! Vous lire est toujours intéressant.
    C'est troublant de savoir que de nombreux islamistes d'Algérie ont été acceptés comme immigrants au Québec. Des sympathisants du FIS se sont réfugiés au Canada en cachant leur allégeance.
    Il ne faut jamais oublier que la guerre civile des années 90 a coûté la vie à plus de 200 000 personnes.

  • Des démocrates agurerris comme Said Sadi, un Said Sadi qui vient de France pour manifester à Alger, quel patriote !!!
    Mosieur Amarouche, je vois votre coueur, celle de Said Sadi, je ne sais pas si vous vivez an Algérie mais moi j'y vis, bien que que le FIS soit le fruit des fameux généraux, Belkhir, Nezzar et les autres, je n'ai vu aucune violence dans les bureaux de vote pour forcer les gens à voter FIS, les gens on voté FIS, on va dire par amour à l'Islam. Bien que je sois convaincu de l'implication de Ali Benhadj et Abassi Madani dans le drame algérien, je suis aussi convaincu que ce drame a été élaboré par ce pouvoir résidu de la France en étroite collaboration avec ses chiens dans la société algérienne et la classe politique, comme votre démocrate aguerri Said Sadi.
    Si vous pronez la démocratie alors le FIS a remporté les élections, il devait gérer le pays non? Moi je suis contre la démocratie qui nous met sous la tutelle d'un certain Benhadj ou d'un certain Sadi. Trouvez-nous alors une autre formule d'élire les bons programmes et les bons dirigaents.
    Vous, qui êtes connaisseur de la vie algérienne, dites moi pourquoi Said Sadi a été rejeté par le pouvoir? Bien sûr algérien doit avoir des alliés partout dans la régions algérienne, surtout la kabylie. Comment imaginez-vous qu'un tel inconnu comme Amara Benyounes est devenu ministre et que son parti (inconnu aussi) est bien repésenté au parlement?

  • Des démocrates aguerris et décidés dont Saïd Sadi, des syndicalistes, des hommes et femmes politiques de l'opposition et du pouvoir ont pu évincer le FIS en Algérie ?
    C'est de gens comme ceux-là qu'il aurait fallu en Iran, en Afganhistan. Et qui se manifestent aujourd'hui en Egypte.
    Vous semblez bien posséder le sujet. Continuez SVP !

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