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L'infirmière et la reine

France Houle
 

France Houle

L'infirmière de Kate Middleton s'est fait prendre par un canular téléphonique ultra médiatisé. Le gag, tellement banal, a mal tourné. La dame se serait suicidée. Elle avait ses raisons. Doit-on blâmer les humoristes qui lui ont fait croire qu'elle parlait à la reine? Je ne crois pas.

Les canulars peuvent avoir des conséquences néfastes. Ah oui? Vous m'en direz tant! Faire des coups de téléphone aux gens le vendredi soir quand on est ado, ça arrive. Tomber sur la tomate d'un élève le mauvais jour, congédier une employée qui vient d'apprendre qu'elle est enceinte, ne pas écouter un collègue que l'on sent triste, ne pas voir un enfant dont personne ne s'occupe... Tous nos gestes peuvent avoir des conséquences. Tous! Ce qui peut paraître banal pour certains peut représenter une montagne pour d'autres. On n'a pas la même histoire, pas la même sensibilité. Qu'y pouvons-nous?

Et si on remettait quelque chose comme la gentillesse au goût du jour? Elle s'est fait bien malmener depuis des années où on la confond bien souvent avec la flagornerie. Est téteux celui qui est trop gentil; c'est mal vu. De la guimauve pour les faibles. N'empêche que lorsque l'on est gentil, on est parfois plus tolérant. On est généralement plus compréhensif et plus indulgent. On ne prête pas systématiquement de mauvaises intentions aux gens parce qu'on est capable de croire encore que tout le monde peut faire des erreurs, parce que ça arrive et que c'est humain.

L'infirmière

C'était une mauvaise période. Elle a cru qu'elle parlait à la reine. Quand on a une vraie princesse à soigner, c'est bien possible qu'une reine nous appelle pour prendre de ses nouvelles. C'était un gag. L'infirmière a dû se sentir mal à l'aise. C'en était trop pour elle ; LA petite goutte de trop. Ses supérieurs ne l'ont pas réprimandée. Et ses collègues? Et ses amis? Et les journaux? Ce n'est pas la blague qui l'a tuée, c'est sans doute la longue chaîne de petits et de grands tourments qui sont venus bien avant. L'a-t-on vue désespérée? L'a-t-on écoutée? Ses patients l'ont-ils remerciée un jour où elle avait peut-être tout donné ce qui lui restait d'énergie? L'a-t-on bousculée dans le métro sans s'en excuser? Et celui qui a pu la bousculer dans le métro, pourquoi était-il si pressé? Avait-il un rendez-vous important, des nouvelles d'un parent malade ou du stress causé par un patron trop exigeant ?

Nous avons tous notre histoire, nos fragilités. Cela n'empêchera jamais la Terre de tourner. Personne ne peut changer le monde simplement en le rêvant meilleur. Mais on peut tous faire un petit examen de conscience parce qu'on peut, à tout moment, être LA petite goutte de quelqu'un dont la vie basculera.

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Commentaires (13)

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  • @ yvesboies
    -
    Vous avez vu juste. Je le vois aussi comme un suicide "d'honneur".
    Mireille Scarlemberg

  • Je suis bien d'accord avec vous, madame Houle. J'étais pour écrire, ici-même, un texte qui, dans l'ensemble, rejoint ce que vous dites; alors, je me permets de rajouter, tout simplement, quelques commentaires.
    Je crois que vous avez touché l'essentiel: soit qu'il y avait certainement un AVANT. Sans excuser le mauvais gag des deux personnes d'une radio australienne (elles vont vivre avec cette mort, toute leur vie), selon le peu que je sache sur le suicide, je crois que ce canular ne peut, à lui seul, expliquer le suicide de l'infirmière; il y avait certainement d'autres choses, d'autres vécus, d'autres peines, d'autres déboires... qui expliqueraient peut-être mieux l'état dépressif et l'ultime geste de cette dame.
    Il y a plusieurs années, une personne que j'aimais beaucoup m'a dit: «Mets tes mains autour de mon cou et étouffe-moi." Cette phrase est gravée à jamais dans ma mémoire, car cette personne n'est plus. Je ne comprenais pas, j'étais jeune et on ne parlait pas ou très peu de suicide, dans ce temps-là. Plus tard, dans un de mes cours universitaires, en étudiant la dépression, j'ai compris ce qu'était un message suicidaire.
    Avoir su... Par après, j'ai réentendu de tels messages suicidaires à au moins deux reprises, mais, ces fois-là, j'ai réagi: en résumé, j'ai confronté l'une d'entre elles et j'ai informé une travailleuse sociale pour l'autre. 20 ans plus tard, ces personnes sont toujours vivantes et tant mieux, si j'ai pu contribuer, un tant soit peu, au fait qu'elles ne soient pas passées à l'acte.
    Mon message, pour terminer: soyons attentifs aux gens qui nous entourent et, suite à tout message suicidaire, réagissons, n'attendons pas, en en parlant avec la personne même, en lui posant directement la question «Quand tu dis cela, veux-tu dire que tu veux te suicider?». Ne soyons pas gênés, également, d'en parler à un ou une spécialiste en relation d'aide. Et, il y a toujours la ligne Prévention suicide 1-800-APPELLE ou 1-866-277-3553.
    Jacques Robert

  • Certe ce fut la goutte, certe on est la goutte de quelqu'un un moment donné et plus souvent qu'on peu le savoir. Mais attention à la grosseur de la goutte et surtout sur un plan volontaire ! Un employeur qui congédie une employée sait qu'il est une assez grosse goutte mais bon n'a probablement pas le choix, le gars qui te bouscule dans le métro n'a certainement pas conscience de la goutte qu'il laisse, mais les koker de la radio savaient ce qu'ils s'apprêtaient à faire et étaient certainement conscient qu'ils seraient une goutte une moyenne goutte. Mais je suis tout de même d'accord avec l'emsemble du texte de France Houle, ça fait justement réfléchir sur nos gouttes laissées un peu partout :) et oui faisons place à la gentillesse !! Merci.

  • Hé colonial, c'est de cette façon qu'un collègue de travail venu du royaume uni m'interpellait. Je mettrais ma main au feu que cette pauvre infirmière (indienne) donc colonial, a subi les foudres de son employeur pour avoir manqué de jugement envers sa majesté. Me semble de les voir avec leur gueules de British toute déconfite craciant leur mépris sur cette pauvre ''colonial'' .

  • Très bel article qui jette un nouvel éclairage sur cette fâcheuse tragédie. Je me suis senti un peu troublé dans le corps de votre article qui me paraissait évacuer quelque peu les responsabilités des farceurs qui, il est vrai, ne pouvaient prévoir une conséquence aussi tragique à leur gag.
    Écriture élégante et pleine de sensibilité qui nous pousse à réfléchir.

  • On ne peux pas comprendre , la bas la Royauté est beaucoup plus importante qu'on peux le penser. N'empeche que cette dame devait avoir d'autres problemes et cet evenement a fait deborder le vase.
    Ces animateurs ont fait d'autre "prank" et ils ont une liste de reprimandes contre eux. Ils ont fait des coups dangereux et ils n'auraient meme plus du etre en ondes. Ce sont des irresponsable qui ne pense pas aux autre.
    Ont parlaient d'eux , qu'ils avaient fait une blaque avec les services d'urgence disant qu'une femme agés etait en detresse , ils ont appeler sa fille et tout. C'est degueulasse.

  • Une blague ou un canular peut avoir un effet différent sur la même personne, dépendamment de son âge, état et sa situation de vie. En effet, une personne en santé, accomplie, bien heureuse, sur d’elle ne réagira pas de la même manière face à un canular que si cette même personne vit une situation de divorce ou s’elle se trouve malade, en deuil, déprimé, etc. Dans le 1er cas, peut être que la personne sera prête à rire d’elle même mais je doute qu’elle face dans le 2ème cas. Dans certaines cultures, perdre la face est quelque chose d’insupportable. Lorsqu’on joue avec des sentiments des personnes, on peut s’attendre à une grande diversité de réactions face à une même situation. Rire de soi est une chose, rire des autres ce n’est pas pareil. Les deux animateurs radiophoniques concernés l’ont compris et ce n’est pas pour rien qu’ils se sont excusés. Réfléchissons avant de juger, non?

  • C'est peut-être humiliant de se faire avoir comme ça mais ce n'est certainement pas une raison de laisser deux enfants orphelins de leur mère. Elle a été assez égoïste d'abandonner ses enfants pour ne pas vivre l'humiliation, qui d'ailleurs n'aurait surement pas été si pire que ça.
    Pour les animateurs, oui maintenant on en a fait des boucs émissaires mais tout le monde trouvait ça ben drôle avant que l'infirmière se suicide. Tout d'un coup on les juge mais je connait pas grand monde qui trouvait ça horrible comme blague quand ce n'était encore qu'un simple canular.
    Peut-être que ce n'était pas de très bon goût mais on ne peut pas blâmer les animateurs pour la réaction exagérée de l'infirmière

  • L'honneur a possiblement quelque chose à voir là-dedans en effet.
    Si un hôpital de Londres hospitalise une princesse anglaise, elle aura probablement droit à une
    bonne infirmière, une qui pense à des petits détails et est méticuleuse au cube.
    Si cette infirmière était "parfaite" avec un petit trouble obsessif, disons que de
    permettre qu'il y ait possiblement un bris de confidentialité au sujet d'une de ses
    patientes pourrait être vécu comme un accroc majeur à sa profession.
    Le fait que cet accroc implique un membre de la famille royale fut "la goutte".
    Désolant

  • Comme ça, ce serait la faute « des collègues, des amis, des journaux », mais pas la faute des deux « bozos » radiophoniques ? Bon. Allez dire cela aux deux enfants qui se retrouvent orphelins de mère. Ce qui est déplorable, ce n'est pas le manque de gentilesse, elle est toujours là, elle n'a pas disparue. Non, ce qui est profondément affligeant, c'est le formidable abêtissement collectif qu'ont produit les médias de masse. Le sommet de la culture aujourd'hui, c'est la grosse farce plate et imbécile. Quand l'air est vicié à ce point, oui, on peut en mourir.

  • Elle s'est suicidée pour avoir ¨¨transfér騨 l'appel. C'est tout.
    Il y a une condition sous-jacente. Indéniablement.
    On ne se suicide pas pour avoir transféré un appel.
    Elle n'a même pas divulgué quoi que ce soit.
    Il faudrait comprendre.
    Elle a TRANSFÉRÉ un appel. ''Shocking'' comme dirait la reine. Mais pas mortel.

  • Très bon papier, réconfortant que de se rappeler de la gentillesse. La courtoisie aussi a pris le bord! Et comme société, nous exigeons comme des clients! Nous ne sommes plus des citoyens, mais nous nous considérons comme des consommateurs. Et par ce fait, nous nous replions sur notre moi, nos besoins a combler au plus vite et toujours de façon différente pour ne pas nous affadir. Nous en sommes rendu aux sports extrêmes, aux sensations extrêmes, aux expériences extrêmes, bref à l\'extrémité. Et puis après l\'extrémité, il y a le précipice.....
    Martin Houle
    Québec

  • Il y a aussi un élément à tenir compte dans cette situation et il est d'origine culturel. À moins d'une erreur de ma part, l'honneur y est un élément très important.
    Une piste à considérer?
    Peut-être...
    Dommage...

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