Terrible en effet que ce cliché pris par ce type qui, visiblement, avait plus à coeur de capter le scoop de la semaine et de récolter l'argent et la petite gloire qui venaient avec. Et le pauvre homme dans tout ça, avez-vous dit? Quoi, le pauvre homme? Depuis quand est-ce que les victimes vous intéressent?
Les exemples s'accumulent et ne vous impressionnent pas tellement. Il y a quelques mois, sur Fox News, une poursuite policière filmée en direct par hélicoptère s'est brusquement terminée par le suicide de l'homme qui avait visiblement décidé de ne jamais être pris vivant.
Consternations puis excuses sur le plateau de télé. Personne ne s'attendait à ça. Et malgré le retrait de la vidéo, toute la machine Internet, Buzzfeed et Twitter en tête, a relayé la nouvelle, et la vidéo bien entendu, en défendant la liberté d'expression.
Oui, bien sûr, il fallait défendre la liberté de cet homme à se tuer devant la planète entière. À moins que ce soit la liberté d'expression de l'homme derrière la caméra qui voulait à tout prix que nous ne soyons pas privés de cette nouvelle ô combien essentielle? En tout cas, on défendait la liberté de quelqu'un, c'est sûr.
À l'autre bout de ce spectre, les mêmes porte-parole de la liberté absolue se sont également portés à la défense de la vidéo du dépeceur canadien, exemple le plus abject d'un fou malade de lui-même.
«Demander le retrait de cette horreur? Et quoi encore? Pourquoi ne pas nous enlever les vidéos de p'tits chats tant qu'à y être? »
Les photos du couple royal vivant un moment d'intimité parce qu'ils se croyaient à l'abri des fossoyeurs de la vie privée, quelque part en Provence, ont été férocement défendues. Bien entendu, ça ne faisait de mal à personne, et puis, elle n'avait qu'à ne pas s'exhiber à l'extérieur, voilà tout.
On le voit, la liberté d'expression est une valeur sûre et qui dépasse toute morale, comme si, précisément, une éthique des responsabilités consisterait à n'en avoir aucune, le fameux «interdit d'interdire».
Une morale n'est pas une censure, faut-il le rappeler. Elle établit simplement ce qu'une société juge acceptable sur la base de principes qu'elle peut rattacher pour en expliquer son fondement. On dira par exemple avec raison que la pornographie juvénile, et les pédophiles par voie de conséquence, sont tous les deux condamnables du seul fait qu'ils exploitent des enfants comme des jouets sexuels.
Nous ne sommes donc pas scandalisés d'apprendre que la police traque les pédophiles sur Internet et censure, quand elle le peut, les vidéos d'enfants abusés. Atteinte à nos libertés fondamentales? Non. Une simple règle qui trace la limite jugée acceptable.
Pour le reste, c'est le buffet à volonté. Il faut maintenant tout voir, tout montrer, et le plus vite possible parce que l'actualité n'attend pas. Même les journaux, dont le New York Post, et la télévision se sont mi de la partie. Vous avez été témoin d'un événement? Envoyez-nous vos photos, vos vidéos!
Je termine en vous parlant d'une photo prise en Haïti d'une enfant tuée par l'armée et qui me hante depuis plus d'un an. Non, pas celle que vous pouvez voir ici. Plutôt celle-là. La même, mais sous un autre angle. Laquelle vous choque le plus ?
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