L'édition 2012 de Kinshasa s'est conclue avec une déclaration comprenant 60 recommandations et engagements politiques, sociaux, économiques. On notera que le soutien à l'accélération de l'industrialisation de l'Afrique couplée à la transformation sur place des matières premières locales est relégué à la 57e place. En queue du peloton arrive la lutte contre la sécheresse et la désertification. Les priorités des uns ne sont manifestement pas celles des autres.
La francophonie, totale ou partielle, inclut un large éventail de conditions socioéconomiques et politiques. Ce forum atypique comprend des pays très riches et des pays parmi les plus pauvres de la planète. Sur le plan politique, y coexistent allègrement des démocraties abouties et des dictatures féroces. Une telle disparité politique et économique pose des problèmes de cohésion.
On l'a vu à Kinshasa. Des chefs d'État n'ont pas voulu parler au président du pays hôte. On lui reprochait son peu de respect des droits de l'homme et ses manipulations électorales. N'empêche que la tenue d'un sommet est toujours une victoire politique ou populiste pour le pouvoir du pays hôte.
Le communiqué final embrasse un large éventail de préoccupations politiques. On y trouve des engagements au respect des droits de l'homme, la promotion de la démocratie et le respect de la souveraineté populaire. Nombre de pays francophones sont loin d'être des exemples en la matière. La dictature, les guerres tribales, le règne des bandits politiques et le vol des richesses nationales semblent perdurer dans beaucoup de pays africains, avec, il faut le dire, la complicité intéressée ou passive de pays occidentaux. Le sort de la femme est souvent consternant, notamment en situation de conflits. Le viol est utilisé comme arme de guerre, et l'innommable est atteint quand des belligérants forcent des enfants à violer leurs mères ou à devenir les assassins de leurs proches. L'abominable excision a encore cours et il se trouve toujours certains illuminés qui osent la justifier. Soldat sans armes, l'OIF n'a malheureusement aucun mandat ni autorité à forcer quiconque à observer ses recommandations formelles.
En dépit de ses limites, la francophonie, famille large mais éparpillée, peut avoir le mérite de poser un vrai regard sur les peuples du Sud, un regard débarrassé des lunettes néocoloniales. Les pays africains ont intérêt à ne pas être perçus sous le seul aspect de pourvoyeur de matières premières bon marché ou de force de travail migrante. Comme tous les peuples, ils ont aussi des droits, notamment le droit cardinal de choisir leurs pouvoirs politiques.
L'avenir de la langue française se joue en grande partie en Afrique. Mais les disparités économiques et politiques entre les pays francophones, la subsistance de convoitises sur les matières premières opposées aux intérêts des peuples rendent souvent dérisoires les velléités rassembleuses de la langue.
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