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Chut! On ampute au Mali

Kamal Maghri
 

Kamal Maghri

Analyste et lauréat en maîtrise à l'ENAP

Pendant que la rage monte partout dans le monde à propos des caricatures de Mahomet, que l'élection américaine approche, qu'on tue en Syrie, que fait-on au Mali? On ampute.

Attendez, cela va vous rappeler quelque chose. Si vous êtes accusé d'un vol, les nouveaux talibans de Tombouctou vous concoctent un supplice en deux temps. Les bras sont coupés en premier, puis les jambes subissent le même sort. Tout cela apprêté comme au bon vieux temps : à la talibane. On s'assure qu'on donne l'exemple. Qu'il y ait un public. Nous ne sommes pas à des centaines de cas. Mais qui sait ?

Je ne m'amuse pas de la situation. Je suis juste amer et trouve la situation déplorable, car la population de ce pays ne mérite pas ce qui lui arrive.

Pour certains, c'est peut-être juste un pays africain comme un autre, meurtri par la misère humaine. Ou juste un pays musulman comme un autre avec son lot de terroristes barbares.

Pourtant, ce pays était considéré comme exemplaire en matière de démocratie et de gouvernance. Serait-ce un constat amateur de quelques novices en développement international visitant pour la première fois un pays africain? Ou des Maliens s'applaudissant eux-mêmes bien qu'ils aient une vraie corruption?

Ce qui est sûr c'est que nous sommes bel et bien partis pour un Africanistan.

Voilà un pays dont on disait que du bien qui devient victime des fous d'Allah. Ces derniers s'implantent lentement mais sûrement dans quelques pays africains. Aujourd'hui c'est le Mali, demain c'est le Niger qui est juste à côté. Et pourquoi pas le Sénégal ? Car il peut y avoir un vrai danger à long terme sur toute la région, terrorisant ainsi une population déjà soumise à des conditions de vie stricte minimum.

À ma connaissance, ce pays était pendant plusieurs années le laboratoire de plusieurs organisations internationales et ONG. Que s'est-il passé? Pourquoi ce pays cachait tant de vulnérabilité alors qu'il recevait tant d'aide. Parfois, je me pose des questions sur l'efficacité du travail de ces organisations.

La communauté internationale devrait agir. Laisser aller les choses jusqu'à ce que cela devienne une vraie menace pour toute la région serait dangereux. Envoyer des drones et des soldats à la dernière minute serait plus coûteux.

J'entends certains Maliens dire que c'est leur problème et c'est à eux de le résoudre. Bien que je comprenne le principe de souveraineté, je ne suis pas sûr qu'il faille trop attendre. Les Maliens doivent savoir que c'est des groupes qui n'ont pas de frontières et sont bien financés par des pays qui ont des intérêts obscurs, notamment ceux du golf .

Il serait donc urgent d'aider le Mali avant que cela s'embourbe. Il est inacceptable que des violations des droits de la personne se passent devant nos yeux et tout ce qu'on trouve à dire c'est « ça fait dur ». Car « ce qui fait dur », c'est de croire que le Mali va s'en sortir tout seul.

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Commentaires (8)

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  • "La communauté internationale" (une nébuleuse pour moi) regardera ailleurs,... comme d'habitude. Tout est question d'intérêt.
    On avait entrainé le monde entier dans les conflits en Afghanistan, en Irak (je me souviens encore de l'épisode sur les "preuves" de detention des armes de destruction massive) , en Lybie, etc... parce qu'au délà des "raisons humanitaires et/ou sécuritaires" avancées, il y a les intérêts financiers.
    Si elle n'y trouve pas son compte, la "communauté" se "plaindra" pour la forme, mais ne fera rien.
    Pire, si elle se trouve impliquée, en coulisse via des lobbys dans des exactions, elle fera tout pour maintenir le silence. Je vois le cas du Congo Kinshasa par exemple, où il y a eu plus de 8.000.000 des morts, où des viols des femmes, enfants et même des hommes se perpetuent encore au quotidien, mais on ne s'en emeut peu, pour ne pas dire pas du tout. C'est à peine si on en parle. Tout cela au nom de l'enrichissement que l'on se fait à partir des ressources minières (Coltan, or,...).
    On nous présente des images des terribles réalités de la Syrie, du mali, on est ému, mais rien ne se fait tout. Pendant qu'on se passe du temps dans des débats pour accommoder les uns et les autres, et entre temps les gens continuent d'être mutilés, violés, tués.
    Si elle le voulait VRAIMENT, la "communauté" ferait la différence. Son inaction (active ou passive) fait germer des pousses qui opprimeront, violeront et tueront encore plus dans l'avenir et pas seulement dans les lieux troublés.
    Circulez! Il n'y a rien à voir....pour le moment.

  • Le Mali commençait à tirer d'importants bénéfices de l'exploitation de l'or sur leur territoire qui avait atteint une certaine maturité. En 2011, le Mali avait ainsi touché près de $450 millions en taxe et royautés minières.
    Le Mali a un potentiel pétrolier non encore prouvé qui nécessitera d'importants investissements pour être confirmé. Plusieurs sociétés pétrolières (petite capitalisation) sont sur les rangs mais elles n’investiront pas dans l'exploration tant que la situation ne retournera pas à la normale. Le potentiel pétrolier du Mali est relativement modeste et sont exploitation sera reliée aux découvertes qui auront lieu au Kenya et en Éthiopie, découvertes qui pourraient justifier la construction d'un coûteux pipeline.

  • "Ce qui est sûr c'est que nous sommes bel et bien partis pour un Africanistan."

    Est-ce que vous dites ça pour mépriser ce que les occidentaux ont fait en Afghanistan ? Si la réponse est oui, il faudrait que vous me détaillez plus précisément ce qu'il faut faire alors. Parce que dans le reste du texte, il me semble qu'on est quand même à souhaiter que des gens interviennent au Mali tout en critiquant les ONG dont vous dites qu'elles auraient des intérêts inavouables.
    Il ne reste plus beaucoup de moyens si on enlève les interventions armées étrangères, alors qu'on sait très bien que dans certains pays c'est illusoire de vouloir envoyer des ONG sans au préalable établir un minimum de sécurité. Les interventions armées ça ne se fait pas facilement, ça prend une résolution de l'Onu et là il y a des intérêts inavouables de certains pays.
    En plus parfois les ennemis des islamistes font des montages photos apparemment. J'avais été troublé émotionnellement de voir une photo ou l'on montrait le bras d'un très jeune garçon sous la roue d'une auto et le commentaire disait qu'il était puni pour avoir voler. Plus tard j'ai lu que c'était un montage fait pour attaquer les islamistes en fait. La première victime d'une guerre est souvent la vérité.
    Des raisons pour ne pas intervenir dans ces pays, il y en a énormément, des raisons et des moyens pour avoir une intervention efficace il y en a très peu.

  • Si le Mali ne pourra certes pas s'en sortir seul et lance des appels d'aide à la CEDEAO depuis sans obtenir d'aide concrète, il est aussi à noter que sur le terrain les initiatives locales ne furent pas pour aider la cause. Entre un coup d'État tellement improvisé qui, en plus d'avoir semé la pagaille entre militaires, civils et dirigeants a ouvert plus grande la brèche au problème grandissant qui meutri aujourd'hui le Mali: un invasion externe d'une faction qui avance, détruit, ampute un pays sur une base idéologique. Et devant ces envahisseurs, que font les soldats maliens? Ils fuient, se réfugient dans la capitale et le Nors se retrouve dans les main des envahisseurs.
    La force et le danger encore une fois sous-estimé de ces factions sont qu'elles ne sont pas seules. Branche parmi tant d'autres de la ramification grandissante des forces isalmiques. Puis ils ne s'en cachent pas en se nommant eux-mêmes comme la branche maghrébienne d'Al-Quaida. Leur force réside aussi dans leur capacité à se servir des éléments déjà en place affaiblissant le Mali: un Nord désertique, théâtre de trafic de toutes sortes quasi incontrolable, un problème de revendication territoriale de la part des Touaregs et leur désir d'autonomisation de AWAZAD et leur capacité à se servir, en plus de la situation conflictuelle déjà en place, des acteurs mêmes.
    Puis, une fois, les acteurs radicaux Touarges ayant servi à enclencher la pénétration du Nord Mali, ils sont renvoyés au Niger, qu'adviendra-t-il des revendications Touaregs? Comment des organisations régionales telles que la CEDEAO pourrait freiner un mouvement dont les demandes n'acceptent aucune demi-mesure et qui s'inflitre, allongeant à chaque semaines sa liste de nouvelles, non pas doléances en faveur d'une islamisation, mais bien de nouvellles loi et structures sociétales. Sans sycrétisme avec les cultures locales, sans cosidération pour les problèmes de sécheresse aggravant la crise alimentaire et poussant hors de leur pays des populations. Qu'advient-il des ces populations installés dans des camps de fortune dans les pays limitrophes?
    Rencontrant des Malien installés ici j'ai pu voir la douleur et le mécanisme de négation de l'ampleur du problème: ''Il faut aller voir le Mali, son histoire est très riche, Tombouctou est une ville culte'. Oui, cela est indéniable, mais aujourd'hui maintenant tout se détruit et la menace sur la capitale est grandissante, les enlèvement d'Occidentaux dans la région sahélienne s'ajoutent aux actions des factions islamistes. On peut ne pas le voir, le nommer, ça fait trop mal, mais la réalité, elle existe.
    À ce point, quelle aide pourrait apporter les puissances étrangères devant un problème qui est sans frontières, devant des forces qui s'inflitrent partout sous leur forme qui se veulent modérée (voir élections tunisienne et égyptienne) ou dans leur forme la plus radicale. L'ennemi a un nom, mais il n'a plus de frontières et la situation malienne n'est que la genèse de ce que 2001 avait peint comme toile de fond.

  • Quand le budget gouvernemental dépend à 75% de l'aide étrangère, il est difficile de parler de souveraineté. Comme la plupart des pays de cette zone aux frontières poreuses,l'état n'existe que pour les alphabétisés et de larges pans du territoire sont laissés à l'abandon.
    L'état malien est pauvre mais certains maliens sont riches et leur argent provenant souvent de l'aide étrangère. Et quand j'étais là, il y avait bien quelques mines d'or mais pas de pétrole...L'Islam qu'on y pratiquait était adapté aux coutumes des nombreuses ethnies peuplant ce pays...d'ailleurs hors de l'ethnie , point de salut...

  • Quel recul historique que ce retour des guerres de religion et tout ce qui vient avec, et tout ce qui est caché en-dessous. Au début du XXIe siècle, l'axe du bien et du mal a été déterminé et nous voilà ramenés mille années derrière, au moment des croisades. Et voilà qu'en parallèle, des fanatiques religieux font subir à plusieurs populations, des supplices datant du Moyen-Âge. On dit que l'histoire se répète... alors, si "l'enfer" existe, il est sur notre planète. Quel triste constat, j'en ai mal au coeur.

  • Vous vous demandez pourquoi les choses tournent au vinaigre,dans ce pays?
    La réponse,vous la connaissez:le pétrole.
    Et ne vous en faites pas,je crois que la France s'occupe déjà du dossier.
    Concernant les pays aux intérêts obscurs,je commence sérieusement à me poser des questions.Les pays du golf,ne sont-ils pas justement nos alliés,nos partenaires?Et ces foutus barbus,cela fait 10 ans que nous les combattons,aussi bien l'avouer clairement que nous avons échoué sur toute la ligne.Aussi bien l'avouer qu'encore une fois,c'est nous qui foutons la pagaille.Selon ce que j'en comprends,le problème islamiste est particulièrement en hausse dans le nord du Mali,depuis que nous sommes en Afghanistan.
    Allo?Quelqu'un à l'appareil?
    Et pour ma part,je confirme:en vous lisant,on peut en effet avoir l'impression que vous vous amusez un peu,dans ce texte...!
    Et pourquoi diable personne n'est capable de le dire.
    OIl.
    OIL.
    OIL.
    Ce n'est pas difficile,voyez!
    OIL.
    Il fût une époque où les politiciens étaient beaucoup moins frileux sur ce sujet.Aujourd'hui c'est devenu un tabou.Regardez:
    OIL.
    Nous avons foutus le bordel dans le monde arabe.

  • Le mal est déjà rendu au Niger. Il y avait déjà un terreau fertile là-bas dès les années 90 dans la région de Zinder et plus à l'Est encore. J'y ai séjourné et je me souviens des conseils que me donnaient mes hôtes au sujet de l'habillement car, disaient-ils, des fondamentalistes y sévissaient.
    Qui donc viendra en aide aux populations maliennes et nigériennes ? Comment le soulèvement en Libye se répercute au Mali et au Niger? Il semble qu'il y ait un lien direct. Les Touaregs ou plutôt une faction des Touaregs seraient impliqués. Qu'en pensez-vous ?
    Ayant vécu parmi les Touaregs, ce conflit m'attriste énormément car j'y ai des amis et je ne sais plus ce qu'ils sont advenus. Sont-ils parmi les victimes ou dans l'autre camp ? Un comme l'autre, c'est triste.
    Vous parlez du Sénégal... J'ai été à même de constater les ravages du fondamentalisme dans certains quartiers ou villages là-bas lors de mon dernier séjour il y a environ 6 ans. Le niqab chez des Sénégalaises, ce n'est pas normal. L'Afrique noire se voit ré-islamisée de force mais cette fois par des Africains ayant séjourné chez des fondamentalistes au Moyen-Orient. C'est une 2e colonisation. Enfin, je le vois comme ça.
    J'ai vu beaucoup de choses lors de mon dernier séjour là-bas... Inquiétant.

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