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Canada et Iran: une séparation...

Nicolas Dagenais
 

Nicolas Dagenais

Étudiant en journalisme

La suspension subite des relations diplomatiques entre le Canada et l'Iran, annoncée vendredi par le ministre des Affaires Étrangères du Canada, John Baird, en a surpris plus d'un.

La porte-parole de l'ambassade iranienne à Ottawa, questionnée par les journalistes de La Presse peu après l'annonce, aurait répondu: «Où avez-vous vu cette nouvelle?»

Une décision d'autant plus inattendue que M. Baird l'a rendue publique en marge du sommet annuel de la Coopération économique de l'Asie-Pacifique (APEC) à Vladivostok, à l'extrémité est de la Russie, non loin de la frontière chinoise. Dans le terrier, donc, de deux alliés stratégiques majeurs de l'Iran - la Russie et la Chine - qui ont tous deux dénoncé les sanctions économiques imposées à la République islamique par les États-Unis et l'Union européenne.

La raison citée pour fermer l'ambassade du Canada à Téhéran: les diplomates canadiens n'y étaient plus en sécurité. Celles pour expulser leurs homologues iraniens installés à Ottawa: la livraison d'armes au régime de Bachar Al-Assad, le sponsorship de groupes terroristes anti-Israël et «l'aspect militaire» du programme nucléaire iranien. «Il y a une longue liste de raisons, affirme-t-il, pour lesquelles nous en sommes arrivés à cette décision.»

Qu'est-ce qui pressait tant? Nous ne le saurons probablement jamais. Nazanin Afshin-Jam, l'épouse d'origine iranienne du ministre de la Défense du Canada, Peter MacKay, avait souhaité la fermeture de l'ambassade au début de l'été, mais aucun événement récent - connu du moins - ne justifiait qu'on demande aux diplomates iraniens de «quitter le pays dans un délai de cinq jours».

Ni les États-Unis, ni Israël - qui a immédiatement félicité le Canada pour son initiative - n'ont d'ambassade en Iran depuis la Révolution islamique de 1979 et la fameuse «crise iranienne des otages». Le Canada avait alors emboité le pas en rappelant ses diplomates de Téhéran, avant de rétablir les relations diplomatiques avec le pays en 1988, fermant les yeux sur le massacre de 30 000 prisonniers politiques orchestré par des haut-placés du régime cette année-là. L'Angleterre a quant à elle fermé son ambassade iranienne en novembre 2011 après que des manifestants l'aient assaillie violemment.

Selon Payam Akhavan, professeur de droit à l'Université McGill et fondateur du «Iran Human Rights Documentation Center», il était nécessaire d'agir d'une façon ou d'une autre puisque l'ambassade iranienne à Ottawa «utilisait des activités culturelles pour infiltrer la diaspora iranienne», qui compterait plus de 400 000 membres au Canada.

«En entrevue avec Yahoo News Canada, l'expert en droit international soutient toutefois que la rupture complète des relations diplomatiques n'est pas la «meilleure voie à suivre» alors que les tensions entre l'Iran et Israël et cie en sont à leur paroxysme. Il croit que d'autres avenues auraient été plus appropriées pour exercer des pressions sur les autorités iraniennes, comme d'aller à la traque des «amis du régime» qui investissent des centaines de millions de dollars dans l'immobilier à Toronto et Vancouver.

Et si John Baird a probablement raison lorsqu'il dit que «l'Iran est un des plus grands pourfendeurs des droits humains au monde», on se demande bien en quoi les prisonniers politiques en Iran - dont trois Irano-Canadiens - bénéficieront du départ des diplomates canadiens. Selon Payam Akhavan, les politiciens occidentaux ne se préoccupent, de toute façon, que de l'énergie nucléaire et du pétrole iranien. «En fait, croit-il, la question des droits de l'homme en Iran est en bas de leur liste.»

Un conseil donc à M. Baird et à tous: voir ou revoir Une Séparation, le film du réalisateur iranien Asghar Farhadi qui a remporté l'Oscar du meilleur film étranger cette année. (Ça tombe bien: il vient de sortir en DVD!)

Ça parle de problèmes de communication.

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Commentaires (6)

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  • Ah que l Iran doit etre malheureux de voir le Canada partir et mettre dehors ses diplomates. Quelle catastrophes!

  • "Qu'est-ce que l'Iran nous a fait ?"
    L'Iran a déjà tué une de nos ressortissante et ce n'est pas un accident ou un petit voyou qui avait tué cette femme mais la police du gouvernement parce qu'elle prenait une photo. Au niveau intérieur si cet épisode ne vous suffit pas, leur président déclare sans trembler du menton qu'il n'y a pas d'homosexuels en Iran. Ils sont dirigés par de vieux religieux bornés et machistes.
    L'Iran menace la sécurité de la planète avec sa volonté de pouvoir, il veut le pouvoir nucélaire pour menacer Israel et pourrait entrainer la terre entière dans une apocalypse, si ça, ça ne suffit pas pour ne pas vouloir leur parler... autant vouloir parler à l'ours au zoo.

  • Qu'a dit la Vierge déjà à Bernadette Soubirou: "Pauvre Canada!" Pauvre Canada, incapable de penser par lui-même, toujours à la remorque de son belliqueuex voisin qui est lui-même au service du lobby israélien (à moins que ce ne soit le contraire).
    Au cours des prochains mois, attendez-vous à voir plusieurs reportages sur le méchant Iran et son appui au terrorisme et comment les Iraniens sont réprimés, etc. On sait que l'Iran n'est pas un régime ouvert, mais une guerre va les enfermer encore plus dans une sorte d'union sacrée envers l'ennemi. Ça me semble évident.
    Bref, on nous refait le coup de l'Irak.
    Ensuite, au nom de la démocratie, les USA et Israel (qui possède, dit-on, 150 ogives à tête nucléaire sans que personne ne trouve à y redire) et tous leurs alliés vont s'unir pour leur livrer notre beau message démocratique à coup de bombes sur la tête.
    Six cent mille morts plus tard, comme en Irak, les USA auront installé un régime servile qui leur vendra du pétrole à un prix d'ami.

  • Les décisions du gouvernement canadien sont aussi inattendues et intempestives que son laxisme est flagrant en matière de respect du droit international.
    Il critique l'Iran en lui faisant (les yeux fermés), un procès d'intention afin de plaire à Israël, alors qu'il refuse régulièrement, malgré de nombreux avertissements, le retour au Canada d'Omar Khadr.
    En tant que Québécois, je réprouve le gouvernement canadien qui traite de terroriste ceux qui s'opposent aux visées expansionistes d'Israël et osent appuyer les palestiniens.

  • L'attitude du gouvernement canadien inquiète.
    La fermeture intempestive de l'ambassade syrienne, le refus de rapatrier Omar Kadhr, l'appui sans discernement des politiques américaines et israëliennes sont autant d'élements qui nous font craindre de perdre des amitiés internationales.

  • Le Canada fait pitié avec ses alliés sionistes... Qu'est-ce que l'Iran nous a fait ? Rien... Il n'y a rien de plus niaiseux que ces hommes politiques qui refusent de parler avec leurs ennemis imaginaires. Ces décisions anti démocratiques sont celles de psychopathes et le Canada en est bien pourvu au top...

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