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La démocratie le pire système à l'exception de tous les autres

Michel Marceau
 

Michel Marceau

Écologiste

Récemment, La Presse soulignait les dysfonctionnements du système politique au Mexique. Selon l'auteur la démocratie serait une sorte de luxe réservé aux nations riches de ce monde. Je viens d'être témoin des élections au Sénégal. La presse, très libre, a au cours des dernières années critiqué de manière quotidienne le gouvernement. La population sénégalaise vient de faire son choix, et pour une deuxième fois en 12 ans elle a changé de gouvernement. Il est vrai que le financement des élections pose partout problème. En tout lieu, organiser des élections coûte cher, il faut se déplacer, organiser des réunions, faire de la publicité dans les médias, recruter et former des bénévoles, etc. Si les partis politiques arrivent très difficilement à assurer leurs financements au Québec et ailleurs en Occident en respectant la loi, imaginons la situation dans un pays ou le revenu par habitant est très inférieur.

Churchill nous disait « La démocratie est le pire des régimes - à l'exception de tous les autres déjà essayés dans le passé. » Certes, la démocratie est loin d'être parfaite. Il n'est pas nécessaire de chercher des dysfonctionnements à l'étranger, est il utile d'insister, un regard rapide autour de nous devrait nous convaincre sans difficulté. Notre histoire est remplie de scandales liés aux financements des partis politiques et à la corruption de nos élus. Les problèmes étaient particulièrement importants alors que nous étions pauvres et peu scolarisés. Pensons à la triste fin des gouvernements McDonald, Mercier, Taschereau et Duplessis. Le système démocratique a permis à l'opposition de dénoncer les dérives du pouvoir et forte de cette information la population a été en mesure d'exprimer son mécontentement via les élections. Certes, ceux qui ont été élus ont progressivement installé un système comparable à celui qu'ils avaient dénoncé. Mais il n'en demeure pas moins que le système électoral a certainement limité les dégâts et favorisé l'émergence de personnes et d'idées nouvelles.

La question est la suivante : serions nous mieux servis, où que nous soyons, si en lieu et place d'une démocratie, bien imparfaite, nous avions un autre système, soit une forme ou une autre de dictature ? Sans la pression du vote populaire la corruption de repend progressivement comme un cancer sans espoir d'être contenu par une quelconque chimiothérapie. Les dirigeants, sans pression, considèrent qu'ils sont nommés à vie et comme dit le dicton le pouvoir absolu corrompt absolument.

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Commentaires (5)

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  • Vous parlez des coûts liés à la démocratie. L'expérience démontre que la dictature coûte bien plus cher. Non seulement il y a volonté chez beaucoup de dictateurs de se monter un "petit pécule", mais tout l'appareil gouvernemental finit par se scléroser et alors ce sont les infrastructures qui s'érodent, les contrats bouclés sur pots-de-vins du bas au haut du système. En fin de compte même un dictateur "éclairé", cette race dont je n'ai jamais vu d'exemple, finira par mettre son pays à genou.
    Comme vous le dites il y a démocratie et démocratie. Il ne suffit pas de voter sur un choix de représentants variés pour dire qu'on vit en démocratie. Il est nécessaire que le système porte en lui-même des chiens de garde, des alertes et des contrepoids.
    Il faut, c'est une nécessité, que certains chiens de garde, par exemple un contrôleur général, soient nommés hors du contrôle du pouvoir dont il a la tâche de vérification. Il est tout aussi nécessaire que les alertes, principalement l'opposition, aient les moyens de connaître la réalité de ce qui se passe dans les bureaux, les ministères, non à l'avance mais immédiatement après le fait pour préserver le privilège de décision du gouvernement.
    Enfin toute démocratie devient rapidement un leurre s'il n'existe aucun contrepoids aux différents pouvoirs. C'est que que Benjamin Franklin et consorts avaient bien compris il y a un peu plus de 200 ans quand ils ont créé une constitution admirable, dont les pouvoirs exécutif et législatif doivent être nettement séparés.
    Enfin il existe beaucoup de démocraties boiteuses qui peuvent se perpétuer presque par hasard : soit un sol tellement riche qu'il comble les vices du système, ou encore elles sont situées géographiquement de telle façon qu'elles doivent conserver un vernis de civilité envers tout le monde.
    Mais mais mais, viendrais-je de décrire le Québec a contrario ? On dirait en effet.
    Je ne veux pas émettre de jugement radical sur notre petit monde. Il faudrait être bien inconscient pour nier la qualité des services qui nous sont offerts malgré beaucoup de ratés depuis quelques lustres, et il reste que je suis d'un tempérament plutôt légaliste : tant qu'une loi a en général plus de sens que d'iniquité il est nécessaire de la suivre en tout point.
    Il faut tout de même reconnaître que nos gouvernements ont surtout servi les riches jusqu'en 1960 et que, malgré beaucoup d'améliorations depuis, la tentation des accointances n'a jamais disparu. Il y a depuis une dizaine d'année un retour, non vers la petite crapulerie qui jamais n'est disparue, mais vers son affichage éhonté, comme si ce devait être la norme. C'est dire le peu de scrupule de la machine actuelle et de ses servants.
    La corruption reste relativement petite mais elle est partout et il n'y a pas de quoi être fier.
    Au Canada les seuls pouvoirs qui peuvent servir de contrepoids kles uns envers les autres sont les provinces versus le fédéral, et inversement. Sinon pour chaque gouvernement nous élisons une seule personne et son équipe avec tous les pouvoirs pour quatre ans, une dictature par élection. De plus et sauf exception, aucun gouvernement ne peut se vanter d'avoir reçu un appui majoritaire des électeurs. Très, très faible.
    Je suis le premier à sure qu'aucun système n'est parfait et qu'on doit accepter de faire avec... Mais de toute évidence la, les constitutions qui érigent notre système démocratique sont totalement déficientes.
    La constitution américaine, toute géniale qu'elle fût, a maintenant atteint ses limites : on ne pouvait il y a 200 ans prévoir l'éclosion de corporations plus puissantes que les gouvernements, aptes à se moquer totalement des lois de leur pays d'origine. À titre d'exemple, l'avènement des Super PACs est en train de détruire le sens-même du vote: les urnes ne contiennent plus que des cendres. Des cendres, ça monte pas haut. Les contrepoids ne jouent plus.
    Ici il n'y a pas du tout de contrepoids. Faible ? Ridicule, oui.
    C'est regrettable mais malgré le fait que nos gouvernements ne sont pas totalement pourris, du moins la plupart d'entre eux, notre constitution et les cadres de nos institutions sont viciés à la base.
    Ici nous nous heurtons à deux esprits bien différents, tout aussi riches l'un que l'autre : l'anglais qui veut que l'on ne répare pas ce qui fonctionne, et le français qui cherche la droiture de la pensée discursive.
    Comme nous devons constater que notre système fonctionne malgré la faiblesse de notre démocratie, comme nous devons penser en fonction de la crise qui en naîtra forcément tôt ou tard, j'en appelle une fois de plus à des États Généraux portant non seulement sur les besoins de nos institutions mais aussi sur le cadre dans lequel elles se meuvent. Ne réparons pas mais préparons-nous au bris imminent.
    C'est plutôt urgent en fait : je doute de la santé du système économique mondial, de grandes réformes devront se faire jour et les décisions prises en état de crise son rarement saines. Réfléchissons maintenant pour agir bien et bientôt au besoin.
    Merci pour votre article, il pose de bonnes bases à la réflexion.

  • Cela me fait penser à la vieille raillerie des Cyniques:
    Le capitalisme c'est l'exploitation de l'homme par l'homme. Le Socialisme c'est le contraire! -Les Cyniques!
    R Deschambault

  • Pour celles et ceux qui s'intéressent à la démocratie, il vaut la peine de lire l'article de Samarago sur le Monde diplomatique, voire «Que reste-t-il de la démocratie ?». Utilisez votre moteur de recherche et vous trouverez cet article. Mais avant de parler de la démocratie, ne faudrait-il pas se questionner sur l'organisation sociale idéale que nous devrions rechercher ! Quels en sont les piliers ? L'économique, le politique et le culturel, peut-être ! Comment ces trois piliers doivent-ils interagir ? De manière indépendante n'est-ce pas ! Alors, pourquoi les deux autres piliers de l'organisme sont-ils inféodés par l'économique ? Si nous ne sommes pas en mesure de limiter le pouvoir de l'économique dans l'organisme, la démocratie telle que l'a présentée Aristote est illusoire !
    Belle semaine à toutes et tous !

  • En fait ce qui est plutôt important c'est l'histoire tend a me faire croire que les démocraties se transforment toujours en dictatures à long termes.
    Tout ce que ça prend c'est une personne en qui les gens ont plus confiance qu'en le reste de la classe politique ensemble, dans un contexte ou la démocratie est entendu comme étant dominé par des élites corrompus complètement déconnectés de la réalité du citoyen moyen, et n'agissant pas du tout dans les intérêts de la population.
    Ce qui n'implique rien de nécessairement mieux ou pire, vraiment. Tout ça c'est subjectif et dépends de plusieurs autres facteurs que l'idéalisme humain en ce qui concerne notre gouvernance.

  • La démocratie a plusieurs sens et peut caché une dictature, car la démocratie a plusieurs définitions et façon d'être mis en œuvre et il y a certainement des formes de démocratie qui sont plus aptes pour contrôler les dérives politiques.
    Pour qu'une démocratie fonctionne ça prends au minimum un contrôle serré des scrutins, des dépenses électorales, et une absence de coercition. Tout cela dépend d'un système de justice cohérent et indépendant du pouvoir politique.
    Au Québec nous avons présentement un système politique moins corrompu qu'au Mexique, mais il est quand même clair que nous pourrions faire mieux, et notre système de justice pourrait être améliorer aussi.
    Je crois que l'article faisait allusion au fait que moins la justice est cohérent et indépendant du pouvoir politique, plus il y a de chance que la démocratie soit en nom et apparence seulement. Autrement dit, le luxe serait plus notre système judiciaire que notre démocratie. Et comme vous le faite remarquer la richesse ne dicte pas la qualité du système judiciaire et par conséquent elle ne dicte pas non plus la santé d'un système démocratique.

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