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L'esclavage au goût du jour

Thierry De Greef
 

Thierry De Greef

Chroniqueur et expert en communication éthique

On le sait, on est tous l'esclave de quelque chose. La figure de style n'est pas grave en soi, tant qu'elle demeure une figure de style.

Jeremy Scott, le designer, est bien l'esclave de la mode.

Les Adidas Originals Roundhouse, dessinées par le styliste de la marque allemande, ont provoqué une levée de boucliers. On n'aime ni les chaînes (même en caoutchouc orange), ni la référence plus que subliminale à l'esclavage.

Après une révolte de la communauté de la marque aux trois bandes (plus de 3 500 personnes s'exprimant sans entraves sur la page Facebook) le modèle a été retiré, avec les plus plates excuses et un communiqué de presse d'Adidas ajoutés dans la boîte.

Les chaussures ne seront pas commercialisées, nous confirme le site du journal Le Monde.

Un designer qui a été trop loin sans que personne ne perçoive le faux pas. Erreur de jugement. Sûrement. Choquant?

Quittons la rhétorique des chaînes en caoutchouc et les 3 500 commentaires.

Les chaînes, les entraves en métal, ne sont toujours pas passées de mode. L'esclavage a été aboli le 1er août 1834 dans toutes les régions du monde, contrôlées par les Britanniques, y compris au Canada.

2012. Le trafic d'enfants esclaves existe.

Les riches plantations de cacao de Côte-d'Ivoire exercent une grande attraction sur les pays les plus pauvres d'Afrique de l'Ouest. Ce n'est qu'une histoire parmi beaucoup d'autres, celle d'un trafiquant qui se rend dans le village de Dehounta, au Bénin, et achète deux enfants et un adolescent à leurs parents pour la modique somme de 50 euros. Les enfants ont dû traverser trois pays du golfe de Guinée pour arriver en Côte-d'Ivoire. Leur vie est aujourd'hui entre les mains des contremaîtres des plantations, comme celle de milliers de leurs ancêtres l'était entre les mains des négriers, nous rapportait le journal espagnol El Païs.

En Inde, d'après le rapport du Bureau international du Travail, près de 420 000 enfants sont employés dans l'industrie du tapis. Les enfants tisserands ont en majorité entre 6 et 10 ans, parfois 4 ou 5 ans. Tous travaillent entre 10 et 12 heures par jour. Je n'ose vous décrire les conditions de travail.

Lorsque l'enfant s'endort, les coups le ramènent à sa réalité. Il est enchaîné à son métier à tisser pour l'empêcher de s'enfuir, privé de nourriture et mis à l'amende dès qu'il fait une erreur, amende qu'il ne pourra rembourser et qui le liera davantage à son «patron».

En Amérique latine, il est courant que les petites Indiennes soient «adoptées» par des familles blanches. Dès l'âge de 5 ou 6 ans, elles sont traitées comme des esclaves.

Toujours selon le Bureau international du Travail, dans le groupe des enfants de 5 à 17 ans (soit 200 millions), un enfant sur six est soumis à un travail astreignant.

Plus préoccupant encore, 179 millions d'enfants le sont aux pires formes de travail. Ils sont victimes d'esclavage, de servitude pour dettes, de prostitution, de pornographie et d'une multitude d'activités illégales.

Au Brésil, premier pays à avoir reconnu l'esclavage moderne, ce sont 40 000 personnes libérées par les brigades spécialisées, dont 7 enfants âgés de 7 à 15 ans qui travaillaient dans une plantation de tomates en octobre dernier. Le Brésil a décidé de placer les compagnies sur liste noire et de les priver de possibilités de crédit. Comme la compagnie française Louis Dreyfus Commodities (cannes à sucre et éthanol) relate le magazine responsable Terraeco.

Reste que le design tendancieux d'une paire de chaussures, il faut en parler. Le reste...

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Commentaire (1)

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  • Récemment, l'ONU a publié la liste des pays où les droits humains sont en danger. La Côte-d'Ivoire, l'Inde et le Brésil ne s'y retrouvent pas, mais le Canada en fait maintenant partie.
    Pour une bonne partie des fonctionnaires de l'ONU, et pour la moitié des Québécois, le vrai esclavage, c'est l'augmentation des frais de scolarité pour les étudiants Québécois.
    Il est révoltant de penser que l'ONU s'intéresse plus aux étudiants Québécois qu'aux enfants esclaves.
    Stéphane Marsan

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